Domaine Combier «Clos des Grives» Crozes-Hermitage rouge 2016.

Un domaine précurseur de l’agriculture biologique.

Autrefois, la région qui nous retient était vouée aux vergers.

 

Mais la réputation des vins de Crozes est ancienne.

En 1857, Victor Rendu écrivait (01) : « Vignobles de Crozes, Larnage et Mercurol. Ces trois vignobles, par la nature et la qualité de leurs produits, occupent la seconde place parmi les meilleurs crus de la Drôme : ils viennent immédiatement après les vins de l’Ermitage (…) Ces trois vignobles ont les mêmes cépages rouges et blancs que l’Ermitage (02)… Le vin de Crozes, seul, offre assez d’analogie avec le vin de l’Ermitage pour pouvoir être mélangé avec lui, et parfois même pour être livré au commerce sous le nom d’Ermitage ».

Effectivement, à l’époque, vins de l’Hermitage et de Crozes-Hermitage étaient souvent confondus.

André Jullien, en 1866 (03), pointait les « vins rouges » comme étant de « deuxième classe » évoquant les villages de « Croses, Mercurol et Gervant. Ces trois communes (…) produisent des vins qui participent de toutes les qualités de ceux de l’Hermitage, auxquels néanmoins ils sont inférieurs. Dans les années dont la température est favorable à la vigne, les vins de Croses ne différent de ceux de l’Hermitage qu’en ce qu’ils ont moins de finesse et de moelle ». Quant aux « vins blancs » élevés eux aussi au rang de « deuxième classe », est évoqué : « (…) Mercurol (…) fournit des vins… qui ont quelque analogie avec ceux de l’Hermitage : mais ils sont inférieurs en qualité ». D’autre part : « Chanos-Curson (…) fait des vins blancs doux, peu spiritueux, mais d’un goût agréable, que l’on consomme dans le département » (04).

 

Ces vins obtiennent la reconnaissance en Appellation d’Origine par voie judiciaire en 1936.

 

Aussi vite, l’Appellation d’Origine Contrôlée éponyme Crozes-Hermitage ou Crozes-Ermitage  est légalement consacrée en 1937, déjà pour les seuls vins tranquilles blancs et rouges (05).

Mais seule une partie du territoire de la commune de Crozes-Hermitage pouvait bénéficier de l’appellation : une nomenclature des quartiers permettait de tracer précisément les limites des quelques parcelles retenues dans la zone géographique originelle, les autres secteurs de la commune étant exclus.

 

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La prospérité des années d’après guerre conduit à l’agrandissement de la zone qui passe d’une seule à onze communes en 1952.

L’aire géographique est alors – et est toujours – circonscrite à  ces onze communes du département de la Drôme (dite des collines) que sont Beaumont-Monteux, Chanos-Curson, Crozes-Hermitage, Erôme, Gervans, Larnage, Mercurol, Pont-de-l’Isère, La Roche-de-Glun, Serves-sur-Rhône et Tain l’Hermitage.

Cependant, les producteurs recentrent le vignoble sur des terrains plus qualitatifs : en 1989 est entérinée une nouvelle aire parcellaire de production réduisant le potentiel de 4.800 à seulement 1.400 hectares.

 

Les vignes sont localisées à une vingtaine de kilomètres au nord de Valence, face à Tournon, sur la rive gauche du Rhône, au nord, au sud et à l’est de Tain l’Hermitage, le fleuve en constituant la limite occidentale.

Largement ouvert sur la vallée rhodanienne, ce vignoble est l’un des plus méridionaux au sein des Appellations d’Origine Contrôlées dites des Côtes du Rhône septentrionales.

 

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Nous sommes à cheval sur le 45° parallèle nord, avec comme conséquence qu’au sud de Tain l’Hermitage, même si le climat est tempéré, les influences méditerranéennes commencent à être ressenties de manière plus franche.

 

Le contraste entre le nord et le sud de l’A.O.C. s’exprime tant au niveau du relief que des formations géologiques.

Résumons cette géomorphologie diversifiée, contrastée :

  • dans la partie nord, la partie historique : des coteaux granitiques aux reliefs assez accentués. Les sables peu stables issus de ce substrat sont maintenus grâce à l’aménagement de terrasses soutenues par des murets traditionnellement de pierres sèches.
  • plus au sud et à l’est, partie la plus importante en superficie délimitée et plantée, correspondant au niveau le plus bas, le plus récent : le territoire est moins accidenté, relativement plat et ouvert, constitué d’un sol à dominante alluviale avec quelques plateaux de cailloutis roulés.

 

Crozes-Hermitage est l’A.O.C. la plus  importante de la partie septentrionale des Côtes du Rhône :

  • 2009 : 53.600 hectolitres de production moyenne annuelle pour une superficie exploitée de 300 hectares,
  • 2015 : 73.546 hectolitres pour 1.633 hectares,
  • 2016 : 80.314 hectolitres pour 683 hectares.

Les cépages syrah (06), marsanne et roussanne (cette dernière plus anecdotique) sont emblématiques de la région, seuls autorisés dans les A.O.C. des Côtes du Rhône septentrionales de la rive gauche.

La syrah ou petite syrah est très majoritairement implantée (90-91 % de l’encépagement).

 

Les vins rouges sont issus des cépages suivants :

– cépage principal noir : syrah,

– cépages accessoires blancs : marsanne, roussanne.

Les vins blancs (secs) sont issus des cépages marsanne (dans les faits, essentiellement) et roussanne.

Focalisons-nous sur les seuls vins rouges.

Règles de proportion à l’exploitation et d’assemblage de cépages coïncident :

  • Pour les vins rouges, la proportion de syrah est supérieure ou égale à 85 % de l’encépagement de l’exploitation. La présence des cépages accessoires est autorisée en mélange de plants dans les vignes plantées en syrah dans la limite de 15 % des pieds.
  • Pour les vins rouges, la proportion de syrah est supérieure ou égale à 85 % de l’assemblage et les vins élaborés à partir des cépages blancs et de syrah sont vinifiés par assemblage respectant cette proportion.

 

Le rendement est fixé à 45 hectolitres par hectare.

 

L’étiquetage des vins bénéficiant de l’appellation d’origine contrôlée peut préciser le nom d’une unité géographique plus petite.

 

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En 1936, Camille – le grand-père de Laurent – quitte l’Ardèche et achète à La Roche-de-Glun une propriété avec vignes (lesquelles ne sont qu’un complément) et surtout abricotiers : les premières terres du domaine Combier.

Début des années 1960, Maurice et Paulette – les parents de Laurent – s’installent comme agriculteurs sur la commune voisine de Pont-de-l’Isère. Pour des raisons financières mais déjà écologiques, ils se concentrent sur l’arboriculture.

Fin des années 1960, Maurice Combier est victime d’une allergie consécutive à un produit phytosanitaire. L’hiver 1969-1970, il convertit la propriété, tant en arboriculture qu’en viticulture, en agriculture biologique, phénomène à peine naissant. Pionnier, il pratique une culture saine et biologique, alors que le monde agricole se focalise sur le progrès technique, le productivisme, le ‘tout chimique’ et les clones. Il continue le travail manuel et le dur labeur dans les terres : priorité au respect de l’environnement et la qualité de ses fruits.

Mais les raisins sont dans un premier temps vendus au négoce, puis à la cave coopérative de Tain l’Hermitage quittée en 1989.

Après avoir œuvré au domaine fin des années 1980, Laurent Combier – et son épouse Ghislaine – reprend le domaine en 1990. Il s’intéresse davantage à la vigne et croit au potentiel des vins de Crozes-Hermitage. Il souhaite son indépendance et construit sa propre cave de vinification et d’élevage. Les vins sont désormais mis en bouteille et vendus par le domaine. L’orientation nouvelle est claire : le domaine se consacre à la viticulture de qualité, délaissant quelque peu les abricotiers.

Arrive le passage progressif de flambeaux. Julien, l’aîné, dès 2014 ensuite David, le cadet, rejoignent leur père.

 

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La cuvée Clos des Grives est le summum du domaine, parmi d’autres cuvées.

 

La parcelle Clos des Grives (07), close par une haie d’arbustes, couvre  9,5 hectares plantés dans le village de Pont-de-l’Isère, au sud de l’appellation Crozes-Hermitage, sur un plateau argilo-calcaire avec galets roulés.

Les plus vieilles vignes du Clos, environ 4 hectares, ont été plantées en 1952.

Toutes les plantations et replantations sont en sélection massale.

Chaque intervention à la vigne (travail manuel des sols) est ajustée au caractère du sol (respect du terroir), du calendrier lunaire, de la vie de la plante.

 

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Le premier millésime du Clos des Grives rouge voit le jour en 1990.

 

Voici les caractéristiques de cette cuvée :

  • cépage : 100 % syrah (les raisins proviennent uniquement de quelques 5 hectares parmi les vignes les plus anciennes du Clos des Grives),
  • vendange manuelle avec tri,
  • vinification : 25 jours en cuve inox thermo-régulée,
  • éraflage total,
  • remontage matin et soir,
  • fermentation malolactique en fûts,
  • élevage de 12 mois en fûts récents,
  • dégustation mensuelle de chaque fût,
  • bénéficie toujours d’une année de vieillissement supplémentaire en bouteille,
  • rendement : 35 hectolitres/hectare,
  • production : 20 à 25.000 bouteilles,
  • agriculture biologique FR-BIO-01/Ecocert.

 

Quid du millésime 2016 (13,5°) ?

Une robe soutenue aux reflets violets.

Un nez très expressif où se disputent fruits noirs, kirsch et discret boisé (crayon, bois blanc).

La bouche se montre charnue, ample, suave, avec des tanins soyeux, avec des touches de fruits rouges.

Et quelle longueur !

 

S’il se suffit à lui-même, j’ai choisi de l’accompagner simplement : boudin noir et trois terrines (pour ces dernières : raisins et pistaches – bière et poivre vert – échalotes et bière de type ‘saison’) accompagnés d’un pain à la croûte bien cuite.

 

Laissez-le s’aérer et vous découvrirez un vin élégant et racé, concentré et fin, riche et équilibré.

A moins que vous ne préfériez attendre quelques années (dix n’aurait rien de déraisonnable)  avant que d’en profiter. Vous n’auriez pas tort !

 

Olivier Mercier.

 

Coordonnées :

Adresse : 1440, route de Lyon (R.N. 7) à 26600 Pont-de-l’Isère.
Téléphone : +33 4 75 84 61 56
Fax : +33 4 75 84 53 43
Site : https://www.domaine-combier.com/fr/
Courriel : domaine-combier@wanadoo.fr
Page FaceBook : https://www.facebook.com/Domaine-Combier-644737408928968/

 

Heures d’ouverture :

  • Du lundi au vendredi : 09.00 à 18.00.
  • Samedi : 09.00 à 12.00.
  • Dimanche : fermé.

 

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  1. Rendu Victor, Ampélographie française, Paris, librairie Victor Masson, 1857, deuxième éd., pp. 131 et 132.
  2. « Quatre cépages (…) : la grosse et la petite Sirrah pour la fabrication du vin rouge, la Roussanne et la Marsanne pour celle du vin blanc ».
  3. Jullien André, Topographie de tous les Vignobles connus, Paris, librairie Bouchard-Huzard, 1866, cinquième éd., pp. 194 et 195.
  4. A noter qu’à l’époque étaient également produits des vins de liqueur, dits de paille. On en produit encore occasionnellement.
  5. Soit seulement deux ans après la possibilité de reconnaissance devenue administrative par ce qui s’appelait alors le Comité National des Appellations d’Origine de vins ou eaux-de-vie (devenu I.N.A.O. puis I.N.O.Q.), et ce suite à une modification de la législation en 1935
  6. Croisement d’un cépage blanc, la mondeuse blanche, et d’un cépage noir, le dureza.
  7. Une partie du Clos – 2,5 hectares – produit un vin blanc issu de cépages marsanne et roussanne.

 

 

 

 

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