Voir Naples et discourir (seconde partie).

Et tout doucettement appréhender l’âme napolitaine…

Et toujours pas l’ombre d’une pizza écrivais-je.

 

Une adresse conseillée à diverses reprises pas bien loin de la piazza Cavour : Lombardi 1892 (06).

Le personnel parle français et nombre de consommateurs le parlent aussi. Fort heureusement, peu à peu, la clientèle italienne prend le dessus.

Pour entamer le repas, une bonne cuivrée de caractère de la micro-brasserie napolitaine K-Birr. Renseignée comme de type american pale ale, elle arbore le logo Cuore di Napoli soit – si j’ai bien compris – un mouvement multiforme essentiellement socio-artistique visant à mettre en valeur l’appartenance à la ville parténopéenne.

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Et deux pizze, deux !

Pour elle : à la morue marinée (baccalà), délicate tomate aigre (pomodoro in agro), olives noires (olive nere) et rucola.

Pour moi : ripieno fritto farcie à la crème fleurette (fior di latte), ricotta, porc (cicoli), tomate (pomodoro), piment (pepe). Certes gustativement déroutant de par le mode de cuisson, visuellement guère aguichant, mais succulent.

Une constante : la fraîcheur des produits.

Le biancolella de la cantine Antonio Mazzella ‘Vigna del Lumé’ Denominazione di Origine Controllata Ischia 2017 a pour seul mérite de m’avoir fait connaître ce cépage blanc.

Pour la petite histoire, Ischia fait partie des quatre premières D.O.C. dont le cahier des charges a été officialisé en 1936 (07).

Service peu amène au début, plus souriant au fil de la soirée.  Cadre neutre, sans âme. Mais ici aussi, l’on chante en salle pendant le service. Et l’on en apprécie d’autant plus les mets.

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A proximité de la piazza del Plebiscito, la trattoria e pizzeria da Umberto (09) offre une terrasse qui, les beaux jours, doit offrir une belle vue sur la baie (plus précisément, les docks et les imposants bateaux de croisière) et le Vesuvio. En pénétrant dans la guère spacieuse salle carrelée de bleu, aux murs de pierre, où s’ouvre la cuisine et jacasse la télévision, l’on se sent directement dans son élément.

Quelques délicieux amuse-bouches à l’entame (pain grillé aillé et tomaté).

Le choix porte sur une entrée de la mer (primi di mare) composée de linguine, petites tomates (pomodorini), petits poulpes (polipetti) et aubergine (melanzana)

Il s’est porté également sur une pizza du pêcheur (alla pescatora) :  moules (cozze), palourdes (vongole) et calamar (calamaro).

On s’est tout simplement régalé tout en clôturant sur une superbe panna cotta à la fraise (fragola).

A propos de moules, le séjour a permis d’apprendre que celles-ci sont considérées comme un plat de pauvre…

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Pas de carte des vins :  les bouteilles sont exposées dans une niche murale. Malheureusement, une falanghina de la D.O.C. Campi Flegrei que j’avais pressentie ne nous sera pas servie pour cause de température inadéquate. Ayant de la suite dans les idées, je me rabats sur un flacon de la casa d’Ambra ‘Biancolella’ D.O.C. Ischia 2017. De par sa fraîcheur, il me réconcilie avec ce cépage (en réalité 85 % biancolella, 15 % forastera, san lunardo et uva rilla).

Gran Gusto (10) se déploie le long de l’axe routier qui sépare les docks de la ville, dans un cadre moderne, à la fois bar et épicerie au rez, cave et restaurant-pizzeria à l’étage.

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Est suggéré le poisson pêché du jour que l’on présente vendu au poids, en l’occurrence une baudroie (rana pescatrice) accompagnées de pâtes (pasta) napolitaines. Proposition acceptée sans regret car on s’en pourlèche encore les doigts !

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Baudroie (rana pescatrice).

Pas de carte des vins, et lorsque je demande un vin blanc en agriculture biologique – car tel était le but de ma visite en ces lieux car conseillés par l’application Raisin – l’on proposera sans précision aucune soit un greco soit un fiano. Et vous n’aurez pas plus d’explication si vous demandez en fin de repas un vin doux (vino dolce).

Le cantine di Marzo ‘Colle Serrone’ D.O.C.G. Greco di Tufo 2016 – en agriculture conventionnelle – s’est avéré loyal et marchand.

Je ne saurai en terminer sans évoquer le bar 7Bello (10) proche de la piazza Dante, pour y avoir siroté qui une Peroni qui un spritz à la saveur originale.

Aux tables, les habitants du quartier devisent. Au piano droit, la clientèle prend ou donne des cours. Et à qui viendrait l’idée de vocaliser, un C.D. de bel canto lui coupera la chique illico presto sous les lazzi du patron !

Et l’on se dit alors que – passé les premiers moments d’appréhension – on commence alors tout doucettement à appréhender l’âme napolitaine…

Olivier Mercier.

P.S. : en lisant les prix ci-dessous, n’oubliez pas qu’en restauration le couvert (coperto) est facturé quasi toujours en sus, ce qui est en principe annoncé. Quant au pourboire (servizio), il peut vous être facturé d’office.

(06)  Lombardi 1892

Via Foria, 12-14 à 80137 Naples.
Téléphone : +39 081 45 62 20
Coperto : 1 euro
K-Birr (33 cl) : 5 euros
Pizza baccalà : 9,5 euros
Ripieno fritto : 7,5 euros
Vigna del Lumé : 24 euros

(07) Conjointement avec Vernacchia di San Gimignano, Est !  Est !!  Est !!! di Montefiascone et Frascati.

(08) Trattoria e pizzeria da Umberto Primo

Via Cesario Console, 23 à 80132 Naples.
Coperto : 3 euros
Pizza  : 8 euros
Primi mare : 14 euros
Panna cotta : 4 euros
Casa d’Ambra : 25 euros
Pas de carte bancaire.

(09) Gran Gusto.

Via Marina, 5 à 80133 Naples.
Téléphone : +39 081 19 37 68 32
Coperto : 2 euros
Pâtes : 2 x 2,5 euros soit 5 euros
Baudroie : 31,90 euros le kilo/1,23 kilo soit 42,93 euros
Cantine di Marzo : 18 euros

(10) Bar 7Bello

Via Benedetto Croce, 8 à 80134 Naples.

Voir Naples et discourir (première partie).

Des produits frais, de qualité, travaillés simplement avec savoir-faire.

Rassurez-vous, je serai – relativement – concis.

 

Avant que d’embarquer, un Belge d’origine napolitaine confiait que la ville ne pouvait laisser indifférent, difficile à appréhender (et c’est peu dire) : soit on aime, soit on n’aime pas. Qu’en est-il de la cuisine, des produits locaux ?

 

La pizza naquit à Naples et seules la margherita et la marinara peuvent être considérées comme locales.

Depuis 2009, la pizza napolitaine (pizza napoletana) bénéficie d’ailleurs d’un statut (S.T.G.) reconnu de spécialité traditionnelle garantie (specialità tradizionali garantite) qui, pour sa confection, contraint les fabricants à en respecter un très strict cahier des charges.

Quant à l’art du pizzaiolo napolitain, il est inscrit depuis 2017 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

La pizza fritta est quant à elle particulière à la Campanie : une pizza calzone passée dans un bain d’huile bouillant.

 

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Caffé Mexico.

 

On commence par l’incontournable Caffè Mexico (01), celui implanté face à la station de trains Napoli Centrale et par lequel un passage s’impose pour commencer sa journée.

Espresso. Cappuccino. Mais aussi et surtout la locale et omniprésente sfogliatella. Saupoudrée de sucre ou non, confectionnée avec de la ricotta fraîche, cannelle, vanille, écorce d’orange, en forme de coquillage (aragostina) ou non, quelle que soit la pâte (feuilletée ou brisée), ce délice cale l’estomac pour toute la matinée.

 

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Sfogliatella.

 

Quittons la piazza Garibaldi pour nous rendre pas bien loin de là : Mimmi alla ferrovia (02).

Un établissement demeuré dans son jus : cadre un peu ampoulé, fresques au plafond, photos de clients célèbres, serveurs en gilet,  patron attablé avec journal et café…

 

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Le dévolu se porte sur le menu tradition (menù tradizione), obligatoirement pour deux personnes.

En entrée, une promenade napolitaine (passeggiata napoletana) – dégustation de la tradition (assagi della tradizione) en quatre parties :

  • fleur de courgette frite (fior di zucca fritti), ricotta,
  • aubergine (melanzana), parmesan (parmigiana),
  • côtelette (braciole),
  • anchois (acciuga),mozzarella.

Tout cela est généreux et bien exécuté.

Ravioli au loup de mer et sauce citron aux crevettes et calamar (raviolo con spigola et limone in salsa di gamberetti et calamari), plat qui fleure bon, d’une fine acidité.

Pâtes de Gragnano et sauce à la viande et oignon (candele di Gragnano con salsa a la genovese), Gragnano étant une bourgade réputée pour la fabrication de pâtes artisanales.

Morue, crème de pois chiche et chicorée (baccalà crema di ceci e scarole).

En bref, deux plats aux saveurs joliment associées.

En dessert ? Babà bien sûr puisqu’il figure parmi les desserts (dolci) typiques.

Une très jolie découverte que le Terredora Di Paolo ‘Fatica Contadina’ Denominazione di Origine Controllata e Garantita Taurasi 2012, très odorant, opulent, rond, long.

Dommage que le service – avenant par ailleurs – se fasse au lance-pierre.

Quoi qu’il en soit, voilà un établissement d’un excellent rapport quantité-qualité-prix.

Deux éléments le confirment.

Il n’est que de voir la clientèle venue en famille remplir progressivement la salle.

 

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Flânant dans le même coin, nous pénétrons dans la Vinicola (03), épicerie de quartier qui ne paie pas de mine, où l’on débite à la pompe dans des gobelets en plastique de la falanghina ou encore de la guarnaccia. Bon, honnête, loyal et marchand, d’un prix plus que compétitif, on en redemande, occasion de lier connaissance avec le patron et les clients et de discuter de nos gastronomies respectives. Tout cela pour signaler que Mimi à la ferrovia fait l’unanimité.

 

Dans un quartier animé, la Stanza del Gusto (04) vous fera changer radicalement de style et d’ambiance. Jeunesse, dynamisme et modernité.

Au vu des murs, l’on ne saurait ignorer dans quelle ville l’on se situe, de par les références répétées à Parthénope. Une des trois sirènes qui ont tenté – en vain – de charmer Ulysse et son équipage par leur chant, de désespoir, elle se suicide et  échoue à Naples. Son corps – parmi d’autres versions – serait enterré sous l’église San Giovanni Maggiore. L’adjectif partenopeo est parfois utilisé en lieu et place de napolitain.

 

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Revenons à nos moutons. Pour commencer, une craftbeer ‘Ma Però, non Si Dice’ (30 I.B.U.) de la brasserie maison  Kuoko Mercante. Annoncée comme une Belgian Ale confectionnée à base de coriandre (coriandolo), écorces d’orange (bucce di arancia), anis (anice) et cannelle (cannella), elle m’a laissé… perplexe.

Deux entrées avec de beaux produits servis copieusement.

Cos-cos : plat mixte de diverses et savoureuses préparations maison.

Abbracciami meglio (que je vous laisse traduire) : boule (ciambella) de mozzarella di bufala, tomate séchée (pomodori secchi), câpre (capperi), olive, tomate jaune (pomodoro giallo) et anchois (acciughe)

 

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Abbracciami meglio.

 

Pour suivre : lombes de boeuf (lombattelo di manzo) rôtis,  bien relevés par des poivrons verts marinés et une sauce à la crème aigre.

Carbonada : pâtes linguine, porc (cicoli), blanc d’oeuf (uovo) et truffe (tartufo) noire.

 

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Carbonada.

 

Carte des vins au verre mais pas à la bouteille. Demandez et l’on vous répondra.

Villa Matilde ‘Rocca dei Leoni Terre Cerase’ Indicazione Geografica Protetta Campania 2017. Un rosé d’aglianico qui fait son job pendant qu’on écoute le personnel chanter. Ne sommes-nous pas dans la ville de Caruso (05) ?

 

Premières constatations : pas de cuisine compliquée. Des produits frais, de qualité, travaillés simplement avec savoir-faire.

Et je ne saurai suivre Edmond et Jules de Goncourt lorsqu’ils considéraient que « certains livres ressemblent à la cuisine italienne, ils bourrent mais ne remplissent pas ».

 

Et toujours pas l’ombre d’une pizza… Il y aura donc une suite.

 

Olivier Mercier.

 

P.S. : en lisant les prix ci-dessous, n’oubliez pas qu’en restauration le couvert (coperto) est facturé quasi toujours en sus, ce qui est en principe annoncé. Quant au pourboire (servizio), il peut vous être facturé d’office.

 

(01) Caffè Mexico
Piazza Giuseppe Garibaldi, 72 à  80142 Naples.
Téléphone : +39 081 28 31 21
Espresso : 1 euro
Cappuccino : 1,4 euros
Sfogliatella : 1,2 euros

(02) Mimi alla ferrovia
Via Alfonso d’Aragona,  19-21 à  80139 Naples.
Téléphone : +39 081 553 85 25
Coperti : 0 euro mais service (servizio) : 14 euros (ce surcoût de 15 % est annoncé).
Menù tradizione : 35 euros
Terredora : 40 euros

(03) La Marca Gennaro (La Vinicola)
Via Martiri d’Otranto, 47 à 80141 Naples.

(04) La Stanza del Gusto
Via Costantinopoli,  100 à 80135  Naples.
Téléphone : +39 081 40 15 78
Portable :  +39  348 33 96 161
Coperto : 0 euro
Servizio : 0 euro
Bière (33 cl.) : 7 euros
Cos-cos : 20 euros
Abbracciami : 10 euros
Lombatello : 18 euros
Carbonada : 16 euros
Terre Cerase : 16 euros

(05) Enrico Caruso. Né et mort à Naples (25 février 1873 – 02 août 1921).