Abû Nuwâs : poèmes bachiques.

Poète courtisan, de nature raffinée mais dissolu.

Ce poète arabo-persan se distingue comme sans doute parmi les plus grands de son temps.

Il voit le jour vers l’an 757 (130 de l’Hégire) dans le sud-ouest de l’actuel Iran, mourant à Bagdad vers 815 (200 de l’Hégire).

Poète courtisan, de nature raffinée mais dissolu, il mène en parallèle une vie de bohème. Il se caractérise par son goût des garçons, du vin, de la musique et de la chasse et son inquiétude face au vieillissement et la mort. Jouisseur, libertin voire licencieux, chantre de la joie de vivre, ironique voire provocateur, il s’adonne à tous les plaisirs, qu’ils soient licites ou illicites.

Son œuvre se développe sur divers thèmes centraux : poèmes cynégétiques, saturniens ou encore ascétiques, panégyriques et satires.

Mais il doit sa célébrité à ses textes érotiques et libertins d’une part, et bachiques d’autre part.

Je vous propose deux de ces derniers.

 

(Verse à boire !)

Dis-moi : « Voilà du vin ! », en me versant à boire.

Mais surtout, que ce soit en public et notoire.

Ce n’est qu’à jeun que je sens que j’ai tort.

Je n’ai gagné qu’en étant ivre-mort.

Proclame haut le nom de celui que tu aimes,

car il n’est rien de bon dans les plaisirs cachés.

Nous avons réveillé la tavernière amène,

quand les Gémeaux s’en vont et que l’Aigle a percé.

Elle dit : « Qui va là ? » – « Mauvais garçons nous

sommes,

porteurs de flacons vides, amateurs de vin fort.

Il nous faut de l’amour ! » – « Mieux vaut, dit-elle,

en somme,

sacrifier un garçon brillant comme un sou d’or. »

« Qu’il vienne ! », avons-nous dit, « car pareille fortune

ne peut se faire attendre, sous peine de mort ».

Quand elle l’amena, comme la pleine lune,

nous fûmes fascinés – sans qu’il nous jette un sort.

Nous allâmes vers lui, l’un après l’autre, boire

et nous avons rompu notre jeûne avec lui.

Puis, en mauvais garçons, nous passâmes la nuit

à commettre les pires méfaits – et sans gloire.

 

 

(L’amour et la guerre)

Le chef a déployé ses hommes pour le choc.

L’étendard de la Mort précède son armée.

Lorsque la guerre éclate et fait luire ses crocs,

la bataille fait rage et ricane, enflammée.

Mais nous autres n’avons d’autres arcs que nos mains :

des lis candides sont nos flèches.

Et la guerre est un jeu entre amis et amants,

où les lances sont branches fraîches.

Notre guerre est un jeu de bonne compagnie,

où l’on ne meurt que du plaisir d’amour.

Quand nous jouons du luth, d’autres battent tambour.

Nous, nous avons des fleurs comme cavalerie

et nos balistes lancent pommes du Liban.

Nous nous battons pour un adolescent

qui nous tient prisonniers en nous versant à boire.

On ne voit là qu’ivrognes, ivres morts.

Cette guerre est inoffensive et sans histoire :

Si le vin tue, il sait ressusciter les morts.

 

Olivier Mercier.

 

P.S. :

Le présent article doit beaucoup à l’ouvrage ‘Abû-Nuwâs  Le Vin, le Vent, la Vie’
de Vincent-Mansour Monteil, éditeur Actes Sud, 1998, 194 pages.

L’illustration est une miniature du Banquet des médecins d’Ibn Butlân, Syrie, 1273 (Milan, Biblioteca Ambrosiana).

 

Et pour en terminer, un extrait du Coran : sourate XVI النحل /les Abeilles verset 67 :

وَمِن ثَمَرَٰتِ ٱلنَّخِيلِ وَٱلْأَعْنَٰبِ تَتَّخِذُونَ مِنْهُ سَكَرًۭا وَرِزْقًا حَسَنًا ۗ إِنَّ فِى ذَٰلِكَ لَءَايَةًۭ لِّقَوْمٍۢ يَعْقِلُونَ

« Des fruits des palmiers et des vignes, vous retirez une boisson enivrante et un aliment excellent. Il y a vraiment là un signe pour des gens qui raisonnent ».

 

 

2 commentaires sur « Abû Nuwâs : poèmes bachiques. »

  1. j’aime beaucoup les articles de votre blog
    voici un de mes textes qui peut vous interesser
    Effleurements livresques, épanchements maltés Overblog
    Holophernes.over-blog.com/
    mermed

    Abû Nuwâs
    Poète précurseur, puni, ceui à qui l’on demandait: – Qu’aimes-tu ?
    il répondait: – Par-derrière ! Châtié, oser écrire, que délaisses-tu ? 
    réponse : La prière ! Hypocrite jamais ce poète, né à Bagdad qui ose aimer boire, et provoquer – peut-être Dis-moi : voilà du vin ! en me versant à boire.
    Mais surtout, que ce soit en public et notoire.
    Ce n’est qu’à jeun que je sens que j’ai tort.
    Je n’ai gagné qu’en étant ivre-mort. Et rappeler le 67° verset de la sourate seize,   ‘Des fruits des palmiers et des vignes, vous retirez une boisson enivrante et un aliment excellent. Il y a vraiment là un signe pour des gens qui raisonnent.’ Il aimait les garçons, jeunes, peut-être a-t’il aimé une courtisane, Jânan, et puis il aimait les cabarets, il aimait le vin, mais plus que tout cela, il aimait le papier, Que meure le papier , avec lui les amants mourraient soit de chagrin, soit de mélancolie,
    sur lequel on peut écrire le néant qui rampe en nous, avec les mots de la liberté et aller jusqu’au bout de la liberté, et mourir, exécuté, parceque suivre les mots c’était trop de blasphème, trop de liberté, trop de sarcasmes –
    il parait qu’il en est toujours ainsi.

    Les extraits de poèmes sont traduits par Vincent-Mansour Monteil dans Abû Nuwâs, le vin, le vent, la vie (Babel 1979)

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