Didier Michel et Olivier Jullien  cuvée « le Trescol » I.G.P. Aveyron rouge 2016.

Un vin immédiat.

Vigneron depuis 1985 à Jonquières, Olivier Jullien (Mas Jullien) est une figure bien connue du Languedoc et plus particulièrement de l’Appellation d’Origine Contrôlée Terrasses du Larzac.

Mais je vous emmène ailleurs :  sur la bordure sud-ouest du Massif Central.

 

L’Indication Géographique Protégée « Aveyron » – qui couvre tout le dit département – est réservée aux vins tranquilles rouges, rosés et blancs.

L’encépagement est très diversifié : l’ensemble des cépages classés en tant que variétés de vigne de raisins de cuve en conformité avec la réglementation européenne et française. Pas moins, pas plus !

Dans les faits, les principaux cépages sont :

  • pour les vins rouges et rosés : cabernet sauvignon, duras, le régional de l’étape qu’est le fer servadou (appelé localement mansois), merlot et syrah,
  • pour les vins blancs : chardonnay et chenin .

Quelle que soit la couleur, le rendement maximum de production à l’hectare est généreux : 120 hectolitres !

 

Une des spécificités du département de l’Aveyron ?  Se retrouver au carrefour de trois climats :

  • à l’ouest, influence océanique douce,
  • au sud, influence plus méditerranéenne ensoleillée,
  • au nord et à l’est, influence plus continentale.

Les variations de topographie, d’altitude et d’orientation – auxquelles répond la multitude de cépages autorisés – sont à l’origine d’une grande variété de climats locaux, dont certains favorables à la vigne.

Le vignoble se retrouve ainsi dispersé sur les terrasses des adrets escarpés – bien exposés favorisant ainsi le réchauffement printanier et bien abrités des froids hivernaux – des vallées du Lot, du Tarn, de l’Aveyron et des vallons de leurs affluents. Le raisin s’avère quasi la seule culture permettant de valoriser ces coteaux. Aussi, le vigneron veille à ce que les conditions d’altitude et d’ensoleillement soient favorables à une maturité optimale.

L’implantation des ceps se situe généralement à mi-coteau, l’altitude moyenne du vignoble étant environ de 350  mètres (de 250 à 550  mètres).

 

L’Aveyron et le vin : une vieille histoire. Des amphores vinaires ont été retrouvées à Rodez (Segodunum) et Marcillac (Condatomagus), cités rutènes, datant du I° siècle avant J.-C. et provenant d’Italie.

La vigne fut implantée en Aveyron au Moyen-Age par les communautés religieuses comme par exemple l’abbatiale Sainte-Foy de Conques (bâtie à partir de 732).

 

La surface recensée en vigne en 1816 s’élève à quelques 20.000 hectares sur l’ensemble du département, l’apogée se situant à la fin du XIX° siècle : soit 25.000 hectares vers 1870.

Les vins sont à l’époque décriés, qualifiés de « communs et, pour la plupart, de basse qualité (…) consommés par les habitants : ces vins (…) ont presque tous un goût de terroir désagréable pour les personnes qui n’y sont pas habituées (…) On tire du département de l’Hérault des vins de bonne qualité pour améliorer ceux du pays et leur donner le spiritueux dont ils manquent ».

La surface avoisine les 14.000 hectares à la veille de la guerre 1914-1918. Au tournant du XX° siècle, le vignoble aveyronnais connaît un long déclin (crises sanitaires, conflits armés, exode rural…) : le vignoble est réduit à 7.000 ha en 1960. En 1980-1987 : 2.364 hectares. Il est alors au bord de la disparition.

En 2009, une quinzaine de producteurs ont récolté sur une vingtaine d’hectares 600 hectolitres d’I.G.P. « Aveyron », répartis entre 80  % de vin rouge, 10  % de vin rosé et 10 % de vin blanc. Sur 2014-2015, 25 hectares en I.G.P. départementale ont produit 1.330 hectolitres répartis entres 19 caves particulières et 3 coopératives.

 

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Olivier Jullien et Didier Michel se sont associés pour la cuvée « Le Trescol » récoltée sur quatre hectares du côté de Millau (Saint- Georges de Luzencon plus précisément) au bord du Tarn. Les raisins sont travaillés dans une optique similaire à l’agriculture biologique.

 

Le millésime 2016 (13°) se décompose en 60 % gamay, outre du cabernet sauvignon, voire même de la syrah me dit-on.

 

Ne demandez pas à ce vin ce qu’il ne vous donnera pas. Voila un vin de soif, gourmand, friand, rond, fruité, charnu, souple…

Vous l’avez compris : à maturité parfaite, il ne gagnera rien à vieillir.

 

L’Aveyron : une région viticole méconnue, ignorée, qui mérite que l’on s’y attarde.

 

Olivier Mercier.

 

N.B.

 

Coordonnées :

Olivier Jullien et Didier Michel
S.A.R.L. le Pressoir Ambulant
3, chemin du mas Jullien
34.725 Jonquières

Vous êtes amateur de chiffres ?

Voici l’évolution de la surface en hectares, dont la lecture doit être relativisée en fonction de maints paramètres (mais c’est une autre et longue histoire…) :

Pour le département :

1788                         12.000
1808                         20.000
1816                         20.000
1824                         13.714
1829                         15.000
1835                         34.410
1840                         19.138
1852            18.815-19.387
1862                         18.815
1868                         20.000
1870                         25.000
1870-1879               20.957
1880-1889               20.669
1890-1899                13.531
1890-1900                12.956
1900-1909                12.956
1910-1919                12.365
1920-1929                10.733
1930-1939                11.114
1940-1949                  9.917
1950-1959                  8.237
1960-1969                  6.379
1970-1979                  4.076
1980-1987                  2.364

Pour la seule I.G.P., reconnue en 1968 :

2009                                20
2014-2015                      25

 

Restaurant l’Essentiel (Petit Attiches – Lille).

L’établissement a indubitablement pris de l’assurance.

Direction : le sud de l’agglomération lilloise, dans la région dite « la Pévèle ».

Je garde un très bon souvenir de notre première visite le 14 février 2017. Cadre rustique, service un peu gauche sans doute mais plein de bonne volonté, et surtout une déjà très belle cuisine que l’on sentait susceptible d’amélioration . Sans oublier une carte des vins digne des propos élogieux que l’on m’avait alors tenus. Nous nous étions régalés avec dans les verres d’une part Alexandre Bain « Pierre Précieuse » Pouilly-Fumé 2012 et d’autre part Yvon Métras Moulin-à-Vent 2011.

Bref : le genre d’adresse que l’on conserve dans un coin de sa mémoire…

Retour quelque deux années après. Bien des choses ont évoluées. Locaux réaménagés, cadre classieux, plus cosy, service assuré, sommelier attentif.

Pour se détendre, qui une coupe de champagne, qui une « Hoppy Yuzu » de la brasserie Célestin. Une bière blonde – déjà appréciée à diverses reprises – de type India Pale Ale (alcool : 5.8 %. ; amertume : 66 E.B.U.) enrichie de l’agrume dit yuzu.

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Les quatre amuse-bouches sont de bon présage :  tartelette au chou-fleur, welsh croustillant, hareng travaillé à l’encre de seiche outre un moules frites revisité !

A noter le beurre aux noix torréfiées.

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Notre choix se pose sur le « Menu Plaisir » en quatre services (entrée, poisson, viande et dessert) mâtiné de l’un ou l’autre « Produit d’Exception » travaillé avec la truffe noire melanosporum

En entrée, le ris de veau braisé et croustillant, céleri, livèche, crème de cresson sera le seul bémol de la soirée pour cause de panelure trop épaisse et trop cuite, le ris étant par ailleurs en lui même excellemment cuisiné.

Suivent Saint-Jacques, tagliatelles de céleri, truffe, ainsi que pavé de lotte rôti et salé au guanciale, sarrasin, panais aux agrumes, graine de fenouil. Tous deux parfaits.

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Viennent le retour de pêche en habit d’algues, salsifis, crémeux truffé, fumet à la chartreuse, truffe, outre le bœuf d’Aubrac, pressé de pommes de terre, champignons de Paris truffés, foie gras, truffe. Tous deux se caractérisent par une belle persistance en bouche.

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La pomme du Quesnoy Natyra, rôtie, mousse, compote fumée, sorbet, biscuit blé soufflé apportera une touche finale toute en fraîcheur.

La carte des vins présente une belle et large sélection de bouteilles de tous types de production : conventionnelle, biologique ou – surtout de Loire – ‘nature’.

Autant découvrir une cuvée qui m’est inconnue de Sébastien Riffault : « Skeveldra » Sancerre blanc 2014 (agriculture biologique FR-BIO-10). Un vin évolutif. Robe bronze. Une bouche où se mélangent sucres résiduels et minéralité. A mes yeux, très loin des canons de l’A.O.C., en tous cas des Sancerre de type pierre à fusil !

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Je n’aurai su quitter les lieux sans découvrir un domaine que je guignais tout au long de la soirée : les Arpents du Soleil (Gérard Samson) « Pinot gris » I.G.P. vin du pays de Calvados-Gris 2014. Vous avez bien lu : Calvados. Ma foi, mention fort honorable. Vin qui fut l’occasion d’une discussion enrichissante avec le sommelier. Si vous voulez en savoir un tout petit peu plus à sur le sujet, je vous renvoie ci-dessous.

Bref, plus qu’une confirmation : on s’est véritablement régalé d’une cuisine désormais de très belle facture. Quant à la carte des vins, elle ne peut que satisfaire les amateurs.

Et tout cela dans un contexte sans chichi.

Olivier Mercier.

Compte-rendu de visite du 13 février 2019.

 

Coordonnées :

S.A.R.L. l’Essentiel
Adresse : 19 rue de Neuville à 59551 Petit Attiches
Téléphone : +33 (0) 3 20 90 06 97
Site : http://www.essentiel-restaurant.fr/
Courriel : essentiel-restaurant@orange.fr
Page FaceBook : https://www.facebook.com/LEssentiel-Restaurant-203293256436965/

Heures d’ouverture :

Du mardi au samedi : le midi de 12h00 à 13h30 et le soir de 19h30 à 21h00.
Fermé le dimanche et le lundi.

Les prix T.V.A.C. :

  • Bière : 7,50 €
  • Coupe de Champagne : 14 €
  • Menu Plaisir : 56 € hors extra de 25 €
  • Sébastien Riffault : 58 €
  • Arpents du Soleil : 8 €

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Très brève approche du vignoble normand :

Sauf erreur – les historiens me détromperont s’il y a lieu – la première mention d’un vignoble normand se trouve sous la plume de Grégoire de Tours (538-594) lequel signale une vigne autour de Lisieux appartenant à l’évêque Ethérius. Jusqu’au XVI° siècle, la limite nord du vignoble passe près des côtes de la Manche, de la Bretagne (Dol) au Nord (Valenciennes) en passant par la Normandie (Argences). A partir du milieu du XVI° siècle, le vignoble normand décline, ne subsistant plus qu’à l’état de traces.

Les « Arpents du Soleil » sont créés en 1995 par Gérard Samson. Les vins d’abord reconnus en vin de pays du Calvados bénéficient actuellement de l’Indication Géographique Protégée Calvados-Grisy.

L’I.G.P. « Calvados » – réservée aux vins tranquilles rouges, rosés, gris et blancs – peut être complétée par le nom d’un ou de plusieurs cépages (01) ainsi que par le nom de l’unité géographique plus petite « Grisy ».

Elle couvre le département du Calvados, mais l’unité géographique « Grisy » se limite à la commune de Vendeuvre.

Elle se distingue par ses sols et son climat spécifiques à la zone de la moyenne vallée de la Dives, plus précisément la conjonction de facteurs naturels propices au développement de la vigne associant un sol argilo-calcaire très pierreux en situation de pente exposée sud-est et soumis à un microclimat sec à tendance océanique avec des nuances méridionales, exceptionnel en Normandie.

Plus spécifiquement, les vignes des Arpents du Soleil sont implantées uniquement sur le territoire de l’ancienne commune de Grisy (rattachée à celle de Vendeuvre). Un vignoble y existait déjà jusqu’à la fin du XVIII° siècle.

Le législateur joue franc jeu en 2011 dans le cahier des charges de l’I.G.T. sans doute taillé sur mesure : « Les vins répondent à une demande locale forte, et ils contribuent au maintien d’une activité économique, touristique et folklorique dans ce petit coin de Normandie. Tout ceci est donc propice au développement d’un petit vignoble permettant la production de vins à forte typicité recherchés par les consommateurs. »

(01) Les vins sont produits exclusivement à partir des cépages suivants :

– vins rouges, rosés : abouriou N, auxerrois B, cabernet franc N, cabernet-sauvignon N, cot N, egiodola N, gamaret N, gamay N, gamay de Bouze N, gamay de Chaudenay, N grolleau N, grolleau gris G, merlot N, meunier N, négrette N, pineau d’Aunis N, pinot noir N, pinot gris G, portugais bleu N, poulsard N.

– vins blancs : auxerrois B, chardonnay B, chasselas B, chasselas rose Rs, chenin B, folle blanche B, gewurztraminer Rs, grolleau gris G, melon B, müller-Thurgau B, muscat à petits grains B, muscat à petits grains Rg, muscat à petits grains Rs, muscat cendré B, muscat Ottonel B, orbois B, pinot blanc B, pinot gris G, riesling B, sacy B, sauvignon B, sauvignon gris G, savagnin blanc B, savagnin rose Rs.

– vins gris : abouriou N, auxerrois B, cabernet franc N, cabernet-sauvignon N, cot N, egiodola N, gamaret N, gamay N, gamay de Bouze N, gamay de Chaudenay, N grolleau N, grolleau gris G, merlot N, meunier N, négrette N, pineau d’Aunis N, pinot noir N, pinot gris G, portugais bleu N, poulsard N.

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Comptoir de poche Archimède (Saint-Aignan sur Cher).

Une cuisine toujours aguichante et délicieuse. Sans oublier les vins !

Saint-Aignan ?  La cité médiévale de Saint-Aignan, classée site patrimonial remarquable ??

Je n’en évoquerai ni la proche A.O.P. fromagère Selles-sur-Cher, ni le très visité ZooParc de Beauval, ni le château Renaissance bâti à l’emplacement d’une ancienne forteresse du IXe siècle. Pas même la collégiale des XIe et XIIe siècles au pied de laquelle s’est installé « Archimède ».

 

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Les cours d’eau – faut-il le rappeler ? – ont joué un rôle important en tant que voies de communication pour le commerce du vin.

Au XVIIIe siècle, la basse vallée du Cher produisait des vins communs dont le débit principal était la capitale. Ils descendaient la rivière jusqu’à Savonnières (Villandry) pour remonter la Loire. Ultérieurement, le canal de jonction du Cher à la Loire (01) a relié à l’est de Tours ces deux cours d’eau, permettant d’éviter le confluent.

Les vins débarqués à Orléans, point le plus septentrional de la Loire proche de Paris, partaient par voie de terre vers le nord, voire empruntaient plus tard le canal d’Orléans (02) et le canal du Loing (03), rejoignant ainsi la Seine.

La Touraine et ses vins connaissent leur apogée au XIXe siècle.

En 1866, Jullien mentionnait (04) : « (…) les vignobles de la côte du Cher sont entièrement peuplés du cépage rouge nommé cahors ». Il évoquait ensuite les « vins rouges » de la « première classe » : « Les communes situées sur le Cher (dont) Saint-Aignan produisent des vins très-colorés, corsés, spiritueux et de bon goût… ». Puis précisait, dans une énonciation dégressive : « Ceux de Saint-Aignan sont encore de bonne qualité… » (05).

En 1910, Proffit et Bureau écrivaient (06) : « Dans les coteaux renommés de la vallée du Cher (dont la commune) de (…) Saint-Aignan… Les vins récoltés sur ces terrains sont produits par le côt… acclimaté depuis longtemps dans le Centre… (Il) donne un vin coloré, ayant de la chair, du moelleux et un bouquet agréable très développé. Mis en bouteille après sa deuxième année, le vin de côt devient parfait».

 

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De nos jours, l’Appellation d’Origine Contrôlée « Touraine » se décline en vins tranquilles blancs, rouges et rosés et vins mousseux blancs et rosés.

L’aire géographique s’étend sur le territoire de communes des départements d’Indre-et-Loire et du Loir-et-Cher dont Saint-Aignan.

La zone géographique se présente comme un plateau mollement ondulé, au sud-ouest du Bassin Parisien, zone de confluence où Cher, Indre et Vienne viennent rejoindre la Loire. Le vignoble s’organise le long des vallées, à l’exception à l’est de la Sologne dont le plateau repose entre Cher et rive gauche de la Loire.

L’on peut être plus précis sur la condition viticole de Saint-Aignan.

Le nom de l’A.O.C. « Touraine » peut être complété par la dénomination géographique complémentaire «Chenonceaux» quant à des vins tranquilles blancs (issus de sauvignon) et rouges (cabernet franc et cot principalement à 70 % maximum, gamay accessoirement).

La production est assurée sur le territoire d’un nombre plus restreint de communes d’Indre-et-Loire, dont Chenonceaux bien évidemment et du Loir-et-Cher dont Saint-Aignan-sur-Cher, soit les coteaux des deux rives du Cher en son aval.

 

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J’ai déjà évoqué ici ou là, en d’autres temps et en d’autres lieux, Sinem et Max.

Suite à un coup de cœur pour la Loire et la vallée du Cher, le couple quitte Bruxelles fin décembre 2017 dans l’optique d’y mener une vie paisible. Mais… l’idée fait insensiblement son chemin. Il prospecte la région – dont Loches – et pose ses valises dans un anciennement bar-snack-glace fermé depuis plusieurs années, appelé à l’époque… « Le Bergerac ».

Le temps de quelques travaux et « Archimède » ouvre ses portes le 13 août 2018 avec la volonté de mettre en avant le respect du terroir local (vins et fromages mais aussi charcuteries, pain de Sarah Bertin, produits maraîchers…).

Petit restaurant gastronomique d’une vingtaine de couverts disposés en vis-à-vis d’un comptoir en formica des années ’50 – on y débouche des vins « vivants » tous sélectionnés par la maison.

C’est aussi un comptoir de poche, un bistro pour boire un verre et grignoter la cuisine de marché, une assiette de salaisons et fromages.

Ce fut pour nous un réel plaisir de revoir Maxime. De tailler une bavette avec un vigneron auvergnat accoudé au comptoir. D’évoquer, entre autres, pour reprendre les termes même du maître des lieux, la région et son « océan de vignes ».

 

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Pour moi, histoire de se mettre les papilles en alerte, une blonde rafraîchissante « Drunk in Love » de la micro-brasserie Heima installée dans la proche localité de Pouillé (07).

Pour elle : clos du Tue-Bœuf (Jean-Marie et Thierry Puzelat) « Le Petit Buisson» sauvignon de Touraine 2017. Proposition qui ne se refuse pas (4 € le verre) !

La sélection se fera à la carte ou sur base des suggestions mentionnées sur le miroir.

Va pour une terrine maison pistachée, salade et confit d’endive (8 euros). Mais c’aurait pu être un Saint-Marcellin rôti au miel et thym (8 €).  Pour la convive : œuf cotte à la truite fumée et huile d’aneth, croûtons (7 €).

La carte des vins s’avère courte mais efficace. Loire évidemment avant tout, mais pas que. Et l’un ou l’autre flacon hors Hexagone. N’oubliez pas pour le surplus de vous enquérir des bouteilles exposées sur le comptoir.

Restons dans la région : domaine de l’R (Frédéric Sigonneau), Chinon rouge « Valdegrulla – La Familia » 2016 (29 euros).

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Pour suivre : pintade fermière au cidre et aux pommes (6 euros). En ce qui me concerne : gratin d’andouillette au vin de Vouvray (16 euros).

Et pour en terminer : assiette de fromages affinés et miel du pays (7 euros) et pannacotta à la vanille et coulis de mangue, meringue croquante (7 euros).

Un régal !

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L’accueil renseigné des jeunes et vieux du village, enthousiastes à la philosophie des lieux, est de bon augure. Il ne saurait en être autrement, Max concoctant toujours une cuisine aguichante et délicieuse. Et à des prix tous doux.

 

Olivier Mercier.

 

Compte-rendu de visite du 02 février 2019.

 

  1. Ouvert en 1828.
  2. Inauguré en 1692.
  3. Fonctionnel en 1723.
  4. Jullien A., « Topographie de tous les vignobles connus ».
  5. Cot et cahors ici évoqués sont un seul et même cépage.
  6. Proffit A. et Bureau G. , « La Vallée de la Loire et ses vins : Orléanais, Sologne, Touraine, Saumurois et Anjou».
  7. 33 cl. 5 %.

 

Coordonnées :

Comptoir de poche Archimède
S.A.R.L. Sinemax
8, rue Constant Ragot à 41110 Saint-Aignan-sur-Cher
Téléphone : +33 (0) 9.87.55.53.21 ou +33 6 18 47 84 19
Site : http://www.comptoirarchimede.fr/
Email : info@comptoirarchimede.fr
FaceBook : https://www.facebook.com/archimede.saintaignan.1

Heures d’ouverture :

Ouvert du mercredi au samedi soir ainsi que jeudi et vendredi midi.

 

 

 

 

 

Le Bistrot de la Place (Saumur).

Restaurant – Bistrot gourmand – Bar à vins.

Nous voici au cœur de la ville de Saumur. Je ne vais pas vous faire l’article : le château classé en 2000 « »Patrimoine mondial de l’humanité »,  le Cadre Noir ou encore les berges de la Loire.

 

L’établissement – où je me rends quasi à chaque de mes visites dans le Saumurois – borde la jolie place Saint-Pierre entièrement piétonne, ceinte de ses maisons à colombages et de son église.

Il vous propose soit sa terrasse (chauffée l’hiver), soit au rez son zinc ou ses banquettes et tables, ou encore son étage cosy aux poutres apparentes et murs de tuffeau.

Pour les plats : carte ou ardoise.

On annonce des produits issus du marché, des producteurs locaux, une cuisine respectueuse du terroir et des saisons.

 

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En entrée : œuf bio poché sur courges, champignons des bois (7,80 €) de bon aloi.

Ensuite : savoureuse poitrine de cochon confite à la sauge (12,90 €) et – à l’ardoise – tartare de poisson fumé au yuzu (16,00 €) accompagné d’une salade de blé (3,20 €).

 

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Le Bistrot de la Place est lauréat du Concours du Tour des Cartes 2018, figurant ainsi parmi les cent meilleures cartes des vins de France dans la catégorie brasseries, bistrots, restaurants bistronomiques.

Sont proposés des vins traditionnel, bio et naturel. Une très belle sélection de pas moins de 400 références dont quelques 45 au verre.

Beaucoup de vins ligériens bien entendu, complétés d’un beau tour de la France, dans une large gamme de prix, outre quelques propositions hors hexagone.

Toutes les références sont disponibles à la vente à emporter, et ce au prix caviste.

 

Capture Bistrot place Saumur

 

C’est l’occasion de découvrir la Folie Lucé (Loïc Terquem) « L’Ecart » 2012 Saumur blanc (13°).  Ce 100 % chenin (ou pineau de Loire) sur argilo-calcaire, cultivé sans apports chimiques, vendangé manuellement, élevé en barriques se montre évolutif, gourmand, aux notes beurrées, végétales et miellées (39 €).

 

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Pour les desserts : belle déclinaison de chocolat Guanaja à 70 % (9,20 € à et un délicat Armoricain – moelleux et crème pralinée du Pays Nantais (8,40 €)

 

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On ne saurait quitter les lieux sans une eau-de-vie de poires williams (j’avoue : j’en suis un inconditionnel) de la distillerie artisanale Cazottes (9,00 €).

 

l y a indéniablement du savoir-faire. Sans oublier le service sans prise de tête.

Confirmation donc : une belle adresse.

 

Olivier Mercier.

 

Compte-rendu de visite du 01 février 2019.

 

Coordonnées :

Adresse : 16, place Saint-Pierre à 49400 Saumur

Téléphone : +33 (0) 2 41 51 13 27

Site : https://www.bistrotdelaplace-saumur.com/fr/

Courriel : contact@bistrotdelaplace-saumur.com

Page FaceBook : https://www.facebook.com/lebistrotdelaplace.saumur/

 

Horaires :

Du lundi au vendredi et le dimanche : de 10.00 à 15.00 et de 18.00 à 23.30

Le samedi : de 08.30 à 15.00 et de 18.00 à 23.30

 

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Vers un nouveau cahier des charges de l’A.O.P. fromagère Sainte-Maure de Touraine.

Me rendant de Chinon vers Loches, me voilà traversant Sainte-Maure de Touraine.

 

A en croire la tradition, c’est en 732 que commence l’histoire en ce qui nous concerne.

Depuis 711, les soldats sarrasins de l’émir Abd-El- Rhamân envahissent l’Europe occidentale. Ils se heurtent aux guerriers francs de Charles Martel au sud d’Arciacum (l’actuelle Sainte-Maure de Touraine) lors de la bataille dite de Poitiers. Les troupes maures battent en retraite. Mais l’intendance, composée de familles de civils convoyant moutons et chèvres destinés aux « repas de la victoire », tarde à les suivre. Certaines de ces familles resteront et transmettront aux populations locales leur savoir-faire en transformation fromagère.

Ce qui est certain, c’est que la production de fromage de chèvre est présente dans la zone depuis le Moyen-Age.

Au cours des siècles, le savoir-faire propre au plateau de Sainte-Maure de Touraine va progressivement se diffuser et plus particulièrement se développer au milieu du XX° siècle. On y reviendra.

Dans un important raccourci, bornons-nous ici à mentionner le décret de reconnaissance de l’Appellation d’Origine Contrôlée en 1990, le cahier des charges étant modifié en janvier 2019 et d’application à compter de la date d’approbation par la Commission européenne, ce qui ne devrait pas poser de problème.

Comme les modifications s’avèrent essentiellement techniques, allons au vif du sujet.

 

Comment se caractérise le « Sainte-Maure de Touraine » ?

  • élaboré exclusivement avec du lait entier de chèvres cru, issues des races Alpine, Saanen, Poitevine ou issues d’un croisement de ces races.                                             Le désaisonnement est autorisé (modification artificielle de la reproduction d’une femelle de mammifère en dehors de la saison sexuelle normale, par exemple en modifiant l’éclairage des bâtiments d’élevage, en l’occurrence pour améliorer l’adéquation de la production de lait et les besoins du marché).
  • issu de lait trait au maximum 48 heures avant la collecte.
  • un fromage à pâte molle blanche ou ivoire.
  • pâte obtenue par coagulation principalement lactique (caillé).
  • avec une faible adjonction de présure (emprésurage).
  • moulage réalisé manuellement à la louche en plusieurs opérations.
  • forme caractéristique d’une bûche tronconique allongée (les dimensions totales intérieures des moules tronconiques perforés sont strictement réglementées).
  • égouttage de manière spontanée, lentement, naturellement, sans pression exercée sur le caillé, pendant une durée minimale de 18 heures à partir du début du moulage.
  • après le démoulage, croûte cendrée sur toutes les faces (à suivre la tradition, avec de la poudre de charbon de bois), ce qui ne fût pas toujours le cas.
  • alors également salée sur toutes les faces.
  • paille de céréale gravée (on y reviendra) introduite au démoulage ou dans les moules, placée dans la pâte dans le sens de la longueur.
  • affinage et commercialisation : les fromages ne peuvent sortir qu’après dix jours minimum à compter de l’emprésurage et uniquement s’ils présentent sur toute la surface une croûte bien développée, fleurie de moisissures superficielles visibles à l’œil nu, dues à une flore (naturelle ou non) dite d’affinage ou de surface.                 Le rapport surface/volume qui en permet l’implantation amène le fromage à acquérir ses qualités gustatives et aromatiques.
  • contient au moins 45 grammes de matière grasse pour 100 grammes de fromage après complète dessiccation.
  • poids total de matière sèche ne devant pas être inférieur à 100 grammes par fromage.

 

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Toutes les étapes (production de lait, transformation fermière ou laitière, collecte, affinage ou tout autre intervention dans la filière) ont lieu obligatoirement dans l’aire géographique composée de :

  • tout le département de l’Indre-et-Loire,
  • et quelques communes limitrophes des départements de l’Indre, du Loir-et-Cher et de la Vienne.

Quant à l’alimentation du cheptel, les fourrages proviennent exclusivement de l’aire géographique.

Elle se situe dans le sud-ouest du bassin parisien, débordant quelque peu de l’ancienne province historique de la Touraine.

Le climat et les terres y sont propices à la production fourragère et céréalière nécessaires à l’alimentation animale.

La chèvre n’occupait qu’une position très marginale dans l’agriculture. Jusqu’en 1910-1920 voire le milieu du XX° siècle, il n’existait pas d’élevages au sens moderne. Seules une ou quelques chèvres étaient présente(s) dans les foyers ruraux des plus démunis : le Sainte-Maure trouve son origine sur les sols les plus pauvres de la Touraine, ceux à faible valeur agronomique. La chèvre était et est toujours « la vache du pauvre », animal rustique et peu exigeant.

Mais d’une production de dimension restreinte à l’origine, réservée à la consommation familiale, l’on s’est dirigé vers une vente sur les marchés locaux. Après le Seconde Guerre mondiale, la demande tend encore à croître pour approvisionner les grands centres de consommation, la demande urbaine de concert avec un développement des techniques d’élevage et des moyens prophylactiques et vétérinaires contribuant rapidement à une spécification des producteurs.

Dans les vallées humides du plateau de Sainte-Maure pousse l’osier. Tressée, cette fibre est très certainement à l’origine de la forme du moule.

Par ailleurs, le volume d’un moule correspond à la production quotidienne moyenne d’une chèvre, soit 2,5 litres de lait environ pour un fromage.

Quant à l’égouttage lent, il était adapté au rythme d’antan des travaux de la ferme.

 

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Elément de marquage, d’identification auprès des consommateurs, chaque Sainte-Maure de Touraine est obligatoirement (ce ne fut pas toujours le cas) traversé par une paille de céréale gravée au minimum au nom de l’appellation et d’un code d’identification du fabricant.

D’autre part – et surtout fonction première – la forme de bûche allongée et la texture parfois cassante de sa pâte en vieillissant rendant le fromage fragile et difficile à manier, l’introduction d’une paille de céréale en sa longueur avait initialement un intérêt pratique : permettre une manipulation plus aisée tout en rigidifiant.

L’utilisation de seigle – céréale des terres pauvres – renforce l’appartenance géographique.

Pour information, la paille de seigle est coupée manuellement à 16 centimètres très précisément. Ni plus, ni moins.

 

Enfin, les mentions « fabrication fermière » ou « fromage fermier » ou toute autre indication de cet ordre ne seront plus autorisées.

 

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Et pour qu’il n’y ait aucune équivoque, les fromages sont commercialisés munis d’un étiquetage individuel comportant le nom de l’appellation d’origine « Sainte-Maure de Touraine» et le symbole A.O.P. de l’Union européenne dans le même champ visuel.

 

Olivier Mercier.

 

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P.S.

J’ai eu le plaisir de découvrir à l’improviste à Sainte-Maure de Touraine, une auberge-restaurant comme la France en comporte beaucoup. De moins en moins rétorquent certains. Pour ce qui est du repas, excellent rapport qualité-prix dans un cadre soigné.

Hôtellerie du Cheval Blanc
55, avenue Général de Gaulle (D910)
37800 Sainte-Maure-de-Touraine
Téléphone : +33 (0) 2 47 65 40 27 ou +33 (0) 2 47 65 58 90
Courriel : contact@hotellerieduchevalblanc.fr

Voilà qui appelle une ballade digestive dans ce calme village typique de la Touraine, aux constructions de tuffeau. La visite vaut la peine, pour découvrir en flânant notamment les vestiges du château de la famille de Rohan construit dans son premier état par Foulques Nerra en 990, la maison d’Estouteville, datant du XVI° siècle, les halles construites en 1672 ou encore l’auberge de la Belle Image.

 

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Pour terminer ce tour d’horizon, je ne résiste pas à placer ce dicton d’autant plus hors contexte que l’église locale s’appelle Saint-Blaise (même s’il y a matière à discussion) : « S’il gèle à la Saint-Maur, la moitié de l’hiver est dehors ».

 

Les Rancios secs du Roussillon : des vins, un livre.

Els Vins Rancis secs del Rosselló.

Cet article doit beaucoup à l’ouvrage collectif « Les Rancios secs du Roussillon. Vins oxydatifs, fleurons de la viticulture catalane », dont je vous recommande la lecture.

Un peu d’histoire du vin rancio (vi ranci).

Les Rancios secs – vins de grande tradition – pourraient même être les plus anciens produits dans la région, en ce incluse l’Espagne et plus particulièrement la Catalogne.

Lors de la mise en place des appellations en 1936, ils n’ont bénéficié d’aucune protection légale via les Appellations d’Origine Contrôlée ou les Vins Délimités de Qualité Supérieure, ni même les Vins de Pays. Ils ne pouvaient prétendre qu’à la catégorie Vin de Table, c’est-dire à l’anonymat, car est interdite notamment la mention « Rancio sec » sur l’étiquette. Le caractère « rancio » sera certes reconnu officiellement dans les décrets d’appellation français, mais réservé aux seuls Vins Doux Naturels. Les Rancios secs n’ont alors aucune reconnaissance officielle.

Relégués à la clandestinité aussi au plan commercial les habitudes de consommation se modifient au profit d’autres vins locaux : les Vins Doux Naturels puis les vins tranquilles

En perte de vitesse depuis les années 1970, les Rancios secs demeurent néanmoins toujours produits pour la cuisine (marinade, sauce) ou pour la consommation personnelle tel lors des grandes occasions familiales, réduits ainsi au rang de tradition locale sans valorisation par mises en bouteilles. Ou si peu.

En 2004, Slow Food classe le Rancio sec dans ses « sentinelles ». Le but de tel projet ?  Recenser les modes anciens de production, soutenir, sauver et valoriser une production artisanale de qualité en difficulté et communiquer quant à ces produits menacés ou en voie d’extinction. Aussi, l’association « Be Ranci ! Les Rancios secs du Roussillon » voit le jour afin d’éviter que ce produit-phare confidentiel (quelques centaines d’hectolitres l’an) de la culture catalane ne disparaisse.

En parallèle, des contacts noués avec I.N.A.O. permettront aux Rancios secs d’obtenir en 2011 deux Indications Géographiques Protégées (I.G.P.). On y reviendra un peu plus loin (01).

Un bref descriptif organoleptique.

Les Rancios secs présentent le plus souvent une couleur ambrée foncée, parfois brou de noix, avec quelques reflets verdâtres, reflet d’un élevage long en situation oxydative.

La bouche s’offre généreusement.

Les arômes puissants, toujours persistants évoquent la figue sèche, la noix (brou), le balsamique, la torréfaction, la fumée, le brûlé, le havane, le cacao, la résine de pin, et certaines épices comme le curry ou la graine de fenugrec (trigonella foenum-graecum)… Cette odeur caractéristique provient d’une molécule : le sotolon.

 

 

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Une relation elliptique de la méthode historique d’élaboration.

A vrai dire, il n’y a pas de modus operandi unique. En voici l’essentiel.

Le vin est élaboré à partir de cépages rouges ou blancs vendangés en surmaturité.

Il est qualifié de sec car il achève sa fermentation alcoolique en (quasi-) totalité et ne contient pas de sucres résiduels ou quelques grammes résiduels par litre.

Il se caractérise par un élevage oxydatif – d’où le nom de rancio – en favorisant le contact avec l’air, la lumière, en faisant intervenir des chocs thermiques (exposition au soleil, aux aléas climatiques), ce qui implique un haut degré d’alcool pour évoluer dans de telles conditions.

Cette longue période d’élevage se déroule dans des contenus divers, en général dans des barriques, tonneaux, foudres, demi-muids, vieux fûts, bonbonnes en verre, dames-jeannes, amphores, cuves ciment… Il peut être :

  • de type « élevage d’abandon »,
  • ou bien « tonneau perpétuel »: le vigneron y tire un peu de vin et le complète par la vendange de l’année,
  • ou encore en « solera » : le vigneron empile plusieurs barriques. Celle au niveau du sol contient le vin le plus âgé, les plus jeunes étant entreposés dans la barrique au-dessus. Le vin le plus vieux est prélevé et remplacé par le vin plus jeune, et ainsi de suite.

Dans les deux derniers cas, il s’agit d’un assemblage de millésimes.

Pas d’ouillage évidemment : l’évaporation naturelle du liquide n’est pas compensée, et ce de manière à maintenir le vin au contact de l’air.

Il ne nécessite pas ou peu de soufre.

Que les vins soient à l’origine blancs ou rouges, ils finissent tous par prendre la même couleur ambrée foncée.

Ouverte, la bouteille peut se conserver durant de nombreuses années… En principe.

 

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Un peu de droit.

En 2004, le décret relatif au vin de pays de la « Côte Vermeille » tel que complété, mentionne désormais les vins à caractère oxydatif : succinctement, ils doivent avoir subi une fermentation lente et sont mis à la consommation humaine directe après un vieillissement minimum de deux ans sans ouillage permettant au vin d’acquérir le goût de rancio. Ils sont présentés à un agrément spécifique. Voici donc l’ébauche d’une reconnaissance officielle sans que soit toutefois évoquée la notion de « Rancio sec ».

En 2011 sont publiés concomitamment les cahiers des charges de l’I.G.P. « Côte Vermeille » et de l’I.G.P. « Côtes Catalanes ».

L’Indication Géographique Protégée peut être complétée par la mention « rancio » selon les conditions fixées dans les cahiers des charges respectifs pour l’utilisation de cette mention.

Ils présentent de nombreux points communs :

* type de produit : la mention « rancio » est réservée aux vins tranquilles qui, en fonction des conditions d’élevage, ont acquis le « goût de rancio ».

* encépagement : les vins sont produits exclusivement à partir des cépages traditionnels suivants : carignan blanc, carignan noir, cinsaut, grenache blanc, grenache gris, grenache noir, macabeu , tourbat (02), mourvèdre, muscat à petits grains blancs, muscat d’Alexandrie.

* récolte : les raisins doivent présenter une richesse en sucre minimum de 238 grammes par litre.

* transformation : les vins font l’objet d’un élevage en milieu oxydatif, au moins jusqu’au 31 août de la cinquième année qui suit celle de la récolte.

Toutefois, dans le cas de l’utilisation d’un seul contenant, il ne peut être soutiré chaque année à partir de cinq ans d’élevage, en une seule fois qu’une quantité inférieure ou égale au cinquième de son contenu au moment du tirage. Il ne peut être rajouté plus de vin que soutiré.

Les vins en rouge et blanc peuvent, après élevage, être assemblés.

* normes analytiques spécifiques : les vins présentent entre autres

– un titre alcoométrique minimum de 14 % vol.,

– une teneur en sucres inférieure ou égale à 12 grammes par litre.

* circulation des produits : les vins sont mis en marché à destination du consommateur à partir du 1er septembre de la cinquième année qui suit la récolte.

Dans le cas d’utilisation d’un récipient contenant plusieurs récoltes, la commercialisation des vins ne peut concerner qu’un cinquième du volume de vin et ne peut intervenir que 6 mois après le dernier ajout de vin.

*contrôle organoleptique spécifique pour l’obtention de la mention « rancio ».

Les différences entre les cahiers des charges respectifs tiennent quasi exclusivement aux zones de production.

* La récolte des raisins, la vinification et l’élaboration des vins bénéficiant de l’I.G.P. « Côte Vermeille » sont réalisées sur le territoire de quatre communes du département des Pyrénées-Orientales : Banyuls-sur-Mer, Cerbère, Collioure et Port-Vendres, qui constituent le vignoble français le plus méridional, aux coteaux à forte déclivité,

* La récolte des raisins, la vinification et l’élaboration des vins destinés à produire des vins à I.G.P. « Côtes Catalanes » sont réalisées dans le département des Pyrénées-Orientales, le vignoble se situant au sein d’un vaste amphithéâtre ouvert à l’est vers la mer Méditerranée et délimité par un ensemble de hauts reliefs.

 

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De l’un ou l’autre Rancios secs.

Le temps est venu de disserter quant à l’un et l’autre flacons !

* Cave l’Etoile « Al Padri Saveurs d’ici » : vin de pays de la Côte Vermeille. Cépages grenache noir (55 %), grenache gris (35 %) et carignan noir (10 %). Douze mois en cuve puis vieillissement en vieux foudres de chêne. 14,5°.

C’est en 2009, dans un chalet du marché de Noël d’Arras occupé par la coopérative banyulence que je découvre le rancio sec. Il m’est présenté comme un vin essentiellement destiné à la cuisine (et même la préparation de la sangria), ce qui leur site précise toujours. Je reconnais n’avoir été guère convaincu par cette première approche.

* Domaine la Marche « Rancio Sec » : vin de France. Cépages grenache blanc et gris. Elevage en fût bourguignon depuis 2006. 15,5°.

Quelques trois ans plus tard, lors d’une visite au domaine, le rancio sec m’est soumis. Robe bronze. Nez : raisin sec, prune, pruneau. Long, très long. J’accroche !  A partir de ce moment, j’essaie d’en déguster autant que faire se peut.

* Domaine la Tour Vieille « Cap de Creus Ranci(o) sec » : vin de France. Cépages grenache noir (90 %) et carignan (10 %). Tonneau perpétuel depuis 1968. 16,5°-17°.

Deux occasions m’ont été données. Robe rouille un peu pâlotte, trouble. Nez : tabac, (sirop d’) orange, brou de noix, chocolat noir. Il met les papilles en alerte : puissant, d’une belle acidité. Long. En accompagnement ?  Jambon serrano, chorizo, lomo, saumon rouge atlantique, filet de truite fumé au hêtre, comté, fromages de chèvre dont un affiné, tomme de Savoie. A oser sur des huîtres (de Leucate) pochées au sabayon de muscat sec. S’appréciera aussi – et surtout ? – comme carminatif.

* Domaine la Tour Vieille « Mémoire (d’automnes) » : vin de pays de la Côte Vermeille. Cépages grenache gris majoritaire et blanc. Elevage d’abandon en barrique de chêne. 15,5°.

Même domaine, autre cuvée. Robe guère soutenue. Bouche saline et minérale, qui fait saliver. Un indéniable goût de « reviens-y ».

* Domaine de la Rectorie « Vin de Pierre Fleur de Pierre » : vin de France. Cépage : grenache gris. Assemblage de vin de voile et de rancio. 15°.

Robe rouille claire. Nez : orange sanguine, noix, caramel, un peu fumé. Les papilles ?  Sec. Minéral. Austère, sur la retenue. Très long, des notes de whisky. Bel accord avec un comté 18 mois (et autres fromages : queso azul, Selles-sur-Cher, boulette d’Avesnes et prestige de Bourgogne).

* Domaine le Roc des Anges « Rancio sec » 2006. Vin de pays des Pyrénées Orientales. Cépages grenaches blanc et gris. Elevage en barrique. 14°.

J’ai le plaisir de le goûter trois fois. Robe tirant vers le bronze. Nez : whisky, noix. Sec. Palais sapide. Sans doute un peu salin.  Il fait saliver lui aussi. Ample. Puissant. Long, très long avec une pointe de chocolat. Excellent en digestif.

* Domaine Jolly Ferriol « Au fil du temps » : Vin de France. Cépages macabeu et carignan en proportion variable. Vinification en cuve, insolation de six à 24 mois en dame-jeanne, puis barrique bourguignonne vidée partiellement chaque année. 15°

Nez : noix, fruits secs. Long. Découvert en salon : dommage de n’avoir pu l’apprécier à tête reposée.

* Domaine de Blanes « Rancio » : vin de France. Cépage : grenache blanc. Elevage en fût pendant sept ans dont cinq sans ouillage. 13,5°.

Judicieusement mis à table par un ami qui connaît ma curiosité. Le chocolat blanc marque les diverses facettes de ce vin qui, en outre, active les glandes salivaires.

* Domaine le Roc des Anges « Cioran » : vin de pays des Côtes Catalanes. Cépages : grenache gris et macabeu. Elevage de cinq à six ans sous voile depuis 2006. 14,5°.

Bu deux fois, il fait mouche à chaque occasion.  Robe dorée soutenue. Très odorant : miel, caramel. Bouche sèche mais pas dénuée de douceur. Long.

* Domaine Lhéritier « +23 Zulu Ranci » : vin de France. Pas d’info si ce n’est que l’élevage sous bois est supérieur à 23 années. 17,5°.

Suggéré lors de ma visite à Ampelos. Aussitôt accepté. Robe brunâtre. Evolue en tous points entre sel et caramel. Long, sur de l’acidité. Se déguste à petites lampées.

* Domaine des Schistes « rancio sec ». Cépages : grenache blanc complanté de quelques souches de macabeu. Solera depuis 2004 de plusieurs millésimes sur trois niveaux de barriques. 17°.

Robe dorée guère soutenue. Nez exubérant de noix fraîche. Finale un peu sucrée. Long, très long. On s’est fait plaisir avec des escargots à la catalane

 

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Une conclusion fugace.

Déroutants, loin des sentiers battus, les Rancios secs à très forte notoriété culturelle, à la saveur viticole authentiquement catalane, sont à découvrir avant, pendant, après les repas. Quant à explorer les accords avec les mets, vous avez toute latitude.

 

Olivier Mercier.

 

Les Rancios secs du Roussillon. Vins oxydatifs, fleurons de la viticulture catalane, éditions Trabucaire, novembre 2016, 192 pages, 25 euros.

Illustrateur : Paul Schramm / photographe : Michel Castillo

En collaboration avec :

  • Yves Belaubre, journaliste amateur de cigares
  • Jules Campadieu, œnologue à la retraite
  • Roger Coste, libraire
  • Isabelle Cutzach-Billard, docteur en œnologie et œnologue-conseil
  • Benoît Danjou, président de l’association Be Ranci ! Les Rancios secs du Roussillon
  • Manuel Di Vecchi Staraz, ingénieur-agronome et vigneron
  • Claude Espiago, manageur en restauration
  • Michel Ferrer, écrivain
  • André Grammont, militant du Rancio sec
  • Isabelle Jolly, vigneronne
  • Périco Legasse, journaliste et critique gastronomique
  • Sébastien Lherbiez, caviste
  • Jean Lhéritier, co-­fondateur de l’association Be Ranci ! Les Rancios secs du Roussillon
  • Pierre-Louis Marin, chef cuisinier
  • Jacques Paloc, directeur de l’I.N.A.O. Sud
  • François Pastoret, vigneron à la retraite
  • Alain Pottier, vigneron, promoteur des Rancios secs et poète, lequel a coordonné l’écriture de l’ouvrage
  • Vincent Pousson, journaliste blogueur vin
  • Georges Roque, président du syndicat des vignobles de la Côte Vermeille
  • Jean-­Louis Salies, président de l’I.G.P. Côtes Catalanes
  • Eric Seed, importateur américain
  • Thierry Tarrius, restaurateur
  • Hélène Teixidor, consultante-œnologue et directrice de l’I.C.V. Catalogne Nord
  • Olivier Thépegnier, sommelier
  • Pierre Torrès, ingénieur-conseil
  • René Vial, viticulteur retraité
  • Yves Zier, retraité du Conseil Interprofessionnel des Vins du Roussillon

Quelques recettes sont détaillées dans l’ouvrage :

  • Pierre-Louis Marin : têtes d’ail frais rôties
  • Victoria Robinson : soupe froide au pain et amandes, ail confit et infusion de thym, chips de jambon Tirabuixo
  • Victoria Robinson et Renaud Caspar : huîtres de Bouzigues, mirepoix de noix, petits légumes et anchois de Collioure
  • Maïté Schramm : lapin fermier au Rancio sec
  • Victor Simal : lapin aux fruits et légumes, parfumé au poivre Voatsiperifery

Domaines y présentés :

* Domaines habilités en I.G.P. Côtes Catalanes :

* Domaines en déclaration d’aptitude à l’élevage Rancio en I.G.P. Côtes Catalanes :

* I.G.P. Côte Vermeille :

 

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(01) Le producteur de Rancio sec peut en outre le cas échéant se rabattre sur les catégories « vin issu de raisins surmûris » ou « vin de France ».

(02) Le tourbat – cépage blanc dont le synonyme est la malvoisie du Roussillon ou des Pyrénées Orientales – s’avère d’origine mal définie. Il fût un des cépages dominants des Côtes du Roussillon au XIX° siècle. Cependant, les surfaces ont beaucoup régressé des suites d’un mauvais état sanitaire, mais ce cépage identitaire fut réintroduit tout en demeurant confidentiel. Quelques chiffres en témoignent : 1968 : 141 hectares, 1994 : 20 hectares, 2013 : 31 hectares plantés dans le Roussillon.

 

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Salon Vins Nature en Nord – 9 et 10 mars 2019 (Ennevelin – Lille).

Un salon incontournable.

Le salon se déroule à nouveau au Carré du Hellin, 33 route de Templeuve à 59710 Ennevelin, et ce :

du 9 au 10 mars 2019,
le samedi de 10 à 19.00′,
le dimanche de 10 à 18.00′,
entrée : 8 euros (verre offert),
vente sur place.

Vous trouverez ci-dessous la liste des participants.

Les organisateurs se montrent encore et toujours à la hauteur pour cette onzième édition : 48 vignerons tous de France, deux distillateurs et une brasserie. Parmi eux, quelques nouveaux venus ou d’autres de retour :

  • Alsace :

Domaine Pierre Frick

  • Bourgogne :

Domaine des Rouges Queues (Maranges, Santenay et Hautes Côtes de Beaune)

  • Beaujolais :

Domaine Marcel Lapierre – château Cambon

  • Champagne :

Champagne Clandestin

Champagne Vouette et Sorbée

  • Savoie :

Domaine Cellier des Cray (Adrien Berlioz)

  • Languedoc :

Domaine Balansa (Corbières)

Les Clos des Pères (Minervois)

  • Roussillon :

Domaine Jean-Philippe Padié

  • Provence :

Domaine de la Tour du Bon (Bandol)

  • Sud-ouest :

Domaine de l’Astré

  • Loire :

Domaine les Grandes Vignes (Anjou, Bonnezeaux et Coteaux du Layon)

  • Alcool :

La distillerie du Petit Grain

Bonne visite !

Olivier Mercier.         

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