Palerme (Sicile).

Ce serait bien le diable si je n’y retourne pas un jour…

Arrivé à Palerme, mes pas me guident, sans but précis, vers le quartier populaire du Borgo Vecchio. Un marché. Quelques échoppes dans la rue. Un bar à vins sans prétention. Où l’on vous accueille avec le sourire sans dévisager le touriste que vous êtes. Où le patron vous sert dans un verre sa meilleure bouteille alors que les habitués sirotent dans un gobelet en plastique un vin servi depuis une bouteille en plastique de récupération où il a été préalablement transvasé. Où le patron demande à un client de bien vouloir se déplacer afin que nous ayons les meilleures places à la meilleure table. Et le vin est bon. On en redemande.

 

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Telles sont les prometteuses prémices.

 

Les marchés ?

Il en est tant.

Il y a celui entre le Teatro Massimo et le Palazzo di Giustizia (Palais de Justice) où je n’ai pu malheureusement flâner.

 

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Faite le détour : aux abords du Palazzo sont gravés divers noms, dont celui de Giovanni Falcone. Devoir de mémoire.

Entre la via Roma et la Cala, le mercato della Vucciria (marché de la Vucciria) est le plus vieux de Palerme.

 

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La modeste Taverna Azzura voit sa fréquentation évoluer au fil des heures : la clientèle d’habitués du quartier cède progressivement la place  aux jeunes qui y ont font la fête jusque tard. Je me suis contenté d’y siroter à l’une ou l’autre occasion d’agréables crus locaux.

 

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C’est à la piazza Caracciolo que je me suis délecté à diverses reprises en toute simplicité : chez Da Jolly (I stigghiulari Tanino e Angelo). La spécialité ? Arrosto alla griglia (cuit au barbecue).

 

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Le stigghiola  (01) – également connu sous le nom de stigghiuola – est un plat de rue, populaire, cuit sur la braise par le stigghiularu : des intestins d’agneau (agnello) – mais aussi de chèvre ou de poulet –  lavés avec de l’eau et du sel, assaisonnés avec du persil ou autres fines herbes, avec ou sans oignon (cipolle) et embrochés, ou encore enroulés autour d’un poireau, cuits directement sur le grill, consommés chauds, assaisonnés de sel et citron.

 

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Dans le même ordre d’idée, mangia e bevi (02) est un autre plat de rue très facile à préparer et très bon marché que l’on peut également se procurer auprès des vendeurs de rue qui les grillent : la tige de jeunes oignons est  enrobée de lard (lardo) agrémenté le cas échéant d’un filet de citron.

 

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Incontournable : le vaste et bigarré mercato Ballarò à l’ombre de la torre di San Nicolò di Bari, dans le quartier populeux de l’Albergheria.

 

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S’y sustenter au bord de la rue auprès d’un vendeur, appelé  meusari, d’un pane con (la) milza : un sandwich à base d’un pain – vastedda ou vastella – parsemé de graines de sésame, fourré de poumon de veau, de panse de porc, de rate (milza) hachés préalablement bouillis et frits dans du saindoux. Et l’usuel filet de citron si telle est votre envie.

 

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Mais tout ceci ne nourrit pas son homme (encore que…).

Restons dans le mercato Ballarò.

Va pour la spaghetteria-panineria Mangiamoci sù (03). L’établissement ne paie certainement pas de mine, mais on n’a pas boudé son plaisir.

Pour se rafraîchir : Semedorato Premium. Une bière sicilienne blonde,  légère, de soif.

Pour elle : trinacria  composé de gamberi, pesce spada, scorza di limone,  bottarga (écrevisses, espadon, zeste de citron, poutargue).

Pour moi : pâtes façon Mangiamoci sù  soit pesto, gamberi, panna, farina di pistacchi (pesto, écrevisses, crème, farine de pistache).

Plats simples, goûtus. Des prix riquiqui. Un soleil radieux. Un personnel sympa. Que demander de plus ?  Le vin ! Cantine Pellegrino ‘Tareni’ Denominazione di Origine Controllata Alcamo (04) blanc 2017. Un mono-cépage catarratto des plus corrects.

 

 

Des restaurants palermitains, il en est pléthore. Et de tous ordres. Vous en trouverez une sélection in fine du présent article.

 

Quittons Palerme.

 

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Monreale. Pour y accéder, vous traverserez la Conca d’Oro – la ‘coquille d’or ‘ – une petite plaine entourant Palerme et son arrière-pays, laquelle était, avant l’extension urbaine, une terre très fertile et y visiterez inéluctablement la magnificente cattedrale  (cathédrale) Santa Maria Nuova, fondée en 1172  par le Normand Guillaume II, roi de Sicile, érigée dans le style arabo-normand, bordée par le lumineux chiostro (cloître) (05).

 

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Derrière la cattedrale – côté abside – le Barrique.

Avec ses allures d’ancienne épicerie, l’endroit ne manque pas de charme.

 

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Autant boire local, la D.O.C. Monreale se déclinant dans les trois couleurs.

Fattorie Azzolino ‘Natturno’ cépage nero d’Avola 2016. Robe quasi noire. Massif. Long.

Du coin de l’œil, je regarde – amusé – la vidéo que diffuse la télévision : « Come musica » de Jovanotti.

 

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Pour faire trempette, nous avons rejoint non pas Cefalù mais Mondello, plus proche. Cet ancien village de pêcheur devenu station balnéaire présente un cachet quelque  peu désuet.

Du côté de la capitaneria di porto (capitainerie du port), la Trattoria Simpaty se montre avenante. On se laisse tenter

Involtini di spada (rouleaux d’espadon) en entrée.

Pesce pescato del giorno (pêche du jour) en l’occurrence du mérou (cernia).

Triglie (rouget).

 

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Pour accompagner : Alessandro di Camporeale ‘Benedè’ D.O.C. Sicilia blanc cépage catarratto 2017 (06) (07). Fleurs blanches, amande au nez. De la vivacité. De la fraîcheur.

Vue superbe et cuisine de qualité. On s’y attarde. Farniente.

 

Revenons à Palerme.

D’abord et à nouveau dans le quartier de la Vucciria.

 

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Sardina Pasta Bar. Pimpant. On s’installe en terrasse.

Pour l’un : cantine Florio ‘Oxydia’ cépage blanc zibibbo Indicazione Geografica Tipica Terre Siciliane : un vin ‘fortifié’ à la fois doux et amer.

Pour l’autre : cantine Pellegrino cépage malvasia (08) I.G.T. Terre Siciliane : autre vin ‘fortifié’ tout en délicatesse.

Les deux verres sont accompagnés de douceurs de qualité.

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Tout cela est bel et bon ! On échange ? « Jeune homme, remettez-nous la même chose, S.V.P. ».

 

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Enotequa. Implanté pas bien loin des Quattro Canti, sa devanture m’avait accroché l’œil à diverses reprises.

Endroit cosy, intimiste : lumières tamisées et décoration que l’on croirait issue d’une brocante. Service amène.

Le temps de choisir la bouteille, la barmaid change de C.D. et prend la commande. Mais qui est donc ce chanteur français ? Pas moyen de mettre un nom sur cette voie qui m’est pourtant connue…

Cantine Russo ‘Luce di Lava’ D.O.C. Etna rosso 2013. 80 % nerello mascalese, 20 % nerello cappuccio sur le versant volcanique nord de l’Etna. Robe évoluée. Nez délicat. Bouche fluide, avec une touche boisée.

Et cette voix qui me turlupine. Et entonne « Ma Vie ». Alain Barrière ! Qui s’en souvient ? Suivra Gilbert Bécaud.

 

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Le lendemain, le centre historique traversé par la procession du Vendredi Saint ne favorise pas les déplacements pédestres. Retour dès lors dans le même bar à vins. J’ouvre la porte et … « Ma vie  – J’en ai vu des amants  – Ma vie – L’amour ça fout le camp… » Alain Barrière encore et toujours !

Terre di Gratia ‘Dama Rossa’ D.O.C. Sicilia rosato 2018 cépage perricone : l’Italie et les vins rosés, c’est à mes yeux une histoire difficile…

Suivront Gilbert Bécaud et Aznavour.

 

On ne peut finir l’évocation de Palerme sans mentionner les pâtisseries que l’on retrouve à tous les coins de rue.

Bar Santoro se cache dans un parc du quartier de la Porta Nuova, derrière le palazzo dei Normanni (palais des Normands) et la cappella palatina (chapelle palatine).

Des douceurs à profusion. Non seulement les incontournables canolli (09) mais aussi les spécialités de Pâques que sont la cassata (10),  l’agnello pasquale/pecorelle (11) ou encore la colom(bi)na pascale/di Pasqua (colombe pascale/de Pâques).

 

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Dans cette ville saupoudrée d’églises, chapelles, clochers, niches votives… ce serait bien le diable si je n’y retourne pas un jour…

 

Olivier Mercier.

 

Et si vous voulez en apprendre plus sur Palerme, ce vous conseille ce documentaire de la Rai 1.

 

 

N.B. : en restauration, le couvert (coperto) est facturé quasi toujours en sus, ce qui est en principe annoncé.

 

Taverna Azzura

Adresse : via Maccheronai, 15 à 90100 Palerme.
Page FaceBook : https://www.facebook.com/Taverna-Azzurra-833715610046416/

Spaghetteria-panineria Mangiamoci sù

Adresse : via Nunzio Nasi, 12 à 90128 Palerme.
Bière : 2 euros.
Trinacria : 10 euros.
Mangiamoci sù : 8 euro.
Cantine Pellegrino : 15 euros.
Page FaceBook : https://www.facebook.com/Mangiamoci-s%C3%B9-1814951758792774/?utm_source=tripadvisor&utm_medium=referral
Visite du 14 avril 2019.

 

Le Barrique

Adresse : via Arcivescovado, 4 à 90046 Monreale.
Fattorie Azzolino : 18 euros.
Page FaceBook : https://www.facebook.com/Le-Barrique-Monreale-597275537096165/
Visite du 19 avril 2019.

 

Trattoria Simpaty

Adresse : via Piano di Gallo, 18 à 90151 Mondello.
Coperto : 2 euros par personne.
Involtini di spada : 13 euros.
Pesce pescato del giorno : 50 euros le kilo.
Cernia : 15 euros.
Alessandro di Camporeale : 18 euros.
Site : http://www.simpatymondello.com
Page FaceBook : https://www.facebook.com/pages/Sympaty/167652643293718?__tn__=%2CdkC-R-R&eid=ARBTII-e2VUWJojSXihVPFRziLpb5USj62Qd9Zb4C9KliELFGAgKJ6qOu2O9i-8yhXgcPTa5NowxKWfX&hc_ref=ARTy5ExxdS_hxpoNnZoT99MFYOCU2hUf3sgyuF-seBwplCqQqZwH2Fh7dd4feKT5SkY&fref=tag&rf=155900767764115
Visite du 18 avril 2019.

 

Sardina Pasta Bar

Adresse : via Cassari, 41/43 à 90133 Palerme.
Site : http://www.sardinapastabar.it/
Page FaceBook ; https://www.facebook.com/SardinaPastabar/
Visite du 17 avril 2019.

 

Enotequa

Adresse : via Maqueda, 274 à 90134 Palerme.
Cantine Russo : 35 euros.
Terre di Gratia : 35 euros.
Visites des 18 et 19 avril 2019.

 

Bar Santoro

Adresse ; piazza Indipendenza à 90129 Palerme.
Page FaceBook : https://www.facebook.com/Bar-Santoro-284390882209204/
Visite du 19 avril 2019.

 

SELECTION TOUTE ALEATOIRE DE RESTAURANTS.

 

Trattoria Al Cancelletto Verde

Etablissement proche du teatro Politeama, dont nous avons franchi le seuil par hasard. Globalement, le rapport qualité-prix est correct. Mais le service est d’une telle lenteur… Et comme la cuisine est de type ouverte, nous avons été gratifiés de la prise de tête entre le serveur et le chef.

Donnafugata cuvée ‘Prio’ Lucido (12) D.O.C. Sicilia blanc 2018. Joliment fruité. A maturité.

Adresse : via Riccardo Wagner, 14 à 90139 Palerme.
Coperto : 3 euros par personne.
Donnafugata : 25 euros.
Page FaceBook : https://www.facebook.com/pages/Al-Cancelletto-Verde/162970367047570
Visite du 12 avril 2019.

 

Fly Café

Toujours du côté du Teatro Politeama. Tout à la fois caffetteria, rosticceria, gelateria, pasticceria (café, snack, glacier, pâtissier). Prix tout doux pour deux taboulés bons et copieux, vin compris. Ou une erreur dans l’addition…

Feudi Branciforti dei Bordonaro ‘Syrah’ I.G.T. Terre Siciliane 2016. Gouleyant mais pas sans corps. Sans chichi et correctement vinifié.

Adresse : via Mazzini, 2/2A -/piazza Nascè 7/8 à 90100 à Palerme.
Total : 18 euros.
Page FaceBook : https://www.facebook.com/pages/category/Bar/Fly-Caf%C3%A9-183560438512129/
Visite du 13 avril 2019.

 

La Brace Polleria

Pas bien loin des installations portuaires, un établissement qui, comme son nom l’indique,  est principalement dédié au poulet grillé. Du niveau d’une bonne brasserie.

Principe di Corleone ‘Miaterra’ I.G.T. Terre Siciliane 2018 cépage grecanico. Vin blanc sans intérêt.

Adresse : via Principe di Scordia, 105/107 à  90139 Palerme.
Coperto : un euro par personne.
Spaghetti con vongole : 10 euros.
Coscia disossata con patatine fritte (cuisse desossée et frites) : 4 euros.
Bière Peroni Gran Riserva puro malto : 4 euros. Bof…
Principe di Corleone : 15 euros.
Site : https://www.labracepalermo.com/
Page FaceBook : https://www.facebook.com/pg/pollerialabrace/about/?ref=page_internal
Visite du 17 avril 2019.

 

 

Casa del Brodo dal Dottore

Si vous souhaitez absolument y aller, il est conseillé de réserver. Lieu qui m’a été recommandé, mais… Parmi d’autres reproches, l’accueil et le service hautains. Heureusement, c’est ici l’exception qui confirme la règle, tant le Palermitain est accueillant.

On s’est néanmoins fait plaisir avec un  remarquable vin rouge : azienda agricola Cos Denominazione di Origine Controllata e Garantita Cerasuolo di Vittorio (13) Classico 2015 (14). Cépages nero d’Avola et frappato.

Adresse : Corso Vittorio Emanuele, 175 à 90133 Palerme.
Az. agr. Cos : 25 euros.
Site : http://www.casadelbrodo.it/
Visite du 14 avril 2019.

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Antica Birreria Moretti

En vis-à-vis du Teatro Politeama, un établissement de type brasserie tout ce qu’il y a de plus correct.

Adresse : piazza Castelnuovo, 34 à 90141 Palerme.
Page FaceBook : https://www.facebook.com/AnticaBirreriaMoretti/

 

Le tout sans oublier Trattoria di mare Aja Mola et Gagini social restaurant, déjà évoqués en ces pages.

 

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  1. Au pluriel : stigghiole.
  2. Soit ‘manger et boire’.
  3. La traduction deMangiamoci sù’ est ‘Mangeons là-haut’. En fait, l’établissement se situe dans le bas du mercato Ballarò.
  4. Cette O.C. est située au sud-ouest de Palerme.
  5. L’ensemble relève du patrimoine mondial de l’Unesco.
  6. Agriculture biologique IT-BIO -004.
  7. Plus précisément : cépages catarratto comune et lucido.
  8. La malvasia bianca n’a rien à voir avec le cépage malvoisie.
  9. Le cannolo siciliano est un rouleau de pâte frite remplie d’une farce sucrée et crémeuse – généralement – à base de ricotta, garni de fruits confits et saupoudré de sucre glace (mais il est des variantes).
  10. La cassata – gâteau de printemps traditionnellement servi à Pâques – se compose notamment d’un biscuit de type génoise garni de ricotta aux fruits confits. Rien à voir avec le dessert glacé.
  11. Cette spécialité sicilien qu’est l’agneau pascal se confectionne avec de l’amande (mandorla) et du sucre : roboratif.
  12. Lucido étant le nom historique du cépage catarratto. Encore que l’on distingue catarratto comune et cataratto extra lucido et catarratto lucido…
  13. Cerasuolo di Vittorio est sise au sud-est de l’île. C’est la seule D.O.C.G. sicilienne.
  14. Agriculture biologique IT-BIO-004.

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L’Indication Géographique Protégée Terres du Midi : premières vendanges en 2018.

Quand chacun voit midi (économique) à sa porte.

Une nouvelle Indication Géographique Protégée bientôt à disposition, si ce n’est déjà le cas.

Par arrêté du 2 août 2018 est édicté le cahier des charges de la nouvelle I.G.P. Terres du Midi.

Elle doit son contour géographique au «Midi Viticole»,  soit le Languedoc-Roussillon méditerranéen lequel se caractérise par une quasi-monoculture viticole du delta du Rhône à la frontière espagnole. Les racines fortes, le patrimoine historique sont indéniables quant aux quatre départements dont il sera question ci-après.

L’I.G.P. Terres du Midi est le résultat d’une démarche initiée en 2015 par la fédération héraultaise des I.G.P., aboutissant à la fusion des I.G.P. de département de l’Hérault, du Gard, de l’Aude et des Pyrénées Orientales (01).

Des années de négociations entre opérateurs, metteurs en marchés et syndicats des producteurs ont été nécessaires.

Cette I.G.P. voit le jour en réponse à une demande du négoce (02), avec comme objectif de créer une offre volumique d’environ 1,5 million d’hectolitres (on évoquera plus loin ce leitmotiv). Les acteurs ne s’en sont jamais caché : la stratégie était – et est toujours – uniquement économique afin de favoriser l’émergence de marques d’entreprise et ce dans l’intérêt et du négoce et de la production : en regroupant tous les volumes sous une même dénomination, sous une même marque régionale, collective forte, on propose une offre plus conséquente en I.G.P. d’assemblage pour des marchés de marques commerciales, et ce alors que les I.G.P. de département sont renseignées comme étant en difficulté.

Cependant dès 2016, la volonté de créer la future I.G.P. Terres du Midi est considérée comme une attaque en règle par l’I.G.P. pays d’Oc. (leader français des I.G.P.) (03) laquelle s’est prononcée contre telle initiative, d’autant plus que ces deux I.G.P. partagent exactement la même zone de production.

Certes, elles bénéficient de rendements maximum autorisés différents (04).

Mais il fallait trouver un terrain d’entente. Aussi la création de l’I.G.P. Terre du Midi a été présentée comme un projet de hiérarchisation de toute l’offre I.G.P. du Languedoc (et du Roussillon), face à une offre d’I.G.P. éparses, dispersées, soit globalement, de haut en bas :

  • Les A.O.C.,
  • Les I.G.P. de zones locales,
  • Les quatre I.G.P. de département (05),
  • L’I.G.P. pays d’Oc avec mention de cépage,
  • L’I.G.P. Terres du Midi sans mention de cépage,
  • Les Vins Sans Indication Géographique (V.S.I.G.) (06).

L’I.G.P. Terres du Midi met en avant sa vocation à devenir le socle de la pyramide de l’offre régionale des vins d’I.G.P. Languedoc-Roussillon, en entrée de gamme (on y reviendra). Cette restructuration a été considérée comme nécessaire dès lors que les I.G.P. de département sont dites en difficulté.

Deuxième élément souligné pour bien distinguer les créneaux respectifs des deux I.G.P. et éviter toute concurrence :

  • L’I.G.P. Terres du Midi se positionne à 100 % sur l’assemblage sans mention de cépage,
  • L’I.G.P. pays d’Oc se positionne en vin de cépage.

Ainsi la segmentation pyramidale se veut claire, les deux offres apparaissant comme complémentaires.

Mais en est-il bien ainsi ?

Pour le premier élément, est-ce plus compréhensible pour le commun des mortels de passer de trois à quatre niveaux d’I.G.P. ?

Le deuxième élément pose également problème :

  • Certes, le cahier des charges de l’I.G.T. Terres du Midi dans les conditions de présentation et d’étiquetage,  édicte que la mention d’un ou plusieurs cépages est strictement interdite (07),
  • Cependant il ne fixe pas de règle d’assemblage (on reviendra sur ce point). Rien n’interdit donc la création d’une cuvée en mono-cépage,
  • Dans l’I.G.T. pays d’Oc, on autorise (il s’agit d’une simple faculté) la mention d’un à plusieurs cépages pours les vins tranquilles blancs, rosés et rouge entre autres, et ce dans certaines conditions,
  • Ce dernier cahier des charges évoque effectivement une production en vin de cépage, mais dans les faits à raison de 90 %. C’est dire s’il est nombre d’exceptions.

Quant à ces deux éléments, l’avenir nous dira si le consommateur lambda perçoit bien ce double distinguo… Qu’est-ce qui distingue à la simple lecture d’une étiquette un vin décliné en I.G.T. Terres du Midi vinifié en mono-cépage sans mention de cépage d’avec un vin décliné en I.G.T. pays d’Oc vinifié en mono-cépage ou en assemblage mais sans mention de cépage(s) ? A part le prix éventuellement, ce consommateur lambda ne devrait pas chercher midi à quatorze heure…

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Le jeune syndicat des producteurs de Terres du Midi a explicité le positionnement de l’I.G.P. pour l’essentiel – en ce qui me concerne – en dix points.

Production de vins d’assemblage disponibles dans les trois couleurs.

Le cahier des charges de l’I.G.P. Terres du Midi :

*précise qu’elle est réservée aux vins tranquilles, rouges, rosés et blancs, lesquels peuvent être complétés de la mention « primeur » ou « nouveau » (08),

* présente les vins sous l’angle de la tradition des vins d’assemblage. L’I.G.P. s’exprime essentiellement par l’assemblage de cépages traditionnels de la région alors que l’implantation de cépages issus d’autres vignobles français a permis de diversifier et d’adapter la gamme des assemblages en fonction de la diversité des situations pédoclimatiques (voir point 5). L’I.G.P. s’est toujours affirmée comme une I.G.P. d’assemblage dans les trois couleurs.

* prévoit une large gamme de cépages autorisés (09),

Production de vins plaisants, accessibles, ‘initiatiques’, simples, pour des consommateurs débutants, faciles à consommer, d’un bon rapport qualité-prix, à consommer toute l’année.

Effectivement, le cahier des charges évoque des vins facilement accessibles, ce que recherchait lors des négociations ouvertes en 2015 – et recherche toujours – le négoce. Lequel garde à l’oeil leur coût.

Volonté de devenir le socle d’une offre I.G.P. plus lisible, plus structurée.

Plus structurée, sans doute… Plus lisible, j’en doute (voir ci-dessus)…

Positionnement par rapport aux V.S.I.G. par la création d’une strate commerciale forte entre l’offre V.S.I.G. et I.G.P. pays d’Oc.

Telle était bien la volonté initiale des négociateurs (voir ci-dessus).

Répondre à la demande du négoce en créant une offre volumique forte.

Sur ce point, les cartes ont toujours été sur la table (voir ci-dessus).

Pour ce faire le cahier des charges :

* prévoit un généreux rendement maximum à l’hectare de 120 hectolitres,

* stipule que la zone géographique de l’I.G.P. Terres du Midi s’étend sur l’ensemble des communes des départements de l’Aude, du Gard, de l’Hérault et des Pyrénées-Orientales, outre quelques communes du département de la Lozère,

* précise que cette zone commercialise environ 1.500.000 hectolitres par an sur l’ensemble de son territoire.

Sur ce dernier point, les volumes sont considérés comme susceptibles d’être ponctionnés à la marge sur l’I.G.P. pays d’Oc sans mention de cépage quand elle aura du mal à écouler sa production , sur les V.S.I.G. et surtout sur les I.G.P. de département mentionnées – rappelons-le – comme ayant une valorisation compliquée et une dynamique à la baisse.

Mais suivant la déclaration de récolte 2018, ce sont de 31 à 40.000 hectolitres ont été revendiqués dont 53 % en rouge et 47 % en rosé (10) (11) (12).

D’où des prévisions à court terme revues à la baisse : 300.000 hectolitres puis 1 million d’hectolitres.

C’est néanmoins le volume de 1,5 million d’hectolitres l’an qui est toujours d’actualité dans une perspective de trois à cinq ans.

Revenons au cahier des charges lequel ne manque pas de détailler que située au sud de la France, en bordure du littoral méditerranéen, la zone géographique de l’I.G.P. Terres du Midi s’étend sur l’ensemble des communes des départements de l’Aude, du Gard, de l’Hérault et des Pyrénées-Orientales, ainsi que sur quelques communes du département de la Lozère. Depuis les montagnes des Cévennes, de la Montagne Noire et des contreforts pyrénéens, jusqu’au littoral lagunaire, l’I.G.P. Terres du Midi forme un vaste amphithéâtre organisés en gradins, tourné vers la mer Méditerranée. Elle présente une grande variété de situations pédologiques et donc de combinaisons : coteaux, plateaux, plaines, terrasses alluviales… Trois ensembles principaux se mêlent : les montagnes et les hauts plateaux, les piémonts et plateaux intermédiaires, et enfin, la plaine littorale. La pluviométrie augmente avec l’altitude et la distance à la mer. Deux régimes de vents très différents, le « marin » qui souffle sur le golfe du Lion, et un vent de nord ou d’ouest (tramontane, cers et mistral). Cette variabilité climatique favorise la culture d’une grande diversité de cépages aux écologies diverses.

On aura lu entre les lignes, prosaïquement, ce qui importe s’avère être la souplesse et la régularité d’un large approvisionnement régional.

Proposer un complément de gamme pour les circuits courts.

Le cahier des charges pointe la capacité de la région à élaborer des vins adaptés aux besoins des marchés.

Renforcer le partenariat amont-aval.

Cet approvisonnement via une marque collective forte se veut sécuriser les vignerons (des prix justes et viables pour une survie économique du bassin de production) mais aussi les metteurs en marché qui bénéficient d’un approvisionnement (présenté comme de qualité) pour leurs marques commerciales.

Mettre en avant une gamme à l’origine géographique bien définie, des vins qui ne sont pas apatrides, fiers de leurs racines et de leur origine, avec une identité régionale forte.

Origine française et signe officiel de qualité sont mis en avant. L’I.G.P. Terres du Midi ese voit comme un label garantissant au consommateur une provenance, une qualité via un souple cahier des charges dédié. C’est quasi un acte patriotique qui se trouve ainsi revendiqué : acheter un vin d’une marque collective liée par un signe de qualité.

Offrir une vision respectueuse des intérêts économiques de tous les opérateurs.

Le cahier des charges relate que la production de vins d’assemblage constitue un véritable socle de développement de l’économie viticole régionale.

Pour le surplus, je vous renvoie au point 7.

Se positionner par rapport à la concurrence européenne et répondre à la concurrence internationale (européenne en particulier).

Une des finalités clamées a été la création d’un label clairement identifiable pour le consommateur face à la concurrence des vins espagnols vendus à bas prix en Grande Distribution, concurrence qualifiée de déloyale car tels vins sont vendus sous une étiquette trompeuse : ils se font passer pour des vins de cépage français et notamment du pays d’Oc. Est mis en exergue – sans étude précise – le fait que la plupart des consommateurs ne savent pas qu’ils achètent des vins espagnols. Certes la perte des volumes de ce chef s’avère difficile à évoluer. Il faut néanmoins savoir que la France a importé 5,5 millions d’hectolitres de vins espagnols en 2016.

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En conclusion, on ne saurait nier que le cahier des charges de l’I.G.T. Terres du Midi répond à la définition donnée par le droit européen : « on entend par ‘indication géographique’ une dénomination qui identifie un produit:

a) comme étant originaire d’un lieu déterminé, d’une région ou d’un pays;

b) dont une qualité déterminée, la réputation ou une autre propriété peut être attribuée essentiellement à son origine géographique; et

c) dont au moins une des étapes de production a lieu dans l’aire géographique délimitée. »

Mais on ne peut que difficilement s’empêcher de considérer qu’il y va d’un habillage, d’un maquillage juridique pour couvrir une réalité banalement économique : offrir une production entrée de gamme sur un large bassin de production afin d’intéresser le négoce et regagner ainsi les parts de marché perdues par la région (ce retour au segment I.G.P. se concrétisant par la volonté de récupérer les parts relatives aux vins étrangers, mais aussi aux vins de France dits V.S.I.G.).

Voilà qui ne fait pas rêver… Mais ne soyons pas naïf. D’ailleurs, dans l’absolu, la coexistence de quatre I.G.P. de département se justifie-t-elle ?

Et basta si le vin est bon !

Olivier Mercier.

  1. Pour être précis, l’Hérault, puis le Gard et enfin l’Aude ont fait bannière commune, rejoints in fine par les Pyrénées-Orientales.
  2. La croissance du chiffre d’affaire du rayon vin de la Grande Distribution provient pour 70 % des vins de la région Languedoc-Roussillon. Dans cet optique, il est symptomatique que parmi les premiers qui aient réagi se positionne Listel avec un I.G.P. Terres du Midi rosé « L’Estil », visant un million de cols dès la deuxième année de commercialisation.
  3. Pour info : six millions d’hectolitres par an sont produits en pays d’Oc sur les douze millions produits au total en Languedoc-Roussillon.
  4. Soit 120 d’une part et 90 ou 100 hectolitres à l’hectare d’autre part, respectivement en Terres du Midi et en pays d’Oc.
  5. Les I.G.P. de département sont maintenues pour satisfaire les marchés existants, avec cependant l’objectif de basculer progressivement les volumes en I.G.P. Terres du Midi.
  6. C’est-à-dire les anciens vins de table, actuels vins de France
  7. Tant qu’à parler d’étiquetage, le logo I.G.P. de l’Union Européenne est obligatoire lorsque la mention « Indication Géographique Protégée » est remplacée par la mention traditionnelle « Vin de Pays ».
  8. Le dit cahier des charges précise que la production consiste en des vins rouges majoritairement (55 % de la commercialisation), mais également des vins rosés (35 %) en augmentation et des vins blancs.
  9. Encépagement : Alicante Henri Bouschet N, Alphonse lavallée N, Altesse B, Alvarinho B, Aramon blanc, Aramon gris, Aramon, Aranel B, Arinarnoa N, Arvine B, Aubun N, Auxerrois B, Baco blanc, Bourboulenc B, Cabernet franc N, Cabernet-Sauvignon N, Cabestrel N, Caladoc N, Cardinal Rg, Carignan blanc, Carignan N, Carmenère N, Chardonnay B, Chasan B, Chasselas B, Chasselas rose, Chambourcin N, Chenanson N, Chenin B, Cinsaut N, Clairette B, Clairette rose, Clarin B, Colombard B, Couderc noir, Cot N, Counoise N, Danlas B, Egiodola N, Fer N, Gamay N, Gamay de Chaudenay N, Gewurztraminer Rs, Grenache blanc, Grenache gris, Grenache N, Gros Manseng B, Jurançon blanc, Landal N, Listan B, Lival N, Lledoner pelut N, Macabeu B, Maréchal Foch N , Marsanne B, Marselan N, Mauzac B, Meunier N, Merlot N, Mondeuse N, Morrastel N, Mourvèdre N, Müller-Thurgau B, Muscadelle B, Muscardin N, Muscat à petits grains blancs, Muscat à petits grains rouges, Muscat à petits grains rosés, Muscat d’Alexandrie B, Muscat de Hambourg N, Négrette N, Nielluccio N, Petit Manseng B, Petit Verdot N, Picardan B, Pinot noir, Pinot gris, Parellada B, Plant droit N, Portan N, Ravat blanc, Rayon d’or B, Riesling B, Rivairenc blanc, Rivairenc N, Roussanne B, Rubilande Rs, Savagnin rose, Sauvignon blanc, Sauvignon gris, Sciaccarello N, Semillon B, Servant B, Seyval B, Sylvaner B, Syrah N, Tannat N, Tempranillo N, Terret blanc, Terret gris, Terret noir, Ugni blanc, Valérien B, Vermentino B, Villard blanc, Villard noir, Viognier B, Verdelho B.
  10. Provenant pour moitié de l’Aude et le reste à parts quasi équivalentes de l’Hérault et du Gard. Rien quant aux Pyrénées-Orientales apparemment…
  11. Les vins blancs quasi inexistants en I.G.P. Terres du Midi sont renseignés comme en réalité valorisés avec mention de cépage en I.G.P. pays d’Oc. Cette absence de revendication en blanc dans l »I.G.P. Terres de Midi se justifierait d’autre par le fait que la région n’est pas traditionnellement une région de vins blancs. Enfin, les acheteurs testeraient d’abord la réponse des marchés sur les rouges et les rosés.
  12. Et ce alors que l’I.G.P. pays d’Oc représente trois millions d’hectolitres et les I.G.P. de département 380.000 hectolitres.

Capture Lestil Listel