Olivier Horiot « En Valingrain » Rosé des Riceys 2015.

Un vin champenois « à la Bourguignonne ».

Retournons dans la région de Champagne-Ardennes (01).

L’origine attestée du vignoble des Riceys remonte au VIII° siècle. Son implantation serait l’œuvre des seigneurs de Tonnerre, vassaux du duc de Bourgogne.

Au début du XII° siècle, les cisterciens de l’abbaye de Molesme, féaux du comte de Champagne, y détiennent des vignobles étendus, signe de qualité incontestable.

Le vignoble prospère à la fin du Moyen-Age.

Dès le début du XVIII° siècle, les vins des Riceys donnent lieu à un commerce important avec, entre autres, la Belgique et le nord de la France.

Victor Rendu (1862) analyse le vignoble des Riceys au chapitre des vins de la basse Bourgogne. « On ne compte pas moins de 1.500 hectares (02) de vignes aux Riceys (…) Ses pentes les meilleures regardent l’est et le sud. Les bonnes côtes des Riceys ne sont peuplées que de cépages fins (dont le) Pinot noir à petits grains… Indépendamment de ces espèces d’élite, les crus qui font des premières et des secondes cuvées admettent encore d’autres variétés fort estimées… (Le) Sévigné rouge, raisin rose donnant un vin ferme et solide… La culture de la vigne aux Riceys offre beaucoup d’analogie avec les procédés usités dans le département de l’Yonne (…) (Les) propriétaires n’admettent que le plant fin dans leurs premières cuvées… Le cuvage ne s’étend pas au-delà de quelques jours… (On) évite de laisser trop cuver afin de conserver au vin la finesse et la franchise de goût qui caractérisent la provenance des Riceys (…) (On) n’en fabrique que dans les bonnes années, aussi ont-ils toujours beaucoup de qualité (…) Les vins fins des Riceys ne seraient pas déplacés à côtés des secondes classes de la haute Bourgogne (…) Dans les années remarquables, les vins des Riceys de premier et de second ordre s’expédient (…) en Picardie, en Flandre et en Belgique (…) Les vins (…) rosés des Riceys donnaient bien autrefois à un commerce assez important avec la Belgique et le nord de la France ; mais cette branche d’industrie n’est florissante que dans les grandes années… » (03).

En 1866, André Jullien pointait « (les) Vins Rouges en (…) Première classe. Les Riceys (…) produisent de fort bons vins ». Par ailleurs « Les vignobles des Riceys (…) donnent aussi des vins blancs estimés » (04).

Selon Jules Guyot (1868) : « Le département de l’Aube (…) possède un vignoble assez renommé pour ses bons vins de pineaux… noirs… : ce vignoble est celui des Riceys (…) (Il) fait essentiellement partie de la Basse-Bourgogne, dont il partage les cépages, les terrains et le climat, produisant des vins fins et ordinaires tout à fait analogues (…) Les trois Riceys, réunis en une seule ville, doivent une très-grande partie de leur richesse (…) à la vigne fine, c’est-à-dire au pineau. Les vins des Riceys sont bien connus et très-estimés depuis longtemps… (La) bourgeoisie avait encore gardé le culte des fins cépages en coteaux… » (05).

Trois bourgs forment les Riceys :

  • Ricey-Bas,
  • Ricey-Haut,
  • Ricey-Haute-Rive.

Où localiser cette commune ?

  • au cœur de la côte des Bar, ultime cuesta (côte) de la bordure sud-est du Bassin Parisien,
  • au sud de la Champagne viticole,
  • à l’extrême sud du département de l’Aube,
  • A 45 kilomètres au sud-est de Troyes.

Le vignoble des Riceys est proche de la Bourgogne, limitrophe du département de la Côte-d’Or et proche de celui de l’Yonne.

Nous avons vu ci-avant que ce village a subi l’influence tantôt bourguignonne, tantôt champenoise.

Le paysage des Riceys est s’inscrit entaillé profondément en son centre par la vallée de la Laigne(s) et de nombreux vallons périphériques. Les sommets des coteaux sont le plus souvent couronnés de bois.

L’alternance de marnes et de bancs calcaires est à l’origine des meilleurs sols du vignoble, constitués de colluvions (06) argilo-calcaires, englobant une multitude de petits cailloux contribuant au réchauffement du sol et à une luminosité optimale.

La localisation septentrionale et la proximité du plateau de Langres engendrent un climat assez froid.

Le Rosé des Riceys est initialement reconnue en 1947 (07) :

  • déjà pour le seul vin rosé,
  • déjà pour certaines parcelles du seul territoire des Riceys,

mais

  • le cépage principal est le pinot noir fin,
  • les cépages d’appoint (25 % maximum) sont le svégnié rose et le gamay.

Le svégnié (ou sévigné) correspondant au savagnin rosé (08).

Actuellement, l’Appellation d’Origine Contrôlée Rosé des Riceys est réservée aux seuls vins tranquilles rosés.

Les vins sont issus du pinot noir, à l’exception de tout autre cépage.

pn-int

Les vins proviennent exclusivement de la commune des Riceys dans l’aire parcellaire délimitée de l’A.O.C. Champagne.

L’utilisation des composts et déchets organiques ménagers, des boues de station d’épuration autres que celles des installations vitivinicoles, seuls ou en mélange est interdite (01).

Tout moyen ne permettant pas la récolte de grappes entières est interdit.

Les raisins sont transportés entiers jusqu’aux installations de pressurage et amenés ainsi dans la cuve, afin de respecter au mieux les arômes du pinot noir et surtout leur épanouissement pendant la cuvaison.

Ne peuvent être considérés comme étant à bonne maturité les raisins présentant une richesse en sucre inférieure à 170 grammes par litre de moût.

De plus, les vins présentent un titre alcoométrique volumique naturel minimum de 10 %.

Ces deux exigences s’expliquent par le fait que la maturité des raisins est essentielle à l’élaboration du Rosé des Riceys : on n’en fabrique que dans les bonnes années, lorsque l’état sanitaire de la vigne et la qualité des raisins le permettent. Le pinot noir est récolté sur les coteaux les plus pentus, les plus élevés et les plus ensoleillés, exposés à l’est et au sud. Les vieilles vignes sont les plus appropriées.

Ceci implique que le Rosé des Riceys porte obligatoirement indication du millésime.

Les grappes sont donc vinifiées entières (raisins non éraflés) avec macération semi-carbonique (03).

L’intensité aromatique et goût dépendant de la précision du décuvage :

  • trop courte, la macération ne fournit pas assez de matière,
  • trop longue, elle donne des tanins trop prononcés, une couleur trop marquée.

La décision de décuver intervient à la dégustation et à l’heure près. Déterminer l’instant précis nécessite une surveillance accrue en vue d’interrompre immédiatement et judicieusement la macération.

Visuellement, la robe va du saumon clair au rouge garance.

Les vins présentent une teneur en sucres inférieure ou égale à trois grammes par litre. Ils sont donc secs.

Les cuvées font l’objet d’un élevage au moins jusqu’au 1er juillet de l’année qui suit celle de la récolte. A l’issue de cette période, les vins sont mis en marché à destination du consommateur à partir du 15 juillet de l’année qui suit celle de la récolte.

L’étiquetage peut préciser le nom d’une unité géographique plus petite, sous réserve qu’il s’agisse du nom d’un lieu-dit cadastré. Son indication n’est autorisée que si tous les raisins proviennent du lieu-dit considéré.

La localisation septentrionale et la proximité du plateau de Langres engendrent un climat assez froid.

Particularité : les Riceys est la seule commune de Champagne bénéficiant de trois A.O.C. ;

  • Rosé des Riceys,
  • Coteaux champenois,
  • Champagne,

Il y est donc théoriquement possible de vinifier le pinot noir d’une même parcelle en trois versions.

Aux Riceys sont reconnus 866 hectares en A.O.C. Champagne ou A.O.C. Coteaux champenois : c’est la commune avec la plus importante superficie viticole de toute la Champagne. Seuls 350 hectares sont classés en Rosé des Riceys mais en réalité seuls 20 hectares seraient en production via, en moyenne, une quinzaine de vignerons.

Sa production excèderait rarement les 50 à 60.000 bouteilles alors que la production de Champagne avoisine les 362 millions de cols. Les meilleures (parties de) parcelles sont donc consacrées au Rosé des Riceys et non au Champagne !

Aux manettes, le producteur riceton Olivier Horiot et son épouse Marie Thumann, œnologue de formation.

Serge Horiot (père du vigneron) est le co-fondateur de la coopérative viticole de Riceys-Bas. Il y mettait tous ses raisins. Olivier Horiot est toujours adhérent pour une partie de la récolte.

Il reprend le domaine en 1999-2000 et – rareté – ne produit alors que des vins tranquilles.

Quelques 6 hectares du domaine peuvent être vinifiés en Rosé des Riceys.

Le domaine commercialise (11) deux cuvées parcellaires (12) en Rosé des Riceys :

  • En Valingrain,
  • En Barmont.

Les vignes sont labourées.

Les vendanges sont manuelles en caissette de douze kilos.

Seules les levures indigènes sont utilisées.

Le domaine travaille en agriculture biologique (certification Ecocert – FR-BIO-01).

En 2007, l’ensemble du domaine entame sa conversion en biodynamie, la démarche étant préalablement initiée en 2002 sur les parcelles Valingrain et Barmont. La certification est acquise en 2013 (Biodyvin).

« En Valingrain » :

  • présente une superficie de 0,6 hectare,
  • se compose de marnes et de calcaires durs du Kimméridgien (13), légèrement pierreux, au sol orangé avec sans doute présence en trace d’oxyde de fer,
  • s’expose au sud.

Tri de la vendange.

Encuvage sans égrappage.

Macération semi-carbonique pendant sept- huit jours.

Elevage : un an sur lies en fûts d’occasion.

Mise en bouteille sans collage ni filtration.

Elevage poursuivi en bouteille.

DSCN6844

Quid du millésime 2015 (14) ?

La bouteille est siglée au nom de l’A.O.C.

Dès l’ouverture, le vin se montre très odorant, persistant en ce sens tout au long de sa dégustation. Peu ordinaire. Des notes de cerise, de réglisse, laissent progressivement la place à un discret élevage.

La robe est soutenue.

En bouche, l’attaque sèche, ‘poudreuse’, s’arrondit, ‘mûrit’, délivrant des touches de fruits rouges, d’élevage. Belle tenue qui prend de l’ampleur.

Une bouteille qui s’est bellement accordée avec un Chaource A.O.P. (15), un Brillat-Savarin I.G.P. (16) ou un Crémeux de Bourgogne (17).

Un vin « à la Bourguignonne » , à boire frais, mais pas glacé, qu’une aération ne déparera pas. Et qui vieillira encore quelques années.

Olivier Mercier.

Coordonnées :

Champagne Olivier Horiot
Marie et Olivier Horiot
S.C.E.A. le Val du Clos
Adresse : rue de Bise, 25 à 10340 les Riceys-Bas.
Téléphone : +33 (0) 3.25.29.32.16
Téléfax : +33 (0) 3.25.29.17.99
Site : https://www.horiot.fr/
Courriel : champagne@horiot.fr
Page FaceBook : https://www.facebook.com/pages/Olivier-Horiot/238106679905364

  1. Voyez Lelarge-Pugeot cuvée « Blanc de Meuniers » Coteaux champenois blanc 2014 dont la lecture permettra une autre approche du présent article.
  2. Le premier cadastre des Riceys (1834) fait état de 1.500 hectares de vignoble.
  3. Rendu Victor, Ampélographie Française… Paris, Librairie de Victor Masson, 1862, 2° éd., pp. 247, 248, 250 à 252.
  4. Jullien André, Topographie De Tous Les Vignobles connus…, Librairie de Mme Ve Bouchard-Huzard, 1866, 5° éd., pp. 75 et 76.
  5. Guyot Jules, Etude des Vignobles de France…, t. III, Paris, Imprimerie Impériale, 1868, pp. 93 et 107.
  6. Colluvions : amas de dépôts s’accumulant au pied d’un versant.
  7. Décret du 8 décembre 1947 créant l’appellation contrôlée.
  8. Parfois évoqué comme étant du pinot gris.
  9. Par décret du 26 février 1999 en son article 2, il est édicté que : « L’épandage des gadoues et des composts urbains est interdit dans les parcelles… ». On se souviendra du scandale vers le milieu des années 1990 de l’épandage de compost réalisé avec des boues de ville, comportant son lot de débris plastiques des sacs-poubelles…
  10. La différence avec la vraie macération carbonique réside dans le fait qu’une fois la cuve remplie, on n’ajoute pas de gaz carbonique exogène, mais on laisse la cuve se saturer toute seule en gaz carbonique sous l’effet de la fermentation alcoolique. Comme le gaz carbonique est plus lourd que l’air, la cuve reste saturée en CO2 même si elle n’est pas fermée hermétiquement. La différence avec une macération carbonique dite « normale » tient dans le fait qu’une fois la cuve remplie, celle-ci n’est pas fermée hermétiquement.
  11. Sans oublier la cuvée « Esquisse ».
  12. Lieux-dits appelés localement « contrées ».
  13. Calcaires identiques à ceux de Chablis.
  14. Vendangé et encuvé le 11 septembre 2015. Décuvé et pressé le 18 septembre 2015. Mis en bouteille le 15 mars 2017. 12°. Carafage préconisé sur la jeunesse. Température de dégustation conseillée : 12°-14°.
  15. Fromage au lait cru de vache entier, dont l’aire de production se situe à cheval sur l’Aube et l’Yonne.
  16. Fromage au lait de vache entier et crème de lait de vache, dont l’aire de production s’étend notamment sur l’Aube, la Côte d’Or et l’Yonne.
  17. Fromage au lait de vache pasteurisé enrichi en crème.

DSCN6853

Laisser un commentaire