Pitrel Thomas et Le Grand Victor : Tournée Générale – la France et l’alcool.

L’ouvrage effleure nombre de sujets.

La France et l’alcool. L’ouvrage est-il le résultat d’une approche historique, juridique, médicale, philosophique, sociologique, statistique ou autre ?

 

Il se montre en réalité hétéroclite, sous forme de millefeuille : se succèdent enchevêtrés onze chapitres de fond et dix interview.

 

Ce sont les données statistiques qui ont le plus attiré mon attention.

 

Abordons l’Introduction et rentrons dans le vif du sujet.

Selon un rapport sur l’alcool et la santé de 2018 de l’Organisation Mondiale de la Santé portant sur des données de 2016, 9,8 % des Français de plus de 15 ans n’ont jamais bu d’alcool (4,7 chez les hommes et 14,6 chez les femmes) et 24,7 % des Français des plus de 15 ans n’ont pas bu dans les douze derniers mois (14,2 chez les hommes et 34,4 chez les femmes) (01).

Pour l’année 2009, sur 535.000 décès en France, 49.000 (soit 9 %  – 13 chez les hommes, 5 chez les femmes) ont été attribués directement ou indirectement à l’alcool (02).

Selon l’Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies, considérant l’année 2010, s’ajouterait 1,4 millions de malades et 3,8 millions de consommateurs ‘à risques’ pour un coût  social de 120 milliards d’euros – soit autant que le tabac – alors que ce chiffre se réduit à 8,7 milliards quant aux drogues illicites (03).

Or, toujours selon l’O.F.D.T., depuis le début des années 1960, les quantités d’alcool mises en vente en France ont fortement diminué. En 1961, les quantités d’alcool par habitant âgé de 15 ans et plus représentaient 26 litres d’alcool pur. Un peu plus de quarante ans plus tard, ce montant était divisé par deux. Entre 2000 et 2017, les quantités d’alcool pur par habitant de 15 ans et plus mises en vente sur le territoire français sous forme de vins ont diminué d’environ 20 %, celles sous forme de spiritueux de 10 % alors que celles sous forme de bières reviennent en 2017 pratiquement à leur niveau de 2000, après une assez forte augmentation entre 2015 et 2017 (+ 6 %) (04). Cette baisse s’avère donc entièrement imputable  à la diminution des quantités de vin.

 

On évoquera brièvement les témoignages.

  1. Alexandre Lacroix, écrivain.
  2. Thierry Ardisson, animateur-producteur de télévision.
  3. Vincent Maraval, producteur de cinéma.
  4. Jaenada Philippe, écrivain.
  5. Gilles Lecouty, accordéoniste. Mieux connu comme l’accordéoniste de Licence IV  (Viens boire un petit coup à la maison)
  6. Etienne Davodeau, auteur de B.D. Je ne puis que vous inviter à lire son superbe ouvrage qu’est ‘les Ignorants’ issu de sa rencontre avec le vigneron Richard Leroy.
  7. Stéphanie Pillonca, réalisatrice et actrice.
  8. Gérard Baste, rappeur et animateur télé.
  9. JoeyStarr, rappeur et acteur.
  10. Pierre Salvadori, réalisateur et scénariste.

 

Les passages thématiques apportent les développements les plus intéressants.

  1. Vers un monde nouveau – l’alcool, arme diplomatique et politique. L’alcool examiné sous une facette politique tant nationale (notamment Jean-Pierre Soisson et Jean Lassalle) qu’internationale. Sur ce dernier point, le repas gastronomique des Français est inscrit depuis 2010 dans la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’Unesco.
  2. La guerre des lobbys – les politiques entre deux feux. Sont ici évoqués la naissance et l’évolution de la loi du 10 janvier 1991 dite loi Evin relative à la lutte contre notamment l’alcoolisme, ainsi que les luttes d’influence des ‘lobbys’ que sont entre autres ‘Vin et Société’ (représentant 500.000 acteurs de la vigne et du vin) d’une part et l’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie d’autre part. En résumé : le balancier entre politique, études scientifiques et santé publique.
  3. Dernières vendanges – la fin d’une époque. La régression du traditionnel repas de fin de vendange s’explique par la  mécanisation croissante du ramassage des raisins (quasi trois quarts du vignoble), la peur croissante du gendarme, les contraintes légales et administratives à l’engagement et l’hébergement de main d’œuvre saisonnière.
  4. En rade – la mort des petits cafés. Début 2017 France Boisson – pour ne donner qu’un exemple – annonçait que la région Hauts de France a vu chuter de 12 % le nombre de cafés par habitant en six ans à dater de 2009 (05).
  5. Les « Terroristes du vin » – les syndicats viticoles en colère. Dans un milieu qui peine parfois à nouer les deux bouts, les modes de revendication – parfois violents, rarement sanglants – des vignerons (notamment du Languedoc-Roussillon) et les revendications trouvent ici leur place (06).
  6. Nature et Découverte – le vin sans additifs fait du bruit. Comment ne pas comprendre le désarroi des vignerons dits ‘natures’ dont Alexandre Bain, Olivier Cousin face à leurs démêlés administrativo-judiciaires ?
  7. Elles too – enfin la parité. Les femmes et le monde du vin, toujours un peu plus présentes : la viticulture en 2016 se détaille en 33.085 chefs d’entreprise et 13.138 cheffes. (08)
  8. Bière artisanale – une révolution française. Un long chapitre à ce domaine en nette expansion, avec nombre de statistiques que je vous épargne. Brasseurs français ou à l’international, brasseurs industriels, micro-brasseurs ou brasseurs semi-artisanaux (Deck et Donohue, Coreff, Thiriez, la Parisienne…) s’expriment pour un large tour d’horizon (09).
  9. La Vallée des Esprits – au centre du monde des spiritueux. Gin. Whisky. Vodka. Autant d’alcools français plutôt inattendus. Mais surtout Cognac. Tenez : en 2014, la France a exporté en volume plus de vodka que de cognac (10).
  10. Start-up nation – ils vous feront boire autrement. Applications, sites web, start up… sont examinés sous des atours pas toujours avantageux (11).
  11. Vin chaud – le dérèglement climatique dans les vignes. Et si l’avenir du vignoble se trouvait dans des cépages  certes inusuels mais mieux adaptés (12) ? Ou en Angleterre, en Bretagne, Normandie, Hauts de France ?

 

Enfin, Conclusion intitulée vers la fin de l’alcool ? Si cela devait advenir, comment ? En passant par un traitement médical ou médicamenteux. Par l’abstinence ou le contrôle de la dépendance. Voire en absorbant un alcool de synthèse sans effets secondaires. Autant de pistes.

 

L’ouvrage effleure nombre de sujets et se lit d’une traite, sans prise de tête. A charge pour vous si vous le souhaitez d’approfondir l’une ou l’autre thématique (*).

 

Olivier Mercier.

 

  1. On trouvera ici ce rapport et les statistiques pays par pays. Pour la Belgique, les données sont respectivement 9,4 % (4,5-14,2) et 23,5 % (13,4-33,2).
  2. On consultera ici l’étude sous forme de ‘slide’. Précisons qu’elle a été effectuée sur base d’une consommation estimée et non sur base d’une consommation déclarée. Dans ce dernier le nombre de décès descend à 28.000, l’étude concluant qu’il existe beaucoup d’incertitudes.
  3. Rapport complet ici.
  4. Rapport consultable ici avec des chiffres arrêtés en 2014.
  5. Communiqué intégral ici. Il est de fortes disparités suivant les régions. Ainsi, l’Ile-de-France est au sommet.
  6. Selon les auteurs, le revenu moyen des agriculteurs a baissé de 22 % entre 2004 et 2007 et de 88 % en 2008. entre 2010 et 2011, 300 agriculteurs se seraient suicidé. Chez les viticulteurs hommes, la surmortalité par suicide serait de 11 % en 2010 (14 suicides) et 31 % en 2011 (16 suicides).
  7. Selon les auteurs, la France est le pays européen qui achète le plus de pesticides pour un chiffre d’affaire en 2012 de 1,99 milliards d’euros, la vigne étant parmi les plus gros consommateurs de produits phytosanitaires.
  8. Rapport du 05 juillet 2017au Sénat longuement reproduit ici.
  9. Selon les auteurs, le nombre de brasseries françaises est passé de 146 en 2000 à quelques 1.500 en 2018, chiffres sujets à discussion.
  10. Dossier de presse ici. Par contre, le cognac reste largement devant la vodka en valeur.
  11. Selon les auteurs, 417 sites français ont vend u au total pour 1,3 milliards d’euros de vin en 2016.
  12. En l’occurrence, le projet Vinadapt (Vitis Adaptation). De manière plus globale, je vous renvoie au projet Laccave où l’on apprend par exemple que la date des vendanges a avancé dans tous les vignobles.

 

 

Pitrel Thomas et Le Grand Victor, Tournée Générale – la France et l’alcool, Flammarion, 2019, 320 pp.

(*) J’aurai aimé des références, ou des références plus explicites, histoire de pouvoir compléter la lecture de l’ouvrage par la recherche et l’examen des citations et extraits.

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