Ténarèze de Ladevèze – Armagnac cépage Folle Blanche 2002 (seconde partie).

Un plaisir flamboyant.

Poursuivons si vous le voulez bien cette approche de l’Armagnac.

 

La culture de la vigne dans l’actuelle Gascogne remonte indéniablement à l’époque romaine.

Au XIVème siècle apparaissent les premières preuves irréfutables de la distillation des vins blancs en eau-de-vie, de sa consommation, de sa commercialisation et… de sa taxation.

En 1310, Maitre Vital Dufour, prieur d’Eauze, décrit les « 40 vertus de l’aygue ardente » : à l’époque l’eau-de-vie était surtout connue comme substance médicinale – l’alambic étant instrument d’apothicaire – passant pour prolonger la vie.

1373 :  le « Privilège de Bordeaux » édicté par le roi d’Angleterre Edouard III interdit aux vins du « Haut Pays » dont la Gascogne, d’accéder au port de Bordeaux via la Garonne et ce avant Noël, réduisant ainsi drastiquement leur commercialisation. Les Hollandais ont ainsi l’idée de développer la distillation des vins qu’ils achètent en Gascogne pour éviter l’embargo lequel ne concernait pas les eaux-de-vie.

La distillation des vins blancs se développe également car permettant une réduction des coûts de transport.

C’est aussi un moyen d’éliminer les excédents de production.

Qui plus est, le commerce avec les Hollandais, amateurs de ces eaux-de-vie que l’on consomme également pour elles-mêmes, est non seulement l’élément déclencheur mais aussi accélérateur de l’augmentation de la production aux XVIIème et XVIIIème siècles. Ils achètent en Armagnac de grandes quantités d’eaux-de-vie qui servent à enrichir et à stabiliser les vins dont ils fournissent les peuples des mers Baltique et du Nord par le biais de leur puissante marine commerciale :

  • enrichir : les Hollandais demandent à la viticulture des vins – majoritairement blancs doux, le plus souvent de piètre qualité – tolérant des additions d’alcool afin de les rendre plus agréables aux goûts des consommateurs septentrionaux, et donc à forte valeur ajoutée. L’on « remontait » ainsi de petits vins, l’on « pommadait » d’autres…
  • stabiliser : afin de mieux conserver les vins durant leur transport.

Les techniques de vieillissement sous bois apparaissent progressivement, les fûts (dits « pièces ») étant alors utilisés pour la commodité du transport et le stockage : l’élevage – très complexe : même la place des « pièces » dans le chai de vieillissement importe – des eaux-de-vie bénéficie de savoir-faire développés depuis le XVIIIème siècle.

A cette époque, la guerre d’indépendance des Etats-Unis donne un essor supplémentaire au commerce de l’Armagnac, la consommation d’eau-de-vie des armées étant en général importante.

Autre apogée pendant les guerres napoléoniennes.

De plus, de par son succès au XIXème auprès des consommateurs, la zone de production augmente jusqu’à l’apparition du phylloxera dont je vous ai entretenu dans la première partie.

 

L’Armagnac relève des premières productions viticoles françaises objets d’un ensemble de règles d’élaboration et d’organisation afin de protéger leurs usages et structurer leur production. Très brièvement :

  • c’est un décret (dit Fallières) (02) du 25 mai 1909 qui délimite la zone de production des appellations régionales Armagnac, eau-de-vie d’Armagnac et de ses appellations spéciales que sont Bas-Armagnac, Tenarèze et Haut-Armagnac, afin de protéger celles-ci contre les fraudes,
  • la reconnaissance en appellation contrôlée est obtenue par le décret du 6 aout 1936 (01), la mention Blanche Armagnac par décret du 27 mai 2005.

 

La production est assurée à 70 % par des vignerons indépendants ou des coopératives et à 30 % par des négociants.

La majorité des vignerons producteurs indépendants font appel à des distillateurs professionnels ambulants (« brûleurs »), pratique traditionnelle en Armagnac qui voit les alambics circuler de propriété en propriété durant l’automne après les vendanges et tout ou partie de l’hiver.

 

 

Les Armagnacs commercialisés sont fréquemment le fruit d’assemblages d’eaux-de-vie d’âges ou de cépages différents. Il revient au vigneron, au maître de chai, à partir de la dégustation et des pratiques de la maison, de procéder aux sélections.

Ils sont parfois millésimés selon un usage ancien et courant, correspondant alors à une seule année de récolte.

 

 

Il est temps d’évoquer le Ténarèze de Ladevèze – Armagnac cépage Folle Blanche Brut de Fût (distillation : 2002, mise : 06/03/2019, fût n° 8, volume : 700 litres, degré : 57 %.

Robe brun doré. Nez puissant mais délicat évoquant la noix puis le fruit confit, le santal. Intense, ample. Un ‘gras’ enrobant. Sucré. Boisé. Très long. Très très long. Le verre vide révèle d’infimes notes de praline cerise-chocolat-noisette. Subtil.

Un plaisir flamboyant qui s’apprécie d’autant plus lors de la digestion d’une plantureuse garbure.

 

Et si vous voulez approfondir le sujet, je vous invite à visionner le reportage consacré au domaine Ladevèze père et fils par l’émission « Des Racines et des Ailes » le 16 janvier 2013. Au domaine, mais aussi son patrimoine. Sans oublier la tonnellerie et la distillation ambulante (03).

 

Olivier Mercier.

 

N.B. : le vignoble de l’Armagnac s’intègre dans une production plus large de vins de France et surtout de vins de pays des Côtes de Gascogne. Il sert également de base à l’élaboration de l’apéritif qu’est l’A.O.C. Floc de Gascogne (04).

 

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Coordonnées :

Alexandre Ladevèze
S.C.E.A. vignobles Ladevèze
Adresse : lieu-dit la Boubée à 32250 Montréal-du-Gers
Téléphone : 00 33 (0) 5 62 29 41 85
Mobile : 00 33 (0) 6 10 12 23 10
Téléfax. : 00 33 (0) 5 62 29 49 49
Site : http://www.armagnac-tenareze.com/
Courriel : alexladeveze@aol.com
Page FaceBook : https://www.facebook.com/Armagnac-Tenar%C3%A8ze-de-Ladev%C3%A8ze-1656626664612175/

 

  1. Soit très rapidement dès lors que la création du Comité national des Appellations d’Origine pour les vins et eaux-de-vie intervient le 30 juillet 1935 par décret-loi sur la défense du marché des vins et le régime économique de l’alcool.
  2. Armand Fallières, né dans le Lot-et-Garonne – et ceci explique cela – a été président de la République française de 1906 à 1913.
  3. Avec une brève apparition de Dominique Andiran, vigneron voisin dont il est fort probable que je l’évoque un de ces quatre.
  4. Vins de liqueur blanc ou rosé élaborés par mutage du moût de raisins par de l’Armagnac provenant de la même exploitation que les moûts.

 

 

 

 

 

 

Ténarèze de Ladevèze – Armagnac cépage Folle Blanche 2002 (première partie).

Un Armagnac sans artifice.

Ladevèze : un domaine ancien parmi : « Les Grands Noms de l’Armagnac (…) un grand nombre de propriétés appartiennent aux mêmes familles depuis plus d’un siècle (…) Mme Vve Jean Ladevèze et fils, domaines de la Boubée et de la Salle-Puissant à Montréal (1882)… 20 ha de vignes ; sol de boulbène. Cépages : Ugni-blanc, Plant de graisse, Folle Blanche, Colombard. Distillation armagnaçaise. Millésimes : 1942, 1956, 1961. Médailles aux concours d’Eauze, Toulouse, Paris… » (01).

 

L’A.O.C. Armagnac est réservée aux eaux-de-vie de vin (02) au titre alcoométrique volumique minimum (dit « marchand ») de 40° :

  • vieillies (« logées ») sous bois ou
  • maturées en récipients inertes.

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Au XIXème siècle, les principaux cépages utilisés sont la folle blanche suivie par le colombard. Après l’invasion du phylloxera (1878) seule la moitié du vignoble sera replantée. L’encépagement s’en trouvera bouleversé. Un cépage telle la folle blanche (03) désormais sur porte-greffe devient plus sensible et est donc peu replanté. L’ugni blanc (04) est dès lors introduit au début du XXème siècle. D’autre part, en 1898, un hybrideur landais – François Baco – réussit à sélectionner un nouveau cépage, très résistant aux maladies et très bien adapté aux sols de sables et de boulbènes : le baco blanc (05).

 

Les vins destinés à l’élaboration des eaux-de-vie sont actuellement issus de cépages blancs (avec une exception) :

  • baco blanc (depuis1958),
  • blanc dame (06),
  • colombard,
  • folle blanche,
  • graisse (07),
  • jurançon blanc,
  • mauzac (ancienne graphie : mozac) blanc,
  • mauzac (mozac) rose,
  • meslier/meslier saint-françois,
  • ugni blanc.

 

Parmi les dix (08) cépages actuellement autorisés, l’ugni blanc, le baco blanc et dans une moindre mesure la folle blanche et le colombard constituent la quasi-totalité des vignes destinées à la distillation.

 

Le choix des cépages a pour objectif l’obtention de raisins pour l’élaborer des vins aptes à la distillation et sa conservation – naturelle – durant les mois d’hiver jusqu’à la distillation.

Leur diversité est exploitée en fonction des différents sols présents dans chacune des régions de l’appellation et des objectifs envisagés pour l’élevage du produit. On y reviendra.

 

Lorsque j’ai fait la connaissance d’Alexandre Ladevèze, ce qui m’a marqué c’est la forte détermination avec laquelle il parle de son métier. Puis ce fût la dégustation d’échantillons : plant de graisse 2001 et 2002, ugni blanc 1999 et 2004, folle blanche brut de fût (09) colombard 2012. Le tout suivi le lendemain par un colombard brut de fût 2012 (mise 06/08/2015 – 55,1°) et une folle blanche brut de fût 2002 (mise 26/10/2015 – 57,9°)

Superbes découvertes, belles perspectives !

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Seuls les vins issus de la même récolte résultant de la fermentation de tout le jus de goutte, complété ou non par le seul jus de presse correspondant, peuvent être destinés à l’élaboration des eaux-de-vie.

 

L’enrichissement et l’ajout d’anhydride sulfureux qu’il s’agisse des vendanges, moûts et vins de distillation sont interdits, et ce pour préserver la qualité des futures eaux-de-vie.

De ce fait, la distillation – précoce – doit être achevée au plus tard le 31 mars de l’année qui suit la récolte, gage de bonne conservation des vins et de qualité des eaux-de-vie à venir.

 

Les vins sont distillés selon deux méthodes :

  • distillation au moyen d’alambics dits « armagnacais », de type principal,
  • distillation « à la charentaise », au moyen d’alambics de type accessoire.

Je n’entrerai pas dans les détails, n’étant pas certain de les avoir bien perçus…

 

 

L’A.O.C. Armagnac peut être complétée sous conditions par les dénominations géographiques complémentaires que sont :

  • Bas Armagnac,
  • Armagnac Ténarèze ou
  • Haut Armagnac.

Les Armagnac, complétées ou non des trois dénominations géographiques complémentaires susdites sont vieillis pendant une période minimale d’un an, décomptée à partir du 1er avril suivant la mise en vieillissement, dans des contenants en bois de chêne (10).

Telles eaux-de-vie évoluent au cours du vieillissement. Ainsi, une partie s’évapore lentement à raison de plus ou moins 0,5° par an : la « part des anges »

Précisons que les eaux-de-vie sont mises en fûts (dites « pièces ») d’un volume de 400 à 420 litres, fabriqués à partir de bois de chêne traditionnellement issu des forêts de Gascogne.
En ce qui concerne cette étape de finition, les méthodes traditionnelles – coloration par utilisation de caramel (caramel ordinaire) et/ou adjonction d’infusion aqueuse de copeaux de chêne stabilisée ou non par de l’Armagnac et/ou ajout de produits tels que sucre caramélisé – sont autorisées. D’autres vignerons vendent leur eau-de-vie sans apprêt ni coloration autre que celle communiquée par le chêne.

 

D’autre part, l’A.O.C. peut être complétée sous conditions par la mention Blanche Armagnac.

Il y va d’eaux-de-vie maturées pendant une période minimale de trois mois à compter de la distillation du lot concerné, conservées en contenant inerte pour la couleur, et qui ne présentent donc aucune coloration.

 

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La zone géographique de l’appellation d’origine contrôlée Armagnac recoupe partiellement trois départements (11) : Gers, Landes et Lot-et-Garonne.

Elle se situe en Gascogne, ancienne province du sud-ouest de la France, sise entre Garonne au nord, océan Atlantique à l’ouest et chaîne des Pyrénées au sud.

Elle est découpée – rappelons-le – en trois appellations adjacentes : Bas-Armagnac à l’ouest, Armagnac-Ténarèze au centre, et Haut-Armagnac à l’est et au sud.

 

Le climat tempéré de type océanique évolue d’ouest en est, passant d’une influence océanique dominante (pluviométrie régulière et abondante) à un climat plus continental (sécheresse estivale) voire méditerranéen.

 

Evolution toujours au niveau géologique : à l’ouest, les Sables Fauves (sols limoneux à limono-sableux dits localement « boulbènes ») dominent, remplacés progressivement vers l’est par de la molasse (formation argileuse avec bancs calcaires).

Très brièvement :

  • Bas Armagnac : dominante de Sables Fauves, dont leur couleur provient de l’oxydation du fer. Ces sables donnent des sols variés allant d’une texture très sableuse à une texture à dominante limoneuse (appelée localement boulbène),
  • Armagnac Ténarèze : zone de transition de molasses et de calcaire, sols associés variés (sols argilo-calcaires, sols sableux sur sables fauves, boulbènes),
  • Haut Armagnac : alternance de molasses et de bancs calcaires (sols calcaires et argilo-calcaires).

Aussi, la capacité des sols à retenir l’eau, en fonction de leur teneur en argile, augmente d’ouest en est.

 

Il est intéressant de rapprocher caractéristiques des sols et conditions climatiques : dans la Ténarèze, le caractère plus sec du climat est compensé par une meilleure capacité du sol à assurer l’approvisionnement en eau, alors que, dans le Bas Armagnac, la sensibilité naturelle des sols à la sécheresse est compensée par une pluviométrie plus abondante. D’où des rendements assez élevés (12).

 

On peut ici en terminer provisoirement : Bas Armagnac, Armagnac Ténarèze et Haut Armagnac correspondent à des pratiques différentes, adaptées à des milieux naturels distincts où dominent les bois (fournissant le combustible des alambics), et dans une moindre mesure une agriculture diversifiée de type polyculture et élevage, où la vigne est souvent minoritaire. D’autre part, la diversité des cépages est exploitée par chaque opérateur, en fonction des différents sols présents dans chacune des régions de l’appellation et des objectifs envisagés pour l’élevage.

 

(A suivre ici)

 

Olivier Mercier.

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Coordonnées :

Alexandre Ladevèze
S.C.E.A. vignobles Ladevèze
Lieu-dit la Boubée
32250 Montréal-du-Gers
Téléphone : 00 33 (0) 5 62 29 41 85
Mobile : 00 33 (0) 6 10 12 23 10
Téléfax. : 00 33 (0) 5 62 29 49 49
Site : http://www.armagnac-tenareze.com/
Page FaceBook : https://www.facebook.com/Armagnac-Tenar%C3%A8ze-de-Ladev%C3%A8ze-1656626664612175/
Courriel : alexladeveze@aol.com

 

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  1. Dufor Henri et Daguin André, L’Armagnac, collection Le Goût de la Vie, éd. Nathan, Paris, 1989, pp. 88 et 114.
  2. Distillation de vin, et non de marc, faut-il le préciser.
  3. La folle blanche (ainsi dénommée également dans le Poitou, ou gros plant dans la région de Nantes, Vendée) correspond à l’enragea(t) (blanc) en Gironde. En Armagnac, le nom se décline en picpoul(e) blanc, pique-poule, piquepout…
  4. Que l’on ne peut plus appeler saint-émilion. D’origine italienne, il correspond au trebbiano toscano.
  5. Le baco blanc est un hybride (folle blanche européenne × noah américain) créé en 1898 par François Baco, instituteur dans les Landes, et qui constitue une originalité puisque c’est le seul hybride producteur direct cultivé en France en A.O.C. Appelé aussi baco 22 A, Maurice Baco, piquepoul(s) de/du pays (du Gers).
  6. Ou clairette de Gascogne.
  7. Ou plant-de-Grèce, plant de graisse. Ou encore blanquette (ce qui peut être aussi le synonyme de mauzac ou encore de plant de graisse….
  8. Exit depuis 1992 la folle blanche jaune.
  9. Les bruts de fût sont des eaux-de-vie non « réduites » : aucun ajout de « petites eaux » (mélange d’eau distillées et d’Armagnac) pour diminuer le degré d’alcool. Ils sont commercialisés à leur « degré naturel de vieillissement ». C’est la raison pour laquelle, il titre souvent à des degrés précis. Ni ajout de sucre ou de colorant pour le surplus.
  10. Mais uniquement d’espèces soit sessile soit pédonculé ou leur croisement.
  11. Le Gers : 245 communes, les Landes : 29 communes et le Lot-et-Garonne : 18 communes.
  12. Le rendement annuel maximum autorise est établi a 120 hectolitres de vin par hectare. Les quantités produites au-delà doivent être livrées et détruites par envoi aux usages industriels.

 

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