Le cépage caladoc.

Voila un cépage que l’on pourrait retrouver à l’avenir bien plus souvent dans nos verres.

Le caladoc est obtenu en 1958 au sein de l’Institut National de la Recherche Agronomique (I.N.R.A.) de Montpellier par Paul Truel, après dix années de recherches, dans le cadre de recherches visant à créer un cépage résistant à la coulure.

Ce cépage noir est un croisement intra-spécifique (01) grenache noir x cot noir (malbec).

Son nom serait un mot-valise, contraction de :

  • Galabert (un lac des Bouches-du-Rhône au bord duquel ce cépage fût planté en premier, ou remarqué), et
  • Languedoc.

Il est reconnu officiellement depuis 1982.

En France (02), les surfaces cultivées évoluent comme suit :

  • 1988 : 64 hectares,
  • 1998 : 914,
  • 2008 : 2.258,
  • 2011 : 2.620,
  • 2018 : 5.066.

En 2000, il est pointé au 14° rang des cépages les plus multipliés en France.

La tendance est donc nettement à la hausse.

Le caladoc est depuis plus de vingt ans retenu parmi les cépages autorisés de nombre d’Indications Géographiques Protégées (I.G.P.) du Sud-Ouest, de la vallée du Rhône et du pourtour méditerranéen – en serait-on étonné vu ses origines ? – où ses potentialités agronomiques notamment sont appréciées. Parmi celles-ci :

  • résistance au stress hydrique et à la sécheresse,
  • peu de sensibilité à la coulure (objet, rappelons-le, des travaux le concernant) (03),
  • sensibilité moindre à l’oïdium (04),
  • attaque rare par le mildiou (05),
  • bonne résistance à la pourriture grise, au botrytis cinerea (06).

Ce plant entre dans la production de vins rouges.

Mais là où il est le plus apprécié, c’est en rosé. Le caladoc s’avère par exemple une alternative au grenache noir – dont on souhaite « lisser » les faiblesses – dans la production de vins rosés, quitte à se passer de l’Appellation d’Origine Contrôlée (A.O.C.) pourtant pratique voire importante pour la commercialisation…

D’où l’intérêt de certaines A.O.C. pour ce cépage.

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Dans les Côtes du Rhône, des essais ont commencé en 2007 : dix années de suivi d’un protocole.

Les observations furent tant agronomiques (comportements viticoles), œnologiques, qu’organoleptiques (rôle positif en qualité de variété accessoire, sans nuire aux caractéristiques essentielles, à la typicité des vins de l’appellation).

Le caladoc a montré un potentiel qualitatif, améliorateur, supérieur aux autres variétés accessoires inscrites dans le cahier des charges : dégusté à l’aveugle par des jurys de professionnels, en cépage pur ou en assemblage, et ce chaque année, il a été généralement, quasi systématiquement préféré, qu’il s’agisse de l’olfactif ou du gustatif, aux cépages accessoires les plus courants – guère réputés pour leur potentiel de couleur et de tanins – tels le cinsault ou encore le carignan.

Un travail de synthèse proposé à l’Institut National des Appellation d’Origine (I.N.A.O.) en 2018 fut suivi d’un avis favorable

Par arrêté du 15 mai 2019 homologuant le cahier des charges de l’A.O.C. Côtes du Rhône (07), le caladoc est reconnu comme cépage accessoire pour les vins rouges et rosés. Cependant, sa présence ne peut être supérieure à 10 % de l’encépagement.

Pour ce qui concerne l’A.O.C. Coteaux d’Aix-en-Provence, les démarche furent entamées en 2005 et clôturées par des expérimentations relatives à la vinification 2017, le tout suivi d’un rapport final transmis à l’I.N.A.O., lequel a temporisé dans un premier temps.

Finalement, par arrêté du 06 décembre 2019 homologuant le cahier des charges de la dite A.O.C., le caladoc est introduit comme cépage accessoire pour les vins rouges et rosés (08). A nouveau, la proportion est inférieure ou égale à 10 % de l’encépagement et de l’assemblage.

Même intérêt du côté des Côtes de Provence (09) étant donné les réelles potentialités en vinification en rosé.

A nouveau, l’essentiel est de ne pas impacter négativement la typicité des vins rouges et rosés (10) produits, de veiller à l’adéquation avec la typicité de l’A.O.C.

Depuis 2016, un protocole est mis en place par l’Organisme de Défense et de Gestion (O.D.G.) (11) pour évaluer l’intérêt viticole et œnologique pour la production des vins rouges et rosés, les aspects étudiés étant tant agronomique, sensoriel, économique qu’historique.

Les dégustations mentionnent un apport intéressant en assemblage pour les vins rouges, étant par ailleurs hautement appréciés pour les rosés.

Pour le surplus : à suivre…

Aussi, sauf erreur, seules deux A.O.C. ont intégré le caladoc dans leur cahier des charges.

Néanmoins, voila un cépage que l’on pourrait retrouver à l’avenir bien plus souvent dans nos verres !

Olivier Mercier.

  1. Hybride intra-spécifique : vigne résultant d’un croisement à l’intérieur d’une même espèce lorsque les variétés sont en l’occurrence de l’espèce vitis vinifera. Le résultat est un métis (hybride métissé).
  2. On le retrouve également en Espagne, au Portugal (2009 : 1.115 hectares), en Bulgarie, en Pologne, au Liban, au Maroc, en Argentine, au Brésil.
  3. la coulure est un phénomène naturel à l’origine de la perte d’un certain pourcentage de fleurs. Ces fleurs non ou mal fécondées tombent ou coulent, ce qui entraîne une diminution du potentiel de production.
  4. L’oïdium est une maladie fongique de la vigne.
  5. Le mildiou a pour agent pathogène des algues-champignons.
  6. La pourriture grise est provoquée par le champignon botrytis cinerea.
  7. N’est pas concernée l’A.O.C. Côtes du Rhône Village
  8. L’A.O.C. Coteaux d’Aix-en-Provence regroupe des vins tranquilles blancs, rosés et rouges.
  9. En 2017 étaient plantés 140 hectares plantés revendiqués en I.G.P. Var.
  10. L’A.O.C. Côtes de Provence regroupe des vins tranquilles blancs, rosés et rouges.
  11. Un Organisme de Défense et de Gestion est constitué à l’initiative d’un ensemble de producteurs et/ou transformateurs assurant une même production qui s’associent au sein d’une structure pour porter la démarche de reconnaissance d’un signe de qualité, de l’élaboration du cahier des charges à la protection et la valorisation du produit. Ainsi, il élabore et contribue à la mise en œuvre du cahier des charges du produit (spécificité du produit, aire de production pour les produits A.O.C., A.O.P. et I.G.P. dont les caractéristiques sont liées à un lieu géographique), les règles de production, de transformation et éventuellement de conditionnement et d’étiquetage.

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