Vignobles d’Ile de France – Deux siècles de viticulture (XIXe et XXe siècles).

On ne peut que féliciter les initiatives tendant au renouveau du vignoble.

La lecture de la somme de Dion Roger (01), qu’est « Histoire de la Vigne & du Vin en France – des origines au XIX° siècle », avait attiré mon attention sur l’ancienneté du vignoble dit « de France » – dont le sens était bien éloigné de l’actuel (02) – et dont la partie centrale correspondait aux vins de Paris.

Du XII° au XV° siècle, Paris était entourée d’une véritable ceinture de vignes, surtout sur les coteaux.
Ce vignoble célébré comme étant parmi les meilleurs du royaume, abreuvant les tables royales et vendu à l’exportation jusqu’au monde scandinave, a perduré pendant 15 siècles.

 

C’est – si je puis dire – en chinant sur internet que j’ai découvert ce livre de Gilles Ragache (03), plaisant à lire, intéressants sous maints aspects, fourmillant d’informations et illustrations.

Je vous en livre la substantifique moelle à charge pour vous – si vous le souhaitez – de vous informer plus amplement.

 

L’existence de ce vignoble est attestée dès le IV° siècle par l’empereur Julien dit l’Apostat, le décrivant comme excellent.

Pour le surplus, rapprochons-nous de la période étudiée.

 

Suite au terrible hiver de 1709, le vignoble n’a pas nécessairement été reconstruit avec des cépages de qualité, d’où une orientation partielle vers la quantité plutôt que la qualité.

 

Vignes de Belleville, Menilmontant et Charonne (1790).
Vignes de Belleville, Menilmontant et Charonne (1790).

 

1799-1815 : le vignoble francilien n’a rien d’anecdotique car il constitue l’un des plus importants de France. Ainsi, Argenteuil est la première commune viticole de France (1.000 hectares en production pour superficie totale de 1.700).

La vigne prospérait aux portes de Paris dans la grande périphérie constituée de faubourgs semi-ruraux, voire intra muros dans les jardins et parcelles rurales.

Le Première Empire voit l’apogée de ce vignoble par la superficie : plus de 40.000 hectares dans les limites de l’actuelle Ile-de-France. La prospérité se poursuit sous la Restauration et la Monarchie de Juillet : en 1838, la superficie exploitée s’est maintenue.

 

Dès après, le vignoble décline : en moins de deux siècles son activité deviendra anecdotique, folklorique.

Les causes sont multiples, telles :

  • Les usines, activités polluantes, bruyantes ou encombrantes qui sont rejetées en périphérie, entraînant l’industrialisation de la banlieue,
  • Les premiers chemins de fer qui empiètent sur les terres agricoles, sans oublier les dépôts et travaux tels que ponts, viaducs, tunnels, remblais, gares… Mais aussi, qui amènent les vins d’autres régions : viendra l’arrivée massive des vins du Midi et d’Afrique du nord
  • La forte urbanisation, avec ses routes, ses lotissements divers dont des cités ouvrières d’un côté, la construction d’hôtels particuliers et de villas privées d’autre part,
  • La création d’une ceinture complète de fortifications autour de Paris (1874-1885),
  • L’ouverture de carrières, sablonnières, galeries qu’impliquent tous ces travaux,
  • La guerre franco-prussienne de 1870-1871, suivie de la Commune de Paris de mars à mai 1871,
  • Les maladies de la vigne que sont oïdium, mildiou, phylloxera, black-rot et qui furent autant de coups décisifs.

 

Conséquence du déclin, la fabrication et la commercialisation de vins trafiqués, artificiels détournera une partie de la clientèle.

Les faibles rendements liés à un entretien chichement mesuré amèneront pour leur part une amorce d’exode rural, une désaffection envers l’agriculture quant aux terres les plus pauvres.

 

Aussi, fin du XIX° siècle, la superficie est réduite de 2/3 en quelques trente années. Mais recul ne signifie pas anéantissement : en 1900 subsistent 12.000 hectares. L’activité n’est donc pas marginale sauf dans Paris même de par la pression foncière. Mais dans les régions demeurées rurales, la vigne persistait, mais une tendance à une décroissance globale certes mais aussi une belle résistance dans les communes les plus favorables.

 

Pendant la guerre de 1914-1918, l’Ile-de-France ne profita pas de la production de masse de « pinard » acheminée sur le front à l’attention des soldats.

 

Durant l’entre deux guerres, le monde rural entre désormais en régression rapide. 1930 connaît le point le plus bas : 250 hectares en production en Ile-de-France. Suit en 1935 une campagne d’arrachage décrétée dans l’ensemble du pays.

 

Concomitamment, le vignoble fait montre d’une survivance certes plus culturelle que relevant d’une production réelle. Cette volonté de renouer avec la tradition se concrétise notamment par la vigne de Montmartre plantée en 1933 et récoltée en 1934.

 

Tout ceci n’empêche pas qu’en 1943 la France danse sur les paroles de Jean Dréjac : « Ah ! Le petit vin blanc ».

 

Quoi qu’il en soit, en 1950 la consommation de vins d’origine francilienne est locale, familiale alors que la France entre dans une orientation de productivisme. Un recensement de seulement quelques 420 hectares est effectué.

1950-1960 correspond au remembrement, à l’apparition des Zones à Urbaniser par Priorité et Zones d’Aménagement Concerté, à la construction des autoroutes, aéroports. Suivirent les implantations de grandes surfaces commerciales, Zones Industrielle et autres villes « nouvelles ». En 1960 subsistent quelques 300 hectares.

Concomitamment la vigne est en recrudescence de la vigne, manifestation d’une volonté de maintenir une tradition viticole multiséculaire. Il s’agissait d’initiatives ponctuelles, individuelles. Puis suivirent des collectivités, des associations, des confréries (04).

1970 correspond à l’apparition des premières mouvances écologiques concrétisées notamment par l’aménagement d’espaces verts et de lieux de sociabilité dans une optique de convivialité, d’entraide, de solidarité (activités caritatives via les bouteilles mises aux enchères) sans oublier l’aspect festif.

 

La démarche peut certes parfois s’avérer purement symbolique. Mais elle ne relève en rien d’un folklore parisien, d’une nostalgie boboïsante. L’on veut au contraire renouer culturellement avec le passé, préserver une identité. Et l’expansion du vignoble francilien se double d’une professionnalisation soucieuse de qualité, ce qui pourrait impliquer une mise en ordre voire – qui sait – l’intervention d’un cadre légal.

 

Quoi qu’il en soit, on ne peut que féliciter les initiatives tendant au renouveau du vignoble, que ce soit à Paris, en Ile-de-France, Bretagne, Normandie, Nord – Pas-de-Calais, Belgique ou Pays-Bas.

 

Olivier Mercier.

 

A noter :

La lecture de l’ouvrage de Larchiver Maurice « Vins, vignes et vignerons – Histoire du vignoble français » (05) devrait donner de plus amples informations sur le sujet. Je parle au conditionnel car le livre est en attente de lecture, ne l’ayant que compulsé.

A noter que ce même auteur a écrit spécifiquement « Vin, Vigne et vignerons en région parisienne du XVIIe au XIXe siècle » (06) mais je n’ai pu me procurer le livre.

Nombre d’informations aussi dans Garrier Gilbert « histoire sociale et culturelle du Vin ».

 

Plan de Paris par M. Mérian 1618.
Plan de Paris par M. Mérian (1618).

 

(01) Dion Roger, Histoire de la Vigne & du Vin en France – des origines au XIX° siècle, Paris, C.N.R.S. éditions, 2010, 768 pages.

(02) Le vin dit « de France » provenait de l’Ile de France et d’une partie de l’Oise et du Laonnais.

(03) Ragache Gilles (avec la collaboration de Hervé Luxardo), Vignobles d’Ile de France – Deux siècles de viticulture (XIXe et XXe siècles), Etrepilly, Presses du Village Edition Francilienne, 2005, 143 pages.

(04) Que l’on peut actuellement ventiler à raison d’1/3 en vignobles privés et 2/3 en vignobles d’associations ou de communes.

(05) Larchiver Maurice, Vins, vignes et vignerons – Histoire du vignoble français, Paris, Arthème Fayard, 1988, 714 pages.

(06) Larchiver Maurice, Vin, Vigne et vignerons en région parisienne du XVIIe au XIXe siècle, Société historique et archéologique de Pontoise, du Val-d’Oise et du Vexin, 1982, 957 pages.

(07) Garrier Gilber, histoire sociale et culturelle du Vin, Larousse in extenso, 2008, 767 pages.

 

 

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