Lelarge-Pugeot cuvée « Blanc de Meuniers » Coteaux champenois blanc 2014.

Coteaux champenois : des vins tranquilles au milieu d’un océan de prestigieux vins effervescents.

Au Moyen-Age, le terme ‘Champagne’ n’a pas eu le sens que nous lui donnons actuellement :

  • il désignait à l’origine la seule rase campagne, la plaine sèche, pauvre, crayeuse, sans vignobles (01),
  • quant aux vins, il s’agit de vins blancs, gris (02) et rouges tranquilles lesquels ont été longuement, essentiellement et étroitement liés à l’histoire locale, la tendance ne s’inversant qu’à partir du Second Empire.

La vigne est bien établie dans l’actuelle Champagne au IX° siècle, suite au développement de la viticulture monastique (03) et des cités épiscopales de Reims et de Châlons (04).

A partir du XIII° siècle sont mentionnées des exportations notamment vers la Flandre, le Hainaut, Liège (05), Mons, Huy, Dinant, Namur (06).

Peu après 1224, le poète Henri d’Andeli dans ‘la Bataille des Vins’ mentionnait les vins d’Epernay, Hautvillers, Châlons et Reims comme pouvant prétendre à l’honneur de fournir au roi Philippe Auguste son breuvage de prédilection.

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Les vins rouges font leur apparition parmi les grands vins aux sacres des rois à Reims en 1322 (Charles IV dit le Bel) et 1328 (Philippe VI de Valois).

Les vins provenant des côtes qui dominent la plaine champenoise sont alors connus et commercialisés sous la dénomination de ‘Vins de France’ ou ‘Vins Français’ parce que produits dans le bassin parisien, en bordure du domaine royal : ils étaient ceux d’une région qui, ayant Paris pour centre, s’étendait en outre (07) vers l’est jusqu’à la bordure orientale du massif géologique de l’Ile-de-France. Cette qualification était prestigieuse car elle associait le roi de France et était donc source de débouchés.

L’expression ‘Vin de Champagne’ ne commence à être utilisée qu’aux environs de 1600. Mais tel vin acquiert une renommée grandissante tout au long du XVII° siècle.

Le vin mousseux de Champagne a fait son apparition à la fin du XVII° siècle. Mais jusqu’au XVIII° siècle, la région est avant tout – répétons-le – productrice de vins tranquilles : leur production domine largement avant que ne se généralise la maitrise de la prise de mousse par seconde fermentation en bouteille. Paraît à Reims en 1718 l’ouvrage ‘Manière de cultiver la vigne et de faire le vin en Champagne…’ : « Depuis plus de vint ans le goût des François s’est déterminé au Vin mousseux, & on l’a aimé pour-ainsi-dire jusqu’à la fureur… »

Au XIXème siècle, la notoriété de ceux-ci grandissant encore, la production de vins tranquilles recule. Fin XIX° siècle, elle périclite, la gamme de production vineuse restant néanmoins diversifiée jusqu’au début du XX° siècle.

La loi du 22 juillet 1927, réservant l’appellation Champagne aux seuls vins mousseux, introduit l’indication ‘Vins originaires de la Champagne viticole’, dénommés ensuite, par la loi du 10 avril 1953, Vins natures de la Champagne’ (08).

La loi du 12 décembre 1973 interdit l’usage de cette dernière appellation simple.

Les Coteaux champenois sont rapidement reconnus en Appellation Contrôlée par décret du 21 aout 1974.

L’A.O.C. est réservée aux vins tranquilles blanc, rosé (de macération ou de saignée) et rouge.

Ils présentent une teneur en sucres inférieure ou égale à trois grammes par litre : ce sont tous des vins secs.

La récolte des raisins, la vinification, l’élaboration, l’élevage ainsi que le conditionnement des vins sont assurés dans une zone géographique (c’est-à-dire la ‘Champagne viticole’) correspondant à celle de l’A.O.C. Champagne, soit 635 communes réparties sur cinq départements :

  • Aisne,
  • Aube,
  • Haute-Marne,
  • Marne et
  • Seine-et-Marne.

Comme pour la zone géographique, les parcelles sélectionnées pour la récolte des raisins correspondent à celles délimitées pour l’A.O.C. Champagne soit 319 communes.

Ce vignoble de coteau repose sur trois cuestas (côtes) de l’est du Bassin Parisien :

  • la Côte d’Ile-de-France dans la Marne,
  • la Côte de Champagne,
  • la Côte des Bar.

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Les coteaux traditionnellement les plus réputés sont exposés à l’est et au sud. Mais aussi quelquefois au nord tels :

– la Montagne de Reims septentrionale et

– la rive gauche de la vallée de la Marne.

Les sommets de côte sont constitués de couches dures de calcaire ou de craie. Les pentes des coteaux sont crayeuses, marneuses ou sableuses, plus tendres, déblayées par l’érosion puis recouvertes de colluvionnements (09).

Le vignoble empiète sur la marge septentrionale de la culture de la vigne.

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Les vins sont issus exclusivement des cépages suivant (10) :

  • blancs : arbane, chardonnay, petit meslier (11), pinot blanc,
  • gris : pinot gris,
  • noirs : (pinot) meunier (12), pinot noir.

L’utilisation des composts et déchets organiques ménagers, des boues de station d’épuration autres que celles des installations vitivinicoles, seuls ou en mélange, est interdite (13).

Tout moyen ne permettant pas la récolte de grappes de raisin entières est interdit.

Les raisins sont transportés entiers jusqu’aux installations de pressurage ou de vinification.

Les paniers, caisses et cagettes utilisés pour le transport des raisins du lieu de la cueillette jusqu’à l’installation de pressurage ou de vinification doivent comporter au fond et sur tous les cotés des orifices permettant l’écoulement rapide et complet du jus dans l’attente du pressurage ou de la vinification.

Le rendement est fixé à 12.400 kilogrammes de raisins à l’hectare (14).

La fermentation malolactique est achevée pour les vins rouges (15).

A été évoqué plus haut le conditionnement. Soucieux d’éviter toute pratique frauduleuse à partir de vins circulant en vrac, les producteurs ont sollicite la promulgation de la loi du 23 mai 1977 qui interdit toute expédition, autrement qu’en bouteilles (16).

Les vins sont par ailleurs obligatoirement conditionnés en bouteilles neuves.

Ils font l’objet d’un élevage minimum jusqu’au 15 août de l’année qui suit celle de la récolte. A l’issue de la période d’élevage, les vins sont mis en marché à partir du 15 octobre de l’année qui suit celle de la récolte.

Le nom de l’Appellation d’Origine Contrôlée peut être complété – ce qui dans les faits est souvent le cas – par le nom de la commune de provenance des raisins, pour autant que tous proviennent de celle-ci.

Le plus célèbre est le vin rouge du village de Bouzy, bénéficiant de son exposition sur le coteau sud de la Montagne de Reims.

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L’étiquetage peut préciser le nom d’une unité géographique plus petite, pour autant qu’il s’agisse d’un lieu-dit cadastré. Cette indication n’est autorisée que si tous les raisins mis en œuvre pour l’élaboration des vins proviennent du lieu-dit considéré.

Le cépage peut être indiqué si la totalité des raisins proviennent dudit cépage.

Ces vins peuvent n’être pas millésimés car alors issu d’assemblages d’années différentes.

Les Coteaux champenois ne sont produits que si la récolte est adaptée. Leur production est donc très fluctuante : le climat champenois impose aux viticulteurs de ne sélectionner que les raisins sains issus des années les plus clémentes, choisis dans les meilleures parcelles, le plus souvent de vieilles vignes, et de vendanger à pleine maturité. Cette production irrégulière, ponctuelle, aléatoire nécessite un millésime clément : à défaut, les raisins sont dévolus à l’élaboration du champagne (17). Hé oui : le raisin est bel et bien en ce cas en quelque sorte ‘déclassé’ de l’A.O.C. Coteaux champenois vers l’A.O.C. Champagne…

Officiellement, il n’existe pas de statistiques du Conseil Interprofessionnel des Vins de Champagne concernant la modeste (ceci expliquant cela) production des Coteaux champenois. Leurs données sont intégrées dans celles de l’A.O.C. Champagne depuis le début du siècle. Aussi, les chiffres qui suivent sont sujets à caution :

  • 90 % du vignoble est constitué par le chardonnay, le pinot noir et le (pinot) meunier. Petit meslier, arbane, pinot blanc et pinot gris sont confidentiels,
  • les vins sont souvent issus de raisins noirs : 5 à 6 fois plus que les blancs. Les rosés sont quasi inexistants,
  • 1974 produit 1.181.000 bouteilles,
  • les années 1980 produisent 4.205.000 bouteilles (période de mode du Bouzy rouge),
  • en 2000 : 235.000 bouteilles,
  • la production moyenne annuelle actuelle est d’environ 800 hectolitres (700 en rouge, 120 en blanc) soit 60.000 à 70.000 bouteilles toutes couleurs confondues. D’autres chiffres mentionnent 50.000 à 100.000 bouteilles soit 0,02 voire 0,03 % de la production vis-à-vis des vins effervescents (quelques 362.000.000 de cols l’an pour ces derniers),
  • seuls quelques dizaines d’hectares sont revendiqués en Coteaux champenois.

Devenue curiosité historique, cette production traditionnelle survivance de temps ancien sera dégustée avec respect. Encore qu’elle connaît actuellement un net regain d’estime !

Pour en revenir au (pinot) meunier, celui occupe 32 % de la surface des vignes en A.O.C. Champagne. On le trouve rarement dans d’autres régions.

Son nom vient de sa feuille dont la face inférieure se couvre d’un duvet blanc cotonneux évoquant la farine.

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Au domaine Lelarge-Pugeot, on est vignerons en Champagne depuis sept générations (la huitième s’impliquant graduellement), et plus précisément depuis 1799.

Dominique Lelarge (propriétaire historique) et son épouse Dominique Pugeot œuvrent dans la commune de Vrigny, à 10 kilomètres au sud-ouest de Reims, commune classée en Premier Cru dans la Montagne de Reims.

En 1985, Dominique Lelarge reprend une partie de l’exploitation familiale.

Il se dirige à partir de 1990 vers une viticulture respectueuse de l’environnement, plus durable.

En 2000, il stoppe l’utilisation des insecticides, réduit significativement l’emploi des désherbants et fongicides.

En 2005, il enherbe une partie du vignoble, pratique des travaux du sol sur les jeunes plantations et certaines vignes.

En 2010, il sollicite la certification de la totalité du vignoble en agriculture biologique.

En septembre 2013, il obtient la certification agriculture biologique via Ecocert.

À partir de 2015, tous les vins et champagnes sont certifiés en agriculture biologique par Ecocert.

Sont uniquement utilisés des oligo-éléments, du soufre et du cuivre pour lutter contre les maladies.

La vendange en vert et l’effeuillage sont pratiqués systématiquement.

En 2014 débutent des essais en biodynamie.

Le domaine est certifié par Demeter depuis 2017 pour partie.

Les vendanges sont manuelles.

Parmi les cépages rouges du domaine, 65 % sont du (pinot) meunier.

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La cuvée ‘Blanc de Meuniers’ ? Un vin blanc de cépage rouge issu à 100 % de (pinot) meunier (18) dont la moyenne d’âge est de 45 ans.

Seules sont utilisées des levures indigènes.

La fermentation est naturelle.

Douze mois d’élevage en fûts bourguignons caractérisent cette cuvée.

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Et le 2014 (11°) ?

Déjà le poids de la bouteille bourguignonne à l’ancienne pourrait en surprendre quelques uns.

La robe se montre résolument d’un doré peu soutenu.

Le nez est ‘pointu’, vineux, très odorant : quelques délicates notes de sous-bois (mousse), coque de noix mais surtout pomme reinette.

La bouche vive mais délicate et fraîche appelle un repas.

La longue finale apporte quelques touches de groseille à maquereau.

A maturité, le millésime devrait supporter sans difficulté quelques années.

Un repas ?

Pour un accord simple : le biscuit rose de Reims (19).

Plus cuisiné : des oeufs pochés au Champagne brut seront un judicieux contrepoint.

En Champagne, il n’est pas que Champagne.

Olivier Mercier.

Bouteille acquises auprès de la cave à manger Aux 3 P’tits Bouchons à Reims, bar à vins déjà évoqué dans ce blog.

Coordonnées :

E.A.R.L. Lelarge-Pugeot et fils
Adresse : 30, rue Saint-Vincent à 51390 Vrigny.
Tél. : +33 (0) 3 26 03 69 43
Site : http://champagnelelarge-pugeot.com/
Courriel : contact@champagnelelarge-pugeot.com
Page FaceBook : https://www.facebook.com/LelargePugeot/

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  1. Par opposition avec les vignobles locaux dits de ‘Rivière’ (Marne) ou de ‘Montagne’ (Montagne de Reims).
  2. le vin gris est vin blanc pâle issu de raisin noir à jus blanc.
  3. L’évêque Nivard fonde vers 662 le monastère de Saint-Pierre d’Hautvillers. Rappelons que dom Pierre Pérignon, soi-disant inventeur du vin mousseux de Champagne fût procureur de 1668 à 1715 de l’abbaye d’Hautvillers.
  4. Au-delà des nécessités de l’hospitalité, un vignoble de qualité est source de prestige mais aussi de revenus.
  5. Liège où une ordonnance de police en 1424 parle des vins provenant la Champagne comme étant de qualité.
  6. Pour s’en tenir à la seule Belgique actuelle.
  7. Ces vins provenaient hors de ce qui est actuellement la Picardie, la Flandre, la Lorraine, la Bourgogne, l’Orléanais et La Normandie, Paris étant au cœur de la zone de production, la Seine en étant l’axe. Ce n’est qu’à partir de la fin du XVI° siècle que l’expression ‘Vin de France’ prend une connotation nationale.
  8. Article unique alinéa 2 : « (…) les vins non mousseux et non destinés à la fabrication du champagne, récoltés dans la Champagne viticole et remplissant les conditions d’origine, d’aire de production et de cépages peuvent circuler (…) avec la mention ‘vin nature de la Champagne’… ».
  9. Amas de colluvions, de dépôts s’accumulant au pied d’un versant.
  10. Soit les mêmes cépages que l’A.O.C. Champagne.
  11. Croisement naturel entre le gouais blanc et le savagnin.
  12. Mutation du pinot noir.
  13. Par décret du 26 février 1999 en son article 1, il est édicté que : « L’épandage des gadoues et des composts urbains est interdit dans les parcelles… ». On se souviendra du scandale vers le milieu des années 1990 de l’épandage de compost réalisé avec des boues de ville, comportant son lot de débris plastiques des sacs-poubelles…
  14. La tradition champenoise ne détermine pas la production en hectolitres mais en kilogrammes de raisins à l’hectare.
  15. En vinification, la fermentation malolactique est la transformation de l’acide malique en acide lactique par l’intermédiaire de bactéries anaérobies appelées bactéries lactiques. Se traduisant par une diminution de l’acidité, elle permet une stabilisation et un assouplissement du vin, particulièrement recherchés pour la vinification en rouge.
  16. Article 1 : « Est interdite (…) toute expédition, autrement qu’en bouteilles, des vins produits sous l’appellation ’Coteaux champenois’… ».
  17. Ce qui est aussi le cas lors de pénurie de raisins destinés à la champagnisation.
  18. Si le vin était produit dans le cadre de l’A.O.C. Champagne, on parlerait d’un ‘Blanc de Noir’.
  19. L’origine du biscuit rose de Reims remonterait au XVII° siècle, vers 1690. Il est cuit deux fois, d’où le nom de ‘bis-cuit’. Parfumé à la vanille, il doit sa teinte rose au carmin, un colorant naturel rouge (E120) produit à partir de l’insecte qu’est la cochenille.

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