Traité de jajalogie {Le manuel indispensable des libres-buveurs}.

Didactique et plaisant.

La page de couverture donne dès l’entame un large aperçu du contenu, renseigné comme relatant « de la vigne au verre les fondamentaux du vin naturel décryptés » :

  • Viticulture
  • Vinification
  • Dégustation

On y évoque bien évidemment les vins dits « naturels » mais aussi – dans une bien moindre mesure – ceux dits « conventionnels ».

Sont évoqués entre autres l’histoire, la philosophie, les démarches, le travail du sol, du végétal, la production en cave…

Deux entrevues complètent ce vaste panorama :

  • Didier Barral (domaine Léon Barral – Languedoc) sur la biodiversité,
  • Olivier Humbrecht (domaine Zind-Humbrecht – Alsace) pour un regard sur la biodynamie.

Suit un tour de France des régions de la (seule) France, pointant des renseignements techniques sommaires (superficie, climat, principaux cépages, géologie, production…), quelques vignerons et domaines mis en exergue ainsi que quelques unes de leurs cuvées parmi les plus notables.

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Les articles, d’une plume claire et concise, pédagogiques mais sans prise de tête, constitueront une solide approche pour les novices de toutes options (biologique, biodynamique, nature, classique…), voire une piqûre de rappel pour les plus avertis.

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Un ouvrage qui sans doute se compulse plus qu’il ne se lit. Mais avec plaisir et intérêt.

De quoi vous donner l’envie d’ouvrir une quille pour en parcourir les pages, par ailleurs joliment et richement illustrées.

Olivier Mercier.

Traité de jajalogie, production 180°C et 12°5, Thermostat 6 éditions, Paris, novembre 2018, 208 pages.
Textes : Pierrick Jégu. Dessins et infographie : Bénédicte Govaert.
Prix de vente (France) : 25 €.

Sommaire :

  • Comprendre
    • A propos des vins naturels
    • Les différentes philosophies
    • L’histoire du vin vivant
    • La place des vins naturels aujourd’hui
    • Les vins d’une tribu ?
    • Et les A.O.C. dans tout çà ?
  • Faire
    • La vigne
      • Les cycles de la vigne
      • Le matériel végétal
      • Le travail du sol
      • Le travail sur le végétal
      • Les maladies et leurs traitements
      • Les vendanges
    • La cave
      • Les principes de la vinification
      • Les vinifications
      • La vinification chez les natures
      • La vinification chez les conventionnels
      • L’élevage
  • Boire
    • La dégustation
    • La conservation
    • Le service
    • Savourer
  • Jajaland

Suivent :

  • une sélection de vignerons et domaines,
  • un index,
  • une bibliographie.

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Le pinard des Poilus : Une histoire du vin en France durant la Grande Guerre (1914-1918).

Le vin est érigé dès le début de la guerre comme la boisson incontournable dans les rangs français.

L’étymologie de pinard vous conduit au cépage pinot.

Pour entrer dans le vif du sujet, voici quelques chiffres concernant la France de 1913 :
– consommation moyenne par habitant : 128 litres de vin (01),
– consommation moyenne globale : 38 millions d’hectolitres (alors qu’entre 1880 et 1913, la production vinicole s’échelonne en moyenne entre 50 et 70 millions d’hectolitres),
– 482.704 débits de boisson.

Fin XIX° siècle, l’hygiénisme social tient le haut du pavé. Mais il condamne le vin falsifié, pas le vin naturel, boisson considérée comme saine et hygiénique. Le corps scientifique soutient que le vin loyal, franc et pur est bénéfique pour le corps et pour l’esprit lors d’un usage modéré, le moins nocif en cas d’abus. Un litre par jour est la norme médicale pour un homme de bonne constitution.

 

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Début 1915 la ration quotidienne d’un poilu passe de 0,25 à 0,5 litre de vin (outre 0,125 litre d’eau-de-vie au front) sans oublier la possibilité d’autres sources d’approvisionnement sur fonds propres. Dans les faits, elle augmentera jusqu’à un litre (outre 0,625 centilitre d’alcool).

Globalement, la consommation du poilu va donc crescendo :
– 1915 : 5,5 millions d’hectolitres, soit une livraison quotidienne de 15.000 hectolitres de vin,
– 1916 : 12 millions,
– 1917 : 12 millions,
– 1918 : 15 millions.

Aussi la surproduction d’avant-guerre trouve-t-elle un débouché. Mais après celle de 1914 (abondante car atteignant toutes zones de production confondues les 66 millions d’hectolitres), les récoltes ultérieures sont sérieusement compromises (01).

Les prix s’alignent alors hors normes. La spéculation joue à plein régime. Les profiteurs de guerre s’engraissent.

Les autorités civiles et militaires ont dès lors recours à la réquisition.

Néanmoins, le marché national étant devenu inapte à fournir en quantité suffisante, elles se tournent vers d’autres pays tel l’Espagne, le Portugal, la Grèce, l’Argentine.

Mesure toujours insuffisante, elles veilleront en dernier ressort à l’exploitation intensive des vignobles du Midi et de l’Algérie.

 

Les consignes étaient de « couper » le vin afin qu’il ne dépasse pas 9°.Vin mouillé, droguassé, bromuré selon la rumeur, trafiquoté, remonté, viné, tourné… il est de faible qualité, celle-ci se dégradant de manière constante au fur et à mesure que le conflit s’enlise.

 

Le vin est érigé dès le début de la guerre comme la boisson incontournable dans les rangs français, le vin de la fraternité instrumentalisé par le discours officiel : tant il est vrai que sont nécessaires la désinhibition entretenue par la consommation d’alcool, la sociabilité, la solidarité, la cohésion de groupe en découlant.

 

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En contrepartie, l’alcoolisation de masse des troupes entretenue par les autorités militaires est un ferment de désordre tant l’enivrement est répandu, source de rébellion, insubordination, rixe, meurtre, pillage… Mais – ambiguïté – les interdictions de celles-ci ne concernent pas le vin, toujours considéré comme boisson hygiénique. Le commandement demeure impuissant devant ce fléau : l’ivresse est à la base de la majorité des dossiers renvoyés devant les Conseils de Guerre.

Cette suralcoolisation crée des troubles de l’esprit, avec envoi en désintoxication, sevrage… Le problème est occulté par la complicité entre autorités militaires et  services de santé.

Certes l’alcoolisme est difficile à mesurer parmi tant d’autres troubles psychiques naissant de la guerre. Néanmoins l’antialcoolisme devient valeur patriotique mais – encore et toujours – ne concerne pas le Père Pinard toujours considéré comme une boisson saine.

Mieux, si l’on peut dire… En suite de l’armistice de 1918, le vin devient le pinard de la victoire, un breuvage patriotique. Avec le retour de l’Alsace-Lorraine, il est qui plus est érigé en pinard de la revanche.

 

Revoyons quelques chiffres énoncés ci-dessus mais envisagé en 1921 :
– consommation moyenne par habitant : 140 litres,
– consommation moyenne globale : 44 millions d’hectolitres.

 

Conséquence juridico-économique importante du conflit : la promulgation de la loi du 6 mai 1919 relative à la protection des appellations d’origine qui vise à la définition de la qualité du vin et vise à sa protection et ce dans un cadre de reconquête des marchés internationaux perdus alors que le protectionnisme et le prohibitionnisme sont de plus en plus présents, outre le contexte de crise économique.

 

Tel est le résumé drastique d’un ouvrage quelque peu redondant lequel voit certes par le petit bout de la lorgnette la « der des der » mais qn’en est pas moins riche d’enseignement sous maints aspects.

Surtout, il n’oublie pas de rappeler les horreurs de la guerre dit « grande ».

 

Olivier Mercier.

 

Christophe Lucand, Le pinard des Poilus : Une histoire du vin en France durant la Grande Guerre (1914-1918), Editions Universitaires de Dijon, Dijon, 2015, 170 pages.

 

01. Avec parfois plus de 200 litres dans certains départements.

02. Production pour la seule métropole en 1914 : 59,8 millions d’hectolitres. 1915 : 20,5. 1916 : 36. 1917 : 38,5. 1918 : 45.

 

fraternité

Vignobles d’Ile de France – Deux siècles de viticulture (XIXe et XXe siècles).

On ne peut que féliciter les initiatives tendant au renouveau du vignoble.

La lecture de la somme de Dion Roger (01), qu’est « Histoire de la Vigne & du Vin en France – des origines au XIX° siècle », avait attiré mon attention sur l’ancienneté du vignoble dit « de France » – dont le sens était bien éloigné de l’actuel (02) – et dont la partie centrale correspondait aux vins de Paris.

Du XII° au XV° siècle, Paris était entourée d’une véritable ceinture de vignes, surtout sur les coteaux.
Ce vignoble célébré comme étant parmi les meilleurs du royaume, abreuvant les tables royales et vendu à l’exportation jusqu’au monde scandinave, a perduré pendant 15 siècles.

 

C’est – si je puis dire – en chinant sur internet que j’ai découvert ce livre de Gilles Ragache (03), plaisant à lire, intéressants sous maints aspects, fourmillant d’informations et illustrations.

Je vous en livre la substantifique moelle à charge pour vous – si vous le souhaitez – de vous informer plus amplement.

 

L’existence de ce vignoble est attestée dès le IV° siècle par l’empereur Julien dit l’Apostat, le décrivant comme excellent.

Pour le surplus, rapprochons-nous de la période étudiée.

 

Suite au terrible hiver de 1709, le vignoble n’a pas nécessairement été reconstruit avec des cépages de qualité, d’où une orientation partielle vers la quantité plutôt que la qualité.

 

Vignes de Belleville, Menilmontant et Charonne (1790).
Vignes de Belleville, Menilmontant et Charonne (1790).

 

1799-1815 : le vignoble francilien n’a rien d’anecdotique car il constitue l’un des plus importants de France. Ainsi, Argenteuil est la première commune viticole de France (1.000 hectares en production pour superficie totale de 1.700).

La vigne prospérait aux portes de Paris dans la grande périphérie constituée de faubourgs semi-ruraux, voire intra muros dans les jardins et parcelles rurales.

Le Première Empire voit l’apogée de ce vignoble par la superficie : plus de 40.000 hectares dans les limites de l’actuelle Ile-de-France. La prospérité se poursuit sous la Restauration et la Monarchie de Juillet : en 1838, la superficie exploitée s’est maintenue.

 

Dès après, le vignoble décline : en moins de deux siècles son activité deviendra anecdotique, folklorique.

Les causes sont multiples, telles :

  • Les usines, activités polluantes, bruyantes ou encombrantes qui sont rejetées en périphérie, entraînant l’industrialisation de la banlieue,
  • Les premiers chemins de fer qui empiètent sur les terres agricoles, sans oublier les dépôts et travaux tels que ponts, viaducs, tunnels, remblais, gares… Mais aussi, qui amènent les vins d’autres régions : viendra l’arrivée massive des vins du Midi et d’Afrique du nord
  • La forte urbanisation, avec ses routes, ses lotissements divers dont des cités ouvrières d’un côté, la construction d’hôtels particuliers et de villas privées d’autre part,
  • La création d’une ceinture complète de fortifications autour de Paris (1874-1885),
  • L’ouverture de carrières, sablonnières, galeries qu’impliquent tous ces travaux,
  • La guerre franco-prussienne de 1870-1871, suivie de la Commune de Paris de mars à mai 1871,
  • Les maladies de la vigne que sont oïdium, mildiou, phylloxera, black-rot et qui furent autant de coups décisifs.

 

Conséquence du déclin, la fabrication et la commercialisation de vins trafiqués, artificiels détournera une partie de la clientèle.

Les faibles rendements liés à un entretien chichement mesuré amèneront pour leur part une amorce d’exode rural, une désaffection envers l’agriculture quant aux terres les plus pauvres.

 

Aussi, fin du XIX° siècle, la superficie est réduite de 2/3 en quelques trente années. Mais recul ne signifie pas anéantissement : en 1900 subsistent 12.000 hectares. L’activité n’est donc pas marginale sauf dans Paris même de par la pression foncière. Mais dans les régions demeurées rurales, la vigne persistait, mais une tendance à une décroissance globale certes mais aussi une belle résistance dans les communes les plus favorables.

 

Pendant la guerre de 1914-1918, l’Ile-de-France ne profita pas de la production de masse de « pinard » acheminée sur le front à l’attention des soldats.

 

Durant l’entre deux guerres, le monde rural entre désormais en régression rapide. 1930 connaît le point le plus bas : 250 hectares en production en Ile-de-France. Suit en 1935 une campagne d’arrachage décrétée dans l’ensemble du pays.

 

Concomitamment, le vignoble fait montre d’une survivance certes plus culturelle que relevant d’une production réelle. Cette volonté de renouer avec la tradition se concrétise notamment par la vigne de Montmartre plantée en 1933 et récoltée en 1934.

 

Tout ceci n’empêche pas qu’en 1943 la France danse sur les paroles de Jean Dréjac : « Ah ! Le petit vin blanc ».

 

Quoi qu’il en soit, en 1950 la consommation de vins d’origine francilienne est locale, familiale alors que la France entre dans une orientation de productivisme. Un recensement de seulement quelques 420 hectares est effectué.

1950-1960 correspond au remembrement, à l’apparition des Zones à Urbaniser par Priorité et Zones d’Aménagement Concerté, à la construction des autoroutes, aéroports. Suivirent les implantations de grandes surfaces commerciales, Zones Industrielle et autres villes « nouvelles ». En 1960 subsistent quelques 300 hectares.

Concomitamment la vigne est en recrudescence de la vigne, manifestation d’une volonté de maintenir une tradition viticole multiséculaire. Il s’agissait d’initiatives ponctuelles, individuelles. Puis suivirent des collectivités, des associations, des confréries (04).

1970 correspond à l’apparition des premières mouvances écologiques concrétisées notamment par l’aménagement d’espaces verts et de lieux de sociabilité dans une optique de convivialité, d’entraide, de solidarité (activités caritatives via les bouteilles mises aux enchères) sans oublier l’aspect festif.

 

La démarche peut certes parfois s’avérer purement symbolique. Mais elle ne relève en rien d’un folklore parisien, d’une nostalgie boboïsante. L’on veut au contraire renouer culturellement avec le passé, préserver une identité. Et l’expansion du vignoble francilien se double d’une professionnalisation soucieuse de qualité, ce qui pourrait impliquer une mise en ordre voire – qui sait – l’intervention d’un cadre légal.

 

Quoi qu’il en soit, on ne peut que féliciter les initiatives tendant au renouveau du vignoble, que ce soit à Paris, en Ile-de-France, Bretagne, Normandie, Nord – Pas-de-Calais, Belgique ou Pays-Bas.

 

Olivier Mercier.

 

A noter :

La lecture de l’ouvrage de Larchiver Maurice « Vins, vignes et vignerons – Histoire du vignoble français » (05) devrait donner de plus amples informations sur le sujet. Je parle au conditionnel car le livre est en attente de lecture, ne l’ayant que compulsé.

A noter que ce même auteur a écrit spécifiquement « Vin, Vigne et vignerons en région parisienne du XVIIe au XIXe siècle » (06) mais je n’ai pu me procurer le livre.

Nombre d’informations aussi dans Garrier Gilbert « histoire sociale et culturelle du Vin ».

 

Plan de Paris par M. Mérian 1618.
Plan de Paris par M. Mérian (1618).

 

(01) Dion Roger, Histoire de la Vigne & du Vin en France – des origines au XIX° siècle, Paris, C.N.R.S. éditions, 2010, 768 pages.

(02) Le vin dit « de France » provenait de l’Ile de France et d’une partie de l’Oise et du Laonnais.

(03) Ragache Gilles (avec la collaboration de Hervé Luxardo), Vignobles d’Ile de France – Deux siècles de viticulture (XIXe et XXe siècles), Etrepilly, Presses du Village Edition Francilienne, 2005, 143 pages.

(04) Que l’on peut actuellement ventiler à raison d’1/3 en vignobles privés et 2/3 en vignobles d’associations ou de communes.

(05) Larchiver Maurice, Vins, vignes et vignerons – Histoire du vignoble français, Paris, Arthème Fayard, 1988, 714 pages.

(06) Larchiver Maurice, Vin, Vigne et vignerons en région parisienne du XVIIe au XIXe siècle, Société historique et archéologique de Pontoise, du Val-d’Oise et du Vexin, 1982, 957 pages.

(07) Garrier Gilber, histoire sociale et culturelle du Vin, Larousse in extenso, 2008, 767 pages.

 

 

Picpoul : un cépage, une A.O.C., un livre.

La plus importante A.O.C. en vins blancs tranquilles du Languedoc.

21583097-24572193Penchons-nous dans un premier temps sur le cépage picpoul ou encore piquepoul.

 

Il est mentionné dès 1384 sous le nom de  picapoll.

En 1600, Oliver de Serres, dans son traité  » Le Theatre d’Agriculture et Mesnage des Champs » l’évoque : « Non-plus aujourd’huy ne sont indifferemment recogneus, par toutes les Provinces, les noms des raisins, dont l’on use le plus en divers endroits de ce Royaume, qui sont (…) Pique-Poule… ». Ce qui, par ailleurs, démontre qu’à l’époque existait déjà des difficultés quant à la reconnaissance des variétés via leur nom.

Le philosophe John Locke, dans son ouvrage “Observations upon the Growth and Culture of Vines and Olives; The Production of Silk; the Preservation of Fruits” (1766) relate :  » They have about Montpellier these following sorts of grapes (…)  25. Piquepoul (…) black and very sweet, good for wine and for eating ».

Le picpoul, un cépage noir ?

Henri Marès, dans sa « Description des cépages principaux de la région méditerranéenne de la France » ( 1890) précise l’existence de trois variétés : noire, rose ou grise, blanche (01) : « La variété noire est la moins répandue ; la rose est la plus cultivée ; la blanche tend à se répandre (…) Les communes de Pomerols, Pinet, Mèze (…) Florensac (…) forment, sous le nom de vignobles de la Marine, le centre de la grande culture des Piquepouls ». Quant au « (…) piquepoul blanc : on le cultive plus spécialement dans les communes de Pinet et de Pomerols ».

Les variétés grise et noire ne sont quasi plus cultivées. Voici quelques données pour l’ensemble de la production en France  :

  • picpoul blanc : 1.529 hectares en 2011, 1.600 en 2013,
  • gris : 2 en 2011, moins de 2 en 2013,
  • noir : 60 en 2011, moins de 60 en 2013.

 

Voici pour le cépage. Qu’en est-il de l’actuelle Appellation d’Origine Contrôlée ?

 

DSCN27191923 : création de la cave coopérative de Pinet (02).

1945 : classement de  Piquepoul de Pinet  comme vin blanc du Languedoc.

1954 : Picpoul de Pinet  accède au rang de Vin Délimité de Qualité Supérieure déjà pour les seuls vins blancs, cependant alors élaborés au moyen des cépages suivants : picpoul blanc (70 % minimum), terret blanc (20 % minimum), clairette blanche ou rose (5 % minimum) (03).

1985 : accession à l’ A.O.C. Coteaux du Languedoc laquelle peut être complétée par le nom de Picpoul de Pinet, le vin étant désormais vinifié avec le seul picpoul blanc.

1992 : le syndicat de défense dépose un dossier auprès de l’Institut National des Appellations d’Origine pour une reconnaissance en A.O.C. spécifique.

1994-1995 : mise en place d’une bouteille syndicale exclusive dite « Neptune » : une flûte de type colonne dorique agrémentée de la croix du Languedoc et, en collerette, de vaguelettes (04).

2009 : la désormais A.O.C. Languedoc peut être complétée par la dénomination géographique Picpoul de Pinet en vin blanc tranquille.

2013 : l’ A.O.C. spécifique Picpoul de Pinet voit le jour (05) précisant qu’il y va de vins secs (06) dont les conditions de production sont devenues plus restrictives.

2017 :  L’A.O.C. est enregistrée et protégée au niveau européen.

 

Nous voici pas bien loin des rivages de  la Méditerranée, au fond du Golfe du Lion, au nord de l’Etang de Thau , au cœur du triangle Agde-Pézenas-Sète (07).

Le vignoble se déroule en pente douce vers l’Etang sur six communes du département de l’Hérault :

  • Castelnau-de-Guers,
  • Florensac,
  • Mèze,
  • Montagnac,
  • Pinet et
  • Pomérols,

bénéficiant d’un sol à haute teneur en calcaire et d’un microclimat méditerranéen très sec.

D’aucuns aiment à préciser que la zone géographique est divisée par l’antique et romaine via Domitia. Plus prosaïquement, elle l’est par l’A9. Voilà donc une opportunité d’arrêt et de découverte sur la route du Sud.

 

Picpoul de Pinet dénombre une surface en production de 1.400 hectares pour 2.400 actuellement délimité en A.O.C . Le cépage est donc quasi exclusivement cultivé dans cette seule aire géographique (voir ci-avant).

 

Les volumes commercialisés en A.O.C. ont très sensiblement augmenté :

  • 1975 : 2.800 hectolitres,
  • 1983 : 8.800,
  • 1985 : 13.000,
  • 1992 : 15.000,
  • 2017 : 77.000.

Aussi  est-ce la production la plus importante en vins blancs tranquilles du Languedoc-Roussillon : 61 % (08)

 

Situation aidant, le Picpoul de Pinet – habituellement commercialisé dans sa prime jeunesse – s ‘accorde de par son acidité avec les produits de la mer : coquillages (pensez aux locales huîtres de Bouzigues) , poissons, crustacés… Ou encore une tielle sétoise. Voire des moules en brasucade !

Mais au delà des accords marketé, ne vous désintéressez cependant pas du gras des fromages et charcuteries (ma foi, un saucisson au camembert…), voire une terrine landaise au foie gras de canard de la maison Jacques Barthouil.

 

Picpoul-de-PinetEvoquons enfin le livre : « Picpoul de Pinet, une odyssée viticole en Languedoc » (09). Le présent article est redevable d’un ouvrage réalisé à l’initiative du Syndicat des Vignerons de Picpoul de Pinet et du Conseil Interprofessionnel des Vins du Languedoc. Publication de commande certes mais de qualité, qui traite le sujet sous maints aspects, et avec franchise. Bellement illustrée qui plus est. En voici quelques éléments.

Fin du XVII° siècle, les vins de l’Etang de Sète fournissent la flotte française : l’expression « vignobles de la Marine » ou « la Marine » est née.

Le picpoul est un cépage tardif à pellicule fine sensible au botrytis. Faut-il dès lors s’étonner qu’à partir du XIX° siècle, il a été décliné en vin blanc liquoreux, moelleux ou doux (10) ?

Diversification encore et toujours : la première moitié du XIX° siècle voit apparaître la fabrication d’imitation de vins espagnols et portugais (Malaga, Madère, Jerez, Porto) à échelle industrielle. Le cépage y trouve un débouché important en volume, rapide en mise sur le marché et financièrement profitable.

Dans cette optique, durant la seconde moitié, le picpoul fournit majoritairement la matière première et qualitative des vermouths, apéritifs à base de vin et vins de liqueur confectionnés autour de l’Etang de Thau (Noilly-Prat, Saint-Raphaël…).  En 1953, les vermouthiers de Sète et les grands maisons d’apéritif (Dubonnet, Cinzano) permettent encore et toujours aux vignerons de sauver pécuniairment la mise :  la production de tels produits totalise 24 millions de bouteilles. Mais les années ’60 voient la chute libre de leur consommation. Cependant,  2/3 de la récolte encore vendu sous cette forme. Mais l’apparition du tourisme de masse et la création ex nihilo de la Grande-Motte (1965) et du Cap d’Agde (1970) changeront la donne vers plus de visibilité du cépage et de l’A.O.C.

 

Je me souviens d’un Picpoul de Pinet dégusté voici plus de vingt ans à la table d’un restaurant de Saint-Valéry-sur-Somme (si ma mémoire me sert bien). Une madeleine de Proust aux senteurs d’aubépine et de citron en quelque sorte.

Pourtant, au delà des quelques vignerons indépendants, des incontournables coopératives en accordailles avec  l’omniprésent négoce, c’est désormais hors de l’A.O.C. que j’apprécie la spontanéité du picpoul, certes alors difficile à dénicher. Mais qui cherche trouve…

Tenez !  Opi d’Aqui (Philippe Formentin) Pique Poule 2014 vin de France blanc. Un 100 %  picpoul récolté à… Pinet. Levures indigènes, vinification sans intrant, partiellement en barrique, ni filtration ni collage, pas de SO2 ajouté. Des notes herbacées. Sec. Frais. Que demander de plus ?

 

Buvez curieux !

 

Olivier Mercier.

 

N.B. : Opi d’Aqui (Philippe Formentin) Pique Poule 2014 a été dégusté aux Indigènes à Perpignan.

 

Bouzigue. Etang de Thau. Sète.

 

(01) Piquepoul blanc et gris sont des mutations du piquepoul noir.

(02) Dont Noilly-Prat achète l’intégralité de la première récolte.

(03) Ce passage ne sera pas un succès immédiat : seront déclarés en V.D.Q.S. en 1954 4.000 hectolitres soit 1 % de la production des vins blancs de la région de Pézenas et en 1955… 1.000 hectolitres.

(04) Elle est utilisée pour plus de 80 % des volumes commercialisés.

(05) L’étiquetage des vins peut préciser l’unité géographique plus grande Languedoc. L’émancipation n’est donc pas totale.

(06) La teneur maximale après fermentation en sucres fermentescibles (glucose et fructose) est de 3 grammes par litre.

(07) Autant savoir : l’Etang de Thau et le lido de Sète à Agde sont classés Natura 2000.

(08) Ces chiffres 2017 se ventilent ainsi : France 35 %, export 65 % (soit 57 % au Royaume-Uni, 11 % aux Etats-Unis et 8 % aux Pays-Bas). L’effet vacance ?

(09) Picpoul de Pinet, une odyssée viticole en Languedoc – texte de Marc Médevielle, photos d’Emmanuel Perrin, éditions de la Martinière, 2018, 144 pages, 25,00 euros

(10) Ce type de vinification (en Vin de Table) est toujours évoqué comme d’actualité dans Pierre Casamayor et Hubert Monteilhet, Vignes et vignerons du soleil. Des collines basques à la vallée de l’Hérault, éditions de Fallois, Paris, 1994.

A la rencontre des cépages modestes et oubliés – L’autre goût des vins.

Buvez singulier ! Buvez inusité !

L’ouvrage donne d’emblée le ton : « (…) sur les 9.600 cépages recensés dans le monde  (…) on compte 267 cépages de raisin de cuve autorisés en France – sans compter ceux qui n’ont pas obtenu d’autorisation – dont seulement dix représentent à eux seuls plus de 70 % de la surface plantée en vignes et sont à l’origine de 80 % de vins produits… » Plus loin : ‘Peu de cépages sont  réellement utilisés (…) On estime que vingt cépages font 90 % des vins… contre 53 % (…) en 1958″.

 

Parmi les causes de la diminution de cette diversité,  les appellations et leurs cahiers des charges. Un exemple ? Cahors.

 

En 1951, un arrêté fixe les conditions d’attribution du label V.D.Q.S. aux vins de Cahors. Sont acceptés les cépages suivant :

  • auxerrois (ou malbec) : 70 % minimum,

(plants complémentaires : )

  • dame noire,
  • mauzac,
  • sémillon,
  • gamay du Lot,
  • Valdiguié (ou gros auxerrois).

En 1966 sont modifiés les conditions d’attribution du label V.D.Q.S. :

  • cépage principal dans la proportion minimum de 70 % : cot
  • cépages d’appoint dans la proportion maximum de 30 % : jurançon rouge, merlot rouge, abouriou, tannat et syrah, ces deux derniers ne pouvant représenter que 10 % au maximum de l’encépagement.

1971 : Cahors obtient l’A.O.C. aux conditions suivantes :

  • cot (ou malbec) dans une proportion minimum de 70 %,
  • cépages d’appoint dans une proportion maximum de 30 % :
    • jurançon rouge,
    • merlot rouge,
    • tannat,
    • syrah (ces deux derniers ne pouvant constituer ensemble que 10 % au maximum).

Les conditions d’encépagement sont modifiées en 1979 :

  • Cépage principal dans la proportion minimale de 70 % : cot,
  • Cépages secondaires dont l’ensemble ne peut dépasser la proportion maximale de 30 % :
    • jurançon noir dont la proportion est limitée à 10 % à partir de la récolte 1990,
    • merlot noir et tannat, la proportion de chacun de ceux-ci ne devant pas dépasser 20 % de l’encépagement.

En 1992, les règles s’avèrent désormais les suivantes :

  • 70 % malbec minimum,
  • 30 % maximum merlot et/ou tannat (11), les vignes plantées en jurançon noir n’ayant plus droit à l’A.O.C. à partir de la récolte 1996.

Pour en terminer : statu quo lors des modifications de 2009 et 2011.

 

Qui a écrit que la notion de cépage est indissolublement liée à celle de terroir au sens large ?

 

Pour la partie centrale du livre, le plan se déroule quasi systématiquement suivant le triptyque cépage/vigneron/cuvée.

La sélection des raisins présentés – dont je vous livre le détail ci-dessous avec quelques synonymes ou autres graphies – ne doit pas masquer que la publication en évoque incidemment bien d’autres :

  • Abouriou
  • Aligoté doré
  • Altesse
  • Aramon
  • Arbane
  • Arrouya
  • Aubun
  • Beurot/pinot gris
  • Brachet
  • Camaraou
  • Carignan noir et blanc
  • Carmenère
  • Castets
  • César/romain
  • Chatus
  • Cinsaut/cinsault
  • Clairette du Languedoc
  • Corbeau/douce noire
  • Counoise
  • Duras
  • Dureza
  • Enfariné
  • Erremaxaoua
  • Etraire de l’Aduï/étraire de la Duy
  • Fer servadou/pinenc/braucol
  • Fié gris/sauvignon gris
  • Genouillet
  • Gouais
  • Grolleau (de Cinq-Mars)
  • Loin de l’œil/l’en de l’el/ l’en de lehl
  • Mailhol noir, gris et blanc
  • Mancin
  • Manseng noir
  • Mauzac blanc
  • Mollard
  • Mondeuse blanche, grise ou noire
  • Mornen
  • Négrette
  • Œillade
  • Ondec
  • Orbois/arbois/verdet/menu pineau
  • Persan
  • Petit meslier
  • Petit verdot/lambrusquet
  • Pineau d’Aunis/chenin noir
  • Piquepoul blanc/picpoul
  • Ploussard/poulsard
  • Prunelard/prunelart
  • Ribeyrenc noir, blanc, gris et rose/rivairenc/aspiran
  • Romorantin
  • Savagnin rosé/klevener de Heiligenstein
  • Sylvaner
  • Terret blanc, gris et noir
  • Tibouren
  • Tressallier/sacy

 

Trois exceptions dans cet exposé particularisé, pour une approche plus globale :

  • Cépages rares parmi les 13 reconnus en Châteauneuf-du-Pape,
  • La complantation et le vignoble alsacien,
  • Les cépages corses et la ‘riacquistu’ (01).

 

Je vous livre une brève sélection de quelques vigneron(ne)s :

  • La négrette du château Plaisance ‘Tot Çò Que Cal’,
  • l’abouriou du château Lassolle (Stéphanie Roussel) ‘Le Rouge qui Tache’ ,
  • La Sorga (Antony Tortul) ‘Ah(!) Ramon(!)’,
  • Lise et Bertrand Jousset  pour leurs cuvées ‘(Macération de) Menu Pineau’,
  • Domaine Ledogar (Xavier et Mathieu Ledogar) ‘Carignan Blanc’,
  • Domaine du Cellier des Cray (Adrien Berlioz) ‘Octavie’ 100 % persan,
  • le romorantin de Brendan Tracey.

 

Cette ‘Rencontre’ se révèle documentée, instructive sous bien des aspects, notamment dans ses ‘éclairages liminaires’. La voilà glissée dans ma bibliothèque, à portée de main.

 

En synthèse : buvez singulier ! Buvez inusité !

 

Olivier Mercier.

 

(01) C’est-à-dire ‘réappropriation’.

 

A la rencontre des cépages modestes & oubliés – L’autre goût des vins, sous la direction d’André Deyrieux, éd. Dunod, collection ‘Hors collection’, octobre 2016, 228 pages.

Association des Rencontres des Cépages modestes

Site : http://rencontres-des-cepages-modestes.com/

Courrier électronique : cepages.modestes@gmail.com

Page FaceBook: https://www.facebook.com/Rencontres-des-c%C3%A9pages-modestes-224636890922595

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Alice Feiring : Skin Contact – Voyage aux origines du vin nu.

Un livre indéniablement sincère.

Alice Feiring est plus particulièrement connue par chez nous via ses deux précédents ouvrages :

  • La Bataille du vin et de l’amour – Comment j’ai sauvé le monde de la parkerisation,
  • Le Vin nu.

Le vigneron ligérien Thierry Puzelat dans la préface du présent livre la décrit comme  » emmerdeuse » ou encore « (…) diva américaine du vin naturel ou (…) sorcière maléfique du vin industriel ».

Quant à l’auteure, dès l’introduction, ses propos sont sans ambigüité : « promouvoir les défavorisés, chercher à préserver une authenticité perdue à une époque où tout devient industriel, telle est ma mission. Et c’est cette mission qui fait ma réputation (…) J’avais une nouvelle cause du vin à défendre. Je m’assignai la noble tâche de prodiguer amour et attention à ces vins naturels de tradition… (je suis) Une puissante et intrépide guerrière prête à tout pour protéger ce qu’elle aime ».

Voila le décor planté !

Alice Feiring nous propose un « Voyage aux origines du vin » en l’occurrence la Géorgie. Le berceau de la  viticulture se trouve effectivement fort vraisemblablement dans la région du Caucase. La plus vieille  culture viticole au monde aurait quelques 8.000 ans au compteur…

De ce pays, histoire, culture, géographie, géologie, religion, traditions, cuisine (l’ouvrage comprend quelques recettes)… sont évoqués, ainsi que – et surtout – ses vins (et leur futur).

Les cépages autochtones s’y dénombrent à quelques 525 espèces.

Parmi les traditions toujours vivantes: le qvevri, soit une énorme jarre en terre cuite enterrée.

La méthode géorgienne de vinification à l’ancienne dans des kvevris est inscrite depuis 2013 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’Unesco :  « Le kvevri est un récipient en argile en forme d’œuf utilisé pour vinifier, laisser vieillir et entreposer le vin (…) Le vin joue un rôle important dans la vie quotidienne des Géorgiens et dans la célébration des rituels et des événements laïques ou religieux. La cave à vin est encore considérée comme le lieu le plus sacré du foyer. La tradition de la vinification en kvevri définit le mode de vie des communautés locales et constitue une part indissociable de leur identité culturelle et de leur héritage, les vignes et le vin étant évoqués dans les traditions orales et les chansons géorgiennes ».

A noter que les autorités locales consacrent des fonds à la promotion des vins issus de cette tradition.

 

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Qu’est-ce qu’un » vin nu » ?  On pourrait le définir comme étant un vin biologique issu  de la viticulture traditionnelle la plus naturelle possible,  non interventionniste : rien n’est ajouté, rien n’est retiré au jus. Un vain « sain et honnête », dixit Alice Feiring.

Pourquoi « Skin contact » ? L’usage local est celui de la macération pelliculaire , laquelle se caractérise par le contact prolongé du jus avec la peau des raisin. Le résultat le plus étonnant en est le vin dit orange, où le cépage blanc est vinifié comme un cépage rouge. D’où la couleur ambrée.

Tel vin est hors sentiers battus. Mais c’est là justement un de ses intérêts. Et  je ne peux que vous engager à l’essayer, si ce n’est déjà fait !

Voici un livre parfois peu brouillon, certes. Mais indéniablement sincère. Et qui nous ouvre – notamment de par ses nombreuses informations –  bien des portes.

Olivier Mercier.

 

Josko Gravner.

 

Editions Nouriturfu, Paris, 2017, 189 pages.