L’Indication Géographique Protégée Terres du Midi : premières vendanges en 2018.

Quand chacun voit midi (économique) à sa porte.

Une nouvelle Indication Géographique Protégée bientôt à disposition, si ce n’est déjà le cas.

Par arrêté du 2 août 2018 est édicté le cahier des charges de la nouvelle I.G.P. Terres du Midi.

Elle doit son contour géographique au «Midi Viticole»,  soit le Languedoc-Roussillon méditerranéen lequel se caractérise par une quasi-monoculture viticole du delta du Rhône à la frontière espagnole. Les racines fortes, le patrimoine historique sont indéniables quant aux quatre départements dont il sera question ci-après.

L’I.G.P. Terres du Midi est le résultat d’une démarche initiée en 2015 par la fédération héraultaise des I.G.P., aboutissant à la fusion des I.G.P. de département de l’Hérault, du Gard, de l’Aude et des Pyrénées Orientales (01).

Des années de négociations entre opérateurs, metteurs en marchés et syndicats des producteurs ont été nécessaires.

Cette I.G.P. voit le jour en réponse à une demande du négoce (02), avec comme objectif de créer une offre volumique d’environ 1,5 million d’hectolitres (on évoquera plus loin ce leitmotiv). Les acteurs ne s’en sont jamais caché : la stratégie était – et est toujours – uniquement économique afin de favoriser l’émergence de marques d’entreprise et ce dans l’intérêt et du négoce et de la production : en regroupant tous les volumes sous une même dénomination, sous une même marque régionale, collective forte, on propose une offre plus conséquente en I.G.P. d’assemblage pour des marchés de marques commerciales, et ce alors que les I.G.P. de département sont renseignées comme étant en difficulté.

Cependant dès 2016, la volonté de créer la future I.G.P. Terres du Midi est considérée comme une attaque en règle par l’I.G.P. pays d’Oc. (leader français des I.G.P.) (03) laquelle s’est prononcée contre telle initiative, d’autant plus que ces deux I.G.P. partagent exactement la même zone de production.

Certes, elles bénéficient de rendements maximum autorisés différents (04).

Mais il fallait trouver un terrain d’entente. Aussi la création de l’I.G.P. Terre du Midi a été présentée comme un projet de hiérarchisation de toute l’offre I.G.P. du Languedoc (et du Roussillon), face à une offre d’I.G.P. éparses, dispersées, soit globalement, de haut en bas :

  • Les A.O.C.,
  • Les I.G.P. de zones locales,
  • Les quatre I.G.P. de département (05),
  • L’I.G.P. pays d’Oc avec mention de cépage,
  • L’I.G.P. Terres du Midi sans mention de cépage,
  • Les Vins Sans Indication Géographique (V.S.I.G.) (06).

L’I.G.P. Terres du Midi met en avant sa vocation à devenir le socle de la pyramide de l’offre régionale des vins d’I.G.P. Languedoc-Roussillon, en entrée de gamme (on y reviendra). Cette restructuration a été considérée comme nécessaire dès lors que les I.G.P. de département sont dites en difficulté.

Deuxième élément souligné pour bien distinguer les créneaux respectifs des deux I.G.P. et éviter toute concurrence :

  • L’I.G.P. Terres du Midi se positionne à 100 % sur l’assemblage sans mention de cépage,
  • L’I.G.P. pays d’Oc se positionne en vin de cépage.

Ainsi la segmentation pyramidale se veut claire, les deux offres apparaissant comme complémentaires.

Mais en est-il bien ainsi ?

Pour le premier élément, est-ce plus compréhensible pour le commun des mortels de passer de trois à quatre niveaux d’I.G.P. ?

Le deuxième élément pose également problème :

  • Certes, le cahier des charges de l’I.G.T. Terres du Midi dans les conditions de présentation et d’étiquetage,  édicte que la mention d’un ou plusieurs cépages est strictement interdite (07),
  • Cependant il ne fixe pas de règle d’assemblage (on reviendra sur ce point). Rien n’interdit donc la création d’une cuvée en mono-cépage,
  • Dans l’I.G.T. pays d’Oc, on autorise (il s’agit d’une simple faculté) la mention d’un à plusieurs cépages pours les vins tranquilles blancs, rosés et rouge entre autres, et ce dans certaines conditions,
  • Ce dernier cahier des charges évoque effectivement une production en vin de cépage, mais dans les faits à raison de 90 %. C’est dire s’il est nombre d’exceptions.

Quant à ces deux éléments, l’avenir nous dira si le consommateur lambda perçoit bien ce double distinguo… Qu’est-ce qui distingue à la simple lecture d’une étiquette un vin décliné en I.G.T. Terres du Midi vinifié en mono-cépage sans mention de cépage d’avec un vin décliné en I.G.T. pays d’Oc vinifié en mono-cépage ou en assemblage mais sans mention de cépage(s) ? A part le prix éventuellement, ce consommateur lambda ne devrait pas chercher midi à quatorze heure…

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Le jeune syndicat des producteurs de Terres du Midi a explicité le positionnement de l’I.G.P. pour l’essentiel – en ce qui me concerne – en dix points.

Production de vins d’assemblage disponibles dans les trois couleurs.

Le cahier des charges de l’I.G.P. Terres du Midi :

*précise qu’elle est réservée aux vins tranquilles, rouges, rosés et blancs, lesquels peuvent être complétés de la mention « primeur » ou « nouveau » (08),

* présente les vins sous l’angle de la tradition des vins d’assemblage. L’I.G.P. s’exprime essentiellement par l’assemblage de cépages traditionnels de la région alors que l’implantation de cépages issus d’autres vignobles français a permis de diversifier et d’adapter la gamme des assemblages en fonction de la diversité des situations pédoclimatiques (voir point 5). L’I.G.P. s’est toujours affirmée comme une I.G.P. d’assemblage dans les trois couleurs.

* prévoit une large gamme de cépages autorisés (09),

Production de vins plaisants, accessibles, ‘initiatiques’, simples, pour des consommateurs débutants, faciles à consommer, d’un bon rapport qualité-prix, à consommer toute l’année.

Effectivement, le cahier des charges évoque des vins facilement accessibles, ce que recherchait lors des négociations ouvertes en 2015 – et recherche toujours – le négoce. Lequel garde à l’oeil leur coût.

Volonté de devenir le socle d’une offre I.G.P. plus lisible, plus structurée.

Plus structurée, sans doute… Plus lisible, j’en doute (voir ci-dessus)…

Positionnement par rapport aux V.S.I.G. par la création d’une strate commerciale forte entre l’offre V.S.I.G. et I.G.P. pays d’Oc.

Telle était bien la volonté initiale des négociateurs (voir ci-dessus).

Répondre à la demande du négoce en créant une offre volumique forte.

Sur ce point, les cartes ont toujours été sur la table (voir ci-dessus).

Pour ce faire le cahier des charges :

* prévoit un généreux rendement maximum à l’hectare de 120 hectolitres,

* stipule que la zone géographique de l’I.G.P. Terres du Midi s’étend sur l’ensemble des communes des départements de l’Aude, du Gard, de l’Hérault et des Pyrénées-Orientales, outre quelques communes du département de la Lozère,

* précise que cette zone commercialise environ 1.500.000 hectolitres par an sur l’ensemble de son territoire.

Sur ce dernier point, les volumes sont considérés comme susceptibles d’être ponctionnés à la marge sur l’I.G.P. pays d’Oc sans mention de cépage quand elle aura du mal à écouler sa production , sur les V.S.I.G. et surtout sur les I.G.P. de département mentionnées – rappelons-le – comme ayant une valorisation compliquée et une dynamique à la baisse.

Mais suivant la déclaration de récolte 2018, ce sont de 31 à 40.000 hectolitres ont été revendiqués dont 53 % en rouge et 47 % en rosé (10) (11) (12).

D’où des prévisions à court terme revues à la baisse : 300.000 hectolitres puis 1 million d’hectolitres.

C’est néanmoins le volume de 1,5 million d’hectolitres l’an qui est toujours d’actualité dans une perspective de trois à cinq ans.

Revenons au cahier des charges lequel ne manque pas de détailler que située au sud de la France, en bordure du littoral méditerranéen, la zone géographique de l’I.G.P. Terres du Midi s’étend sur l’ensemble des communes des départements de l’Aude, du Gard, de l’Hérault et des Pyrénées-Orientales, ainsi que sur quelques communes du département de la Lozère. Depuis les montagnes des Cévennes, de la Montagne Noire et des contreforts pyrénéens, jusqu’au littoral lagunaire, l’I.G.P. Terres du Midi forme un vaste amphithéâtre organisés en gradins, tourné vers la mer Méditerranée. Elle présente une grande variété de situations pédologiques et donc de combinaisons : coteaux, plateaux, plaines, terrasses alluviales… Trois ensembles principaux se mêlent : les montagnes et les hauts plateaux, les piémonts et plateaux intermédiaires, et enfin, la plaine littorale. La pluviométrie augmente avec l’altitude et la distance à la mer. Deux régimes de vents très différents, le « marin » qui souffle sur le golfe du Lion, et un vent de nord ou d’ouest (tramontane, cers et mistral). Cette variabilité climatique favorise la culture d’une grande diversité de cépages aux écologies diverses.

On aura lu entre les lignes, prosaïquement, ce qui importe s’avère être la souplesse et la régularité d’un large approvisionnement régional.

Proposer un complément de gamme pour les circuits courts.

Le cahier des charges pointe la capacité de la région à élaborer des vins adaptés aux besoins des marchés.

Renforcer le partenariat amont-aval.

Cet approvisonnement via une marque collective forte se veut sécuriser les vignerons (des prix justes et viables pour une survie économique du bassin de production) mais aussi les metteurs en marché qui bénéficient d’un approvisionnement (présenté comme de qualité) pour leurs marques commerciales.

Mettre en avant une gamme à l’origine géographique bien définie, des vins qui ne sont pas apatrides, fiers de leurs racines et de leur origine, avec une identité régionale forte.

Origine française et signe officiel de qualité sont mis en avant. L’I.G.P. Terres du Midi ese voit comme un label garantissant au consommateur une provenance, une qualité via un souple cahier des charges dédié. C’est quasi un acte patriotique qui se trouve ainsi revendiqué : acheter un vin d’une marque collective liée par un signe de qualité.

Offrir une vision respectueuse des intérêts économiques de tous les opérateurs.

Le cahier des charges relate que la production de vins d’assemblage constitue un véritable socle de développement de l’économie viticole régionale.

Pour le surplus, je vous renvoie au point 7.

Se positionner par rapport à la concurrence européenne et répondre à la concurrence internationale (européenne en particulier).

Une des finalités clamées a été la création d’un label clairement identifiable pour le consommateur face à la concurrence des vins espagnols vendus à bas prix en Grande Distribution, concurrence qualifiée de déloyale car tels vins sont vendus sous une étiquette trompeuse : ils se font passer pour des vins de cépage français et notamment du pays d’Oc. Est mis en exergue – sans étude précise – le fait que la plupart des consommateurs ne savent pas qu’ils achètent des vins espagnols. Certes la perte des volumes de ce chef s’avère difficile à évoluer. Il faut néanmoins savoir que la France a importé 5,5 millions d’hectolitres de vins espagnols en 2016.

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En conclusion, on ne saurait nier que le cahier des charges de l’I.G.T. Terres du Midi répond à la définition donnée par le droit européen : « on entend par ‘indication géographique’ une dénomination qui identifie un produit:

a) comme étant originaire d’un lieu déterminé, d’une région ou d’un pays;

b) dont une qualité déterminée, la réputation ou une autre propriété peut être attribuée essentiellement à son origine géographique; et

c) dont au moins une des étapes de production a lieu dans l’aire géographique délimitée. »

Mais on ne peut que difficilement s’empêcher de considérer qu’il y va d’un habillage, d’un maquillage juridique pour couvrir une réalité banalement économique : offrir une production entrée de gamme sur un large bassin de production afin d’intéresser le négoce et regagner ainsi les parts de marché perdues par la région (ce retour au segment I.G.P. se concrétisant par la volonté de récupérer les parts relatives aux vins étrangers, mais aussi aux vins de France dits V.S.I.G.).

Voilà qui ne fait pas rêver… Mais ne soyons pas naïf. D’ailleurs, dans l’absolu, la coexistence de quatre I.G.P. de département se justifie-t-elle ?

Et basta si le vin est bon !

Olivier Mercier.

  1. Pour être précis, l’Hérault, puis le Gard et enfin l’Aude ont fait bannière commune, rejoints in fine par les Pyrénées-Orientales.
  2. La croissance du chiffre d’affaire du rayon vin de la Grande Distribution provient pour 70 % des vins de la région Languedoc-Roussillon. Dans cet optique, il est symptomatique que parmi les premiers qui aient réagi se positionne Listel avec un I.G.P. Terres du Midi rosé « L’Estil », visant un million de cols dès la deuxième année de commercialisation.
  3. Pour info : six millions d’hectolitres par an sont produits en pays d’Oc sur les douze millions produits au total en Languedoc-Roussillon.
  4. Soit 120 d’une part et 90 ou 100 hectolitres à l’hectare d’autre part, respectivement en Terres du Midi et en pays d’Oc.
  5. Les I.G.P. de département sont maintenues pour satisfaire les marchés existants, avec cependant l’objectif de basculer progressivement les volumes en I.G.P. Terres du Midi.
  6. C’est-à-dire les anciens vins de table, actuels vins de France
  7. Tant qu’à parler d’étiquetage, le logo I.G.P. de l’Union Européenne est obligatoire lorsque la mention « Indication Géographique Protégée » est remplacée par la mention traditionnelle « Vin de Pays ».
  8. Le dit cahier des charges précise que la production consiste en des vins rouges majoritairement (55 % de la commercialisation), mais également des vins rosés (35 %) en augmentation et des vins blancs.
  9. Encépagement : Alicante Henri Bouschet N, Alphonse lavallée N, Altesse B, Alvarinho B, Aramon blanc, Aramon gris, Aramon, Aranel B, Arinarnoa N, Arvine B, Aubun N, Auxerrois B, Baco blanc, Bourboulenc B, Cabernet franc N, Cabernet-Sauvignon N, Cabestrel N, Caladoc N, Cardinal Rg, Carignan blanc, Carignan N, Carmenère N, Chardonnay B, Chasan B, Chasselas B, Chasselas rose, Chambourcin N, Chenanson N, Chenin B, Cinsaut N, Clairette B, Clairette rose, Clarin B, Colombard B, Couderc noir, Cot N, Counoise N, Danlas B, Egiodola N, Fer N, Gamay N, Gamay de Chaudenay N, Gewurztraminer Rs, Grenache blanc, Grenache gris, Grenache N, Gros Manseng B, Jurançon blanc, Landal N, Listan B, Lival N, Lledoner pelut N, Macabeu B, Maréchal Foch N , Marsanne B, Marselan N, Mauzac B, Meunier N, Merlot N, Mondeuse N, Morrastel N, Mourvèdre N, Müller-Thurgau B, Muscadelle B, Muscardin N, Muscat à petits grains blancs, Muscat à petits grains rouges, Muscat à petits grains rosés, Muscat d’Alexandrie B, Muscat de Hambourg N, Négrette N, Nielluccio N, Petit Manseng B, Petit Verdot N, Picardan B, Pinot noir, Pinot gris, Parellada B, Plant droit N, Portan N, Ravat blanc, Rayon d’or B, Riesling B, Rivairenc blanc, Rivairenc N, Roussanne B, Rubilande Rs, Savagnin rose, Sauvignon blanc, Sauvignon gris, Sciaccarello N, Semillon B, Servant B, Seyval B, Sylvaner B, Syrah N, Tannat N, Tempranillo N, Terret blanc, Terret gris, Terret noir, Ugni blanc, Valérien B, Vermentino B, Villard blanc, Villard noir, Viognier B, Verdelho B.
  10. Provenant pour moitié de l’Aude et le reste à parts quasi équivalentes de l’Hérault et du Gard. Rien quant aux Pyrénées-Orientales apparemment…
  11. Les vins blancs quasi inexistants en I.G.P. Terres du Midi sont renseignés comme en réalité valorisés avec mention de cépage en I.G.P. pays d’Oc. Cette absence de revendication en blanc dans l »I.G.P. Terres de Midi se justifierait d’autre par le fait que la région n’est pas traditionnellement une région de vins blancs. Enfin, les acheteurs testeraient d’abord la réponse des marchés sur les rouges et les rosés.
  12. Et ce alors que l’I.G.P. pays d’Oc représente trois millions d’hectolitres et les I.G.P. de département 380.000 hectolitres.

Capture Lestil Listel

Mas Foulaquier cuvée « le Petit Duc » I.G.P. Saint-Guilhem-le-Désert rouge 2014.

Dans un paysage de collines méditerranéennes.

L’Indication Géographique Protégée Saint-Guilhem-le-Désert, située dans le nord du département de l’Hérault, au pied du plateau du Larzac et des montagnes cévenoles, est grosso modo délimitée par le lac du Salagou, le département du Gard et l’agglomération montpelliéraine.

Au cœur de la zone géographique de production, le village de Saint-Guilhem-le-Désert, dont l’abbaye romane de Gellone – étape du chemin de Saint-Jacques de Compostelle – est classée à ce titre au patrimoine mondial de l’Unesco, a donné son nom à l’I.G.P.

Ce territoire, couvert en majorité par la garrigue méditerranéenne (chênes verts et pins), accueille une agriculture diversifiée (céréales, oliviers) et le pastoralisme.

 

 

 

 

La vigne connaît un essor significatif à la fin du XIX° siècle, dû au progrès des échanges commerciaux.

Ainsi lisait-on en 1857 : « Les vins de l’Hérault forment deux grandes catégories : les vins de chaudière et les vins de commerce (…) Les vins de commerce comprennent à peu près les deux cinquièmes de la production viticole annuelle… Les cépages cultivés dans le but d’obtenir des vins de commerce sont principalement : (…) le Grenache… Pour les vins de chaudière, on cultive presque exclusivement (suivent deux autres cépages, lesquels) couvrent surtout les plaines d’où l’on tire la plus grande partie des vins de chaudière : (telle…) la plaine de l’Hérault, de Saint-Guilhem à la mer… » (02).

 

 

1974 voit la création des vins de pays des Gorges de l’Hérault pour six communes du département de l’Hérault.

En 1982 sont définies les conditions de production des vins blanc, rosé et rouge ne concernant plus que trois communes du département de l’Hérault.

2002 : le nom est modifié au profit de vin de pays de Saint-Guilhem-le-Désert.

 

 

L’I.G.P. Saint-Guilhem-le-Désert réservée aux vins tranquilles et vins de raisins surmûris rouges, rosés et blancs peut être complétée :

– par le nom d’un ou de plusieurs cépages, faculté réservée aux vins tranquilles.

– par les mentions ‘primeur’ ou ‘nouveau’, faculté à nouveau réservée aux vins tranquilles.

– par les unités géographiques plus petites ‘Cité d’Aniane’ et ‘Val de Montferrand’ : par souci de simplicité, nous n’entrerons pas ici dans le détail.

La zone géographique de production correspond désormais au territoire de 69 communes du département de l’Hérault outre deux communes du département du Gard.

Les vins sont produits à partir d’une large gamme de cépages (01).

Le rendement maximum à l’hectare est généreux : 90 hectolitres.

Actuellement, la production s’élève à quelques 10.000 hectolitres, vins rouges, rosés et blancs confondus.

 

 

Au nord de l’Appellation d’Origine Contrôlée Pic Saint-Loup, Foulaquier est un lieu-dit, où se dresse un mas très ancien.

L’actuel domaine est fondé en 1998 par Pierre Jéquier, architecte suisse, et trois associés. Blandine Chauchat, fonctionnaire parlementaire à Paris, arrive en 2003.

 

 

 

 

La cuvée ‘Petit Duc’ est composée à 100 % de grenache noir, cépage d’origine espagnole quasi certainement (appelé là-bas garnacha tinta) (03), introduit au Moyen-Age.

Le moine dominicain Jofroi de Waterford et  le Wallon Servais Copale traduisent en langage vernaculaire et adaptent aux alentours de 1300 le ‘Secretum Secretorum’, œuvre faussement attribuée à Aristote, très répandue dans toute l’Europe du XIII° au XVI° siècle. Le ‘Segré de Segrez’ comporte huit chapitres consacrés à l’étude du vin dont le LXIV ‘De la diversetez de vin solonc les terrages et la region ou les vingnes croissent’consacré au terroir d’origine. On y lit le plus ancien texte français mentionnant le cépage, comparé au ‘vin grek’ et au ‘vin de Cypre’.

 

 

 

Ce cépage méditerranéen, rhodanien jouit depuis longtemps d’une belle réputation : « Les grandes qualités qui font du Grenache un des cépages les plus remarquables de la région méridionale… Les vins qui proviennent du Grenache ont généralement un excellent goût, une spirituosité, un corps et, en même temps, une finesse très appréciée. Ils sont susceptibles de faire des vins fins de haute valeur et améliorent ceux des cépages avec lesquels ils sont mélangés (…) Le Grenache est un cépage précieux au point de vue de la qualité des vins qu’il produit ; il est l’honneur des vignobles dans lesquels il est cultivé » (04).

 

 

Une cuvée mono-cépage de grenache est plutôt rare car ce raisin est le plus souvent assemblé, apportant de l’alcool.

 

 

Dès le départ, les vignes ont été travaillées hors tout produit chimique, et les vins vinifiés sans produits œnologiques. En 2005, le mas Foulaquier obtient  la certification en agriculture biologique (Ecocert – FR-BIO-01).

Depuis 2006, on y travaille en agriculture biodynamique, certifiée depuis 2007 (Demeter) :

  • respect du rythme du calendrier des semis biodynamiques,
  • préparations de bouse de cornes, bouse de vache compostée, silice et décoctions de plantes et de fleurs.

 

 

Le sol de cette partie caillouteuse de la parcelle de Foulaquier dédiée est composé de profondes argiles rouges et d’éclats calcaires (anciens de 130 millions d’années), considéré comme parfaitement adapté au grenache.

 

 

Les pieds sont issus de sélections clonales plantés en 1990 et conduits en cordon de Royat.

 

 

Les travaux à la vigne sont manuels, tout comme les vendanges en caissette de 20 kilos.

Les vendanges sont traitées manuellement à l’arrivée en cave (sans pompage).

 

 

Suit l’encuvage par gravité (sans pompage), sans produits œnologiques.
Les vinifications s’effectuent sans apport de produits œnologiques (ni soufre, ni levure…). Seule une dose faible de sulfite est ajoutée à la mise en bouteille.

Les macérations douces et très longues, sans intervention, correspondant à une forme d’infusion.

Le décuvage est lui aussi entièrement manuel (sans pompage).

L’élevage de 18 mois en cuve bois (foudre) poursuit son cours suivant les principes de la biodynamie

Le vin est ensuite mis en bouteille par gravité avec une tireuse sous vide d’air.

 

 

Les vignerons renseignent rechercher plutôt la finesse et le fruit. C’est bel et bien le cas.

Le millésime 2014 (14°) se montre jubilatoire et immédiat. Superbe nez très expressif d’orange sanguine, de figue. Bouche un peu ‘compotée, aux fruits rouges très mûrs mais avec un peu d’acidité apportant de la structure. Robe légère.

A boire sans attendre. Et pourquoi pas avec un curry de bœuf ?

 

 

Olivier Mercier.

 

 

Coordonnées :

 

N.B. : le vin a été goûté et acheté chez Paul et Patricia Sirvent du ‘Gré du Vin’ à Lille, déjà évoqué par mes soins par ailleurs et en d’autres temps.

 

  1. Abouriou N, Alicante Henri Bouschet N, Aligoté B, Altesse B, Arinarnoa N, Aubun N, Auxerrois B, Baroque B, Bourboulenc B, Cabernet franc N, Cabernet Sauvignon N, Caladoc N, Carignan blanc, Carignan N, Carménère N, Chardonnay B, Chasan B, Chatus N, Chenanson N, Chenin B, Cinsault N, Clairette B, Clairette rose, Colombard B, Cot N, Counoise N, Duras N, Egiodola N, Fer N, Folle Blanche, Furmint B, Gamay N, Gamaret N, Gerwurztraminer Rs, Grenache blanc, Grenache Gris, Grenache N, Grolleau N, Gros Manseng B, Jacquère B, Jurançon Noir, Lledonner Pelut N, Macabeu B, Marsanne B, Marselan N, Mauzac B, Melon B, Merlot N, Meunier N, Mondeuse N, Morrastel N, Mourvèdre N, Muscat à petits grains blancs, Muscat à petits grains roses, Muscat d’Alexandrie B, Muscat de Hambourg N, Négrette N, Niellucio N, Petit Courbu B, Petit Manseng B, Petit Verdot N, Pineau d’Aunis N , Pinot blanc, Pinot gris, Pinot noir, Piquepoul blanc, Piquepoul gris, Piquepoul noir, Portan N, Poulsard N, Rosé du Var, Riesling B, Rivairenc N, Roussane B, Sauvignon B, Sauvignon gris, Savagnin blanc, Sciaccarello N, Sémillon B, Servant B, Sylvaner B, Syrah N, Tannat N, Tempranillo N, Terret blanc, Terret gris, Terret noir, Tibouren N, Trousseau N, Ugni blanc, Vermentino B, Viognier B
  2. Appelé cannonau en Italie.
  3. Rendu Victor, Ampélographie Française, Paris, librairie de Victor Masson, 1857, 2° éd., pp. 29 et 30.
  4. Marès Henri, Description des cépages principaux de la région méditerranéenne de la France, Paris, libraire-éditeur Georges Masson, 1890, pp. 55 à 57.

Plaisance cuvée « l’Ahumat » I.G.P. Comté Tolosan blanc 2017.

Un sauvignon qui ne sent pas le «buis buis » de chat.

La zone géographique de l’Indication Géographique Protégée «Comté Tolosan» s’étale sur douze départements du Sud-Ouest de la France :

  • Ariège,
  • Aveyron,
  • Cantal,
  • Gers,
  • Haute-Garonne,
  • Hautes-Pyrénées,
  • Landes,
  • Lot,
  • Lot-et-Garonne,
  • Pyrénées-Atlantiques,
  • Tarn et
  • Tarn-et- Garonne.

 

On y produit :

  • des vins tranquilles, rouges, rosés et blancs,
  • des vins mousseux de qualité rosés et blancs ainsi que
  • des vins de raisins surmûris blancs.

 

Ils sont élaborés à partir de l’ensemble des cépages classés en tant que variétés de vigne de raisins de cuve conformément à la réglementation communautaire et nationale en vigueur. Il n’en demeure pas moins que les principaux cépages entrant dans la production des vins blancs sont :

  • chardonnay,
  • chenin,
  • colombard,
  • gros manseng,
  • len de l’el,
  • mauzac blanc,
  • muscadelle,
  • petit manseng,
  • sauvignon blanc,
  • sémillon,
  • ugni blanc.

 

Nous revenons au domaine Plaisance, déjà évoqué ici via le cépage négret (ou negret) pounjut décliné en vin de France dans le millésime 2017.

 

Ahumat en gascon signifie « enfumé », « fumé ».

Quel est donc ce cépage ? Aucune certitude…

Soit c’est le synonyme dans le Béarn du sauvignon blanc, renseigné comme un vieux plant de Jurançon.

Soit il s’agit d’une variante. Du sauvignon gris ?

 

Quoi qu’il en soit, « Ahumat » est une cuvée 100 % sauvignon.

Et l’on sort ici des sentiers battus.

Robe peu soutenue.

Nez opulent, évolutif : jus de poire, amande, pèche blanche, citron, un peu de végétal.

Annoncé comme sec, la bouche se déroule douce, fruitée mais pas dénuée d’acidité.

Ce serait idiot de ne pas en profiter pleinement dès maintenant.

 

Que mange-t-on ?  Ici, pas (trop) de fioritures. Saumon à l’unilatérale, purée fine de pommes de terre terminée à l’huile d’olive arômatisée au citron, asperges blanches de Blaye.

 

Que demander de plus ?

 

Olivier Mercier.

 

Données techniques :

  • 12,5°
  • Les vignes sont situées sur la plus haute terrasse du Tarn à environ 200 mètres d’altitude. Les sols d’alluvions anciennes très érodées reposent sur un socle calcaire et argileux. Selon l’altitude ou la pente, la couche d’alluvions composée de cailloux, sables ou limons est plus ou moins épaisse.
  • Vendanges manuelles.
  • Ni engrais ni désherbant ; produits naturels privilégiés.
  • Pressés lentement et à basse pression, les moûts sont ensuite très légèrement débourbés.
  • Fermentation en levures indigènes.
  • Vinification sans intrants.
  • Elevage sur lies fine.

N.B. : le vin a été goûté et acheté chez Paul et Patricia Sirvent du ‘Gré du Vin’ à Lille, déjà évoqué par mes soins par ailleurs et en d’autres temps.

Coordonnées :

Château Plaisance
Louis et Marc Penavayre
Adresse : place de la Mairie, 102 à 31340 Vacquiers
Téléphone : 00 33 (0) 5 61 84 97 41
Téléfax : 00 33 (0) 5 61 84 11 26
Site : http://chateau-plaisance.fr/accueil
Courriel : chateau-plaisance@wanadoo.fr
Page FaceBook : https://www.facebook.com/chateau.plaisance/

 

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Thierry Navarre cuvée « Ribeyrenc » vin de France rouge 2017.

Je vous invite à y goûter !

Thierry Navarre exerce le métier de vigneron à Roquebrun, village qui peut accoler sa dénomination géographique complémentaire à l’A.O.C. Saint-Chinian mais uniquement pour les vins rouges tranquilles.

C’est du cépage ribeyrenc (01) dans sa variété noire (02) dont je vais vous entretenir.

Il était autrefois consommé également – voire surtout – comme raisin de table, recherché pour ses fruits savoureux.

Vous vous doutez bien que c’est le raisin de cuve qui va retenir mon attention.

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Thierry Navarre a connu quelques pieds dans la propriété familiale de ses grands-parents.

Fin 1988, il reprend l’exploitation de son père.

Le ribeyrenc, il rêve d’être le premier et à en replanter en parcelle isolée et à la vinifié seul, séparément, état de faits qui n’existaient plus depuis belle lurette.

Entre 1992 et 1994, il prépare le sol et complète les plants familiaux en recueillant quelques dizaines de pieds renseignés par les anciens dans les parcelles mélangées des communes de Berlou, Roquebrun et Vieussan. Voici désormais quelques centaines de ceps multipliés par sélection massale (03), plantés sur 30 ares de parcelles schisteuses du terroir de Saint-Chinian, exposées sud-est dans la vallée de l’Orb. Tel est le début de cette histoire qui comptabilise actuellement six plantations.

Le ribeyrenc – cépage oublié – est un des plus vieux du Languedoc, mentionné dès 1554 : Bonaventure Des Périers évoque alors les ‘bruns espirans’ dans son poème ‘Chant de Vendanges’.

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Il était considéré aux XVIII° et XIX° siècles comme un cépage fin de côte, de tout premier ordre, apte à produire des vins dits ‘de commerce’ (04).

Il n’a certes jamais été cultivé sur de grandes étendues bien que disséminé dans toute la région méditerranéenne. Peu répandu dans la Provence et le Roussillon, il n’est jamais remonté vers le Centre. Cépage local, il est resté confiné sur diverses communes de l’Hérault et du Gard, sans oublier l’Aude, tout en occupant 1/5 à 1/4 du vignoble gardois ou héraultais.

Très répandu donc avant le phylloxera (dont les premiers ravages ont été mentionnés en 1863 dans le Gard), il fut ensuite très peu replanté, devenant rare. Les causes sont diverses :

  • des rendements bas (30-35 hl/ha) alors que le vignoble était reconstruit avec des cépages fertiles tels l’aramon (replanté en priorité dans les plaines, son rendement « était de l’ordre de 150 hectolitres à l’hectare, voire certaines années 300 à 350) ou le carignan, ou encore en hybrides producteurs directs (05), dans une volonté productiviste,
  • trop de sensibilité aux maladies et autres,
  • des vins faibles en alcool (pas plus de 10°-11°) ne correspondant plus à l’air du temps,
  • des vins peu colorés alors que le consommateur recherche des vins de couleur produits par des cépages dits ‘teinturiers’.

Il est aujourd’hui quasi disparu :

1958 : 99 ha

1968 : 23 ha

1988 : 7 ha

2016 : 6,6 ha

On le retrouve comme cépage accessoire dans le cahier des charges des A.O.C. Minervois et Minervois la Livinière mais ne fut jamais repris pour Saint- Chinian soit lors de l’accession en Vin Délimité de Qualité Supérieure en 1951 soit lors du passage en A.O.C. en 1982. La question de son introduction officielle dans la liste des cépages autorisés en A.O.C. Saint-Chinian est néanmoins actuellement à l’ordre du jour. Qui vivra verra.

Le travail à la vigne et au chai du domaine Navarre ?

Culture respectueuse de la vigne. Pas de produits chimiques, pas d’herbicides. Fertilisation organique à base de compost. Taille courte en gobelet.

La baie se caractérisant par une peau fine et donc fragile, trois conséquences en découlent :

  • vendange manuelle,
  • pas d’égrappage,
  • pas de foulage (vinification en raisin entier).

Et donc une cuvée 100 % ribeyrenc (12°) déclinée en vin de France 2017.

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Robe peu colorée.
Nez salin, fumé.
Bouche souple, gouleyante, tendre, mais pas dénuée d’une structure délicate.
Gagne quelque peu à êtré aéré, mais pas à vieillir.

L’association avec un parmentier de boeuf et morilles n’est pas dénuée d’intérêt.

Rappelez-vous : était considéré comme un défaut le fait que le ribeyrenc atteigne sa maturité physiologique à faible degré (10°-11°). De nos jours, ce pourrait être un atout, soit qu’il fournisse un vin avec un faible taux d’alcool pour correspondre au souhait actuel du consommateur, soit qu’il le fasse baisser en assemblage.

Tout est une question de goût ! Et je vous invite à y goûter.

Olivier Mercier.

 

P.S. : bouteille achetée à la cave le Verre Volé (site d’Oberkampf – Paris XI°).

(01) Synonymes :

  • Rivairenc, ribeirenc, riveyrenc, riverain,
  • Piran, spiran, epiran, aspiran(t), espiran, espirau, esperan,
  • Verdal, verdaou.

(02) Existent aussi les variétés blanche, grise, rose.

(03) la sélection massale consiste à repérer sur parcelle les pieds paraissant les plus intéressants, à en prélever des fragments de sarment pour les multiplier et ensuite les replanter.

(04) Par opposition aux vins dits ‘de chaudière’, destinés à la distillation.

(05) Un hybride producteur direct est le résultat d’un croisement entre un cépage américain (Vitis labrusca, Vitis riparia, Vitis rupestris…). et un cépage européen (Vitis vinifera), le premier devant apporter sa résistance au phylloxéra et aux maladies cryptogamiques, le second son abondante productivité et/ou la qualité de ses produits.

Coordonnées :

Domaine Thierry Navarre
Adresse : 34460 Roquebrun.
Téléphone : 00 33 4 67 89 53 58
Téléfax : 00 33 9 70 62 13 15
Site : http://www.thierrynavarre.com/
Courriel : thierry.navarre@orange.fr
Page FaceBook : https://www.facebook.com/Vins-Thierry-Navarre-339517736493704/

Domaine Guilhem et Jean-Hugues Goisot « Les Mazelots » Irancy 2014.

Dirigeons-nous vers le vignoble du Grand Auxerrois (Basse-Bourgogne).

Nous voilà sur la rive droite de la vallée de l’Yonne, à quinze kilomètres en amont de la ville d’Auxerre, au sud-ouest de Chablis, dans le département de l’Yonne.

 

Le poète français Eustache Deschamps (1340 – circa 1404-1405) décrivait par le détail dans « le Miroir de Mariage » un cellier garni de tous les vins alors renommés, mentionnant les vins d’Irancy.

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Mais ce vignoble va peu à peu perdre son rang pour, au XX° siècle, remonter la pente.

 

En 1930, un jugement du tribunal civil d’Auxerre reconnaît l’appellation d’origine Bourgogne Irancy.

Mais le vignoble demeurera encore longtemps dans l’anonymat du vignoble bourguignon.

En 1977, Irancy peut adjoindre son nom à l’appellation Bourgogne (01).

Le millésime 1998 voit accéder Irancy au rang d’appellation communale.

 

Capture vignoble Basse-Bourgogne

 

L’actuelle Appellation d’Origine Contrôlée Irancy est réservée aux vins tranquilles rouges produits dans trois communes : Cravant, Irancy et Vincelottes.

Le cépage pinot noir, autochtone bourguignon, domine, mais il côtoie le proche pinot gris (nommé localement « beurot ») et le cépage rouge césar (dit aussi « romain ») (02).

Les vins sont en effet issus des cépages suivants :
– principal : pinot noir,
– accessoires : césar, pinot gris.

La proportion des cépages accessoires, ensemble ou séparément, est inférieure ou égale à 10 % dans l’assemblage. Notez que les cépages accessoires sont également autorisés en mélange de plants dans les vignes, leur proportion totale étant limitée à 10 % au sein de chaque parcelle et les vins produits à partir de parcelles complantées en mélange de plants vinifiés par assemblage de raisins (03).

L’étiquetage des vins bénéficiant de l’appellation d’origine contrôlée peut préciser le nom d’une unité géographique plus petite, sous réserve qu’il s’agisse du nom d’un lieu-dit cadastré (ou « climat »).

Quelques chiffres ?

  • 2009 : superficie en production de 170 hectares pour une récolte moyenne annuelle de 8.000 hectolitres,
  • 2010 : superficie en production de 164 hectares pour récolte moyenne annuelle de 7.600 hectolitres.

 

Le très ancien cépage césar fait partie du patrimoine historique irancyçois qu’il singularise, mais on ne connaît pas toutefois sa véritable région d’origine. Il est issu d’un croisement naturel entre le pinot noir et l’argant du Jura. Confiné à l’Yonne, il y représente actuellement une dizaine d’hectares dont quatre ou cinq en Irancy.

Sa présence apporte notablement au vin une intensité de robe, un caractère plus massif, une structure tannique.

 

Le domaine familial Goisot est certifié depuis 2001 en agriculture biologique (Ecocert – Fr-BIO-01) et depuis 2005 en biodynamie (Demeter).

 

Il cultive au lieu-dit « Mazelots » 0,5 hectare planté intégralement en vignes centenaires de pinot noir.

Ce climat réputé, situé sur le flanc nord de l’appellation, bénéficie d’une exposition sud permettant une meilleure maturité des raisins.

 

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Le millésime 2014 (13°) a connu un élevage en fûts de chêne, élevage bien présent au nez au moment de l’ouverture, pour ensuite quelque peu s’estomper.

La robe – peu soutenue – est un peu évoluée et laisse présager un vin à maturité. Le palais distingué se prolonge d’une finale délicate.

Un flacon qui s’est parfaitement exprimé sur des tagliatelles au saumon fumé, sauce au bleu et morilles.

 

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Les Mazelots ?  Mazette !

 

Olivier Mercier.

 

N.B. : bouteille acquise chez le caviste Delaby.

 

Coordonnées :

Société Civile d’Exploitation Agricole Goisot Guilhem et Jean-Hugues.
Adresse : 30, rue Bienvenu Martin à 89530 Saint-Bris-le-Vineux.
Téléphone : 00 33 (0) 3 86 53 35 15
Fax : 00 33 (0) 3 86 53 62 03
Site : http://www.goisot.fr/
Courriel : domaine.jhg@goisot.com
Page FaceBook : https://www.facebook.com/guilhem.goisot

 

(01) Bourgogne Irancy ne concernait que les vins rouge et rosé produits dans la seule commune d’Irancy. En 1991 seront ajoutées les communes de Cravant et Vincelottes pour les seuls rouges.

(02) Il est en réalité bien d’autres synonymes : célar, gros monsieur, lombard, saint romain, picar(g)niot ou picargniol ou picar(g)neau ou picarniau, gros noir, ronçain, hureau.

(03) La complantation – pratique ancienne et que l’on ne retrouve guère plus – est la conduite en même temps de différents cépages mêlés dans une parcelle de vigne jusqu’à pouvoir les récolter et vinifier ensemble.

Didier Michel et Olivier Jullien  cuvée « le Trescol » I.G.P. Aveyron rouge 2016.

Un vin immédiat.

Vigneron depuis 1985 à Jonquières, Olivier Jullien (Mas Jullien) est une figure bien connue du Languedoc et plus particulièrement de l’Appellation d’Origine Contrôlée Terrasses du Larzac.

Mais je vous emmène ailleurs :  sur la bordure sud-ouest du Massif Central.

 

L’Indication Géographique Protégée « Aveyron » – qui couvre tout le dit département – est réservée aux vins tranquilles rouges, rosés et blancs.

L’encépagement est très diversifié : l’ensemble des cépages classés en tant que variétés de vigne de raisins de cuve en conformité avec la réglementation européenne et française. Pas moins, pas plus !

Dans les faits, les principaux cépages sont :

  • pour les vins rouges et rosés : cabernet sauvignon, duras, le régional de l’étape qu’est le fer servadou (appelé localement mansois), merlot et syrah,
  • pour les vins blancs : chardonnay et chenin .

Quelle que soit la couleur, le rendement maximum de production à l’hectare est généreux : 120 hectolitres !

 

Une des spécificités du département de l’Aveyron ?  Se retrouver au carrefour de trois climats :

  • à l’ouest, influence océanique douce,
  • au sud, influence plus méditerranéenne ensoleillée,
  • au nord et à l’est, influence plus continentale.

Les variations de topographie, d’altitude et d’orientation – auxquelles répond la multitude de cépages autorisés – sont à l’origine d’une grande variété de climats locaux, dont certains favorables à la vigne.

Le vignoble se retrouve ainsi dispersé sur les terrasses des adrets escarpés – bien exposés favorisant ainsi le réchauffement printanier et bien abrités des froids hivernaux – des vallées du Lot, du Tarn, de l’Aveyron et des vallons de leurs affluents. Le raisin s’avère quasi la seule culture permettant de valoriser ces coteaux. Aussi, le vigneron veille à ce que les conditions d’altitude et d’ensoleillement soient favorables à une maturité optimale.

L’implantation des ceps se situe généralement à mi-coteau, l’altitude moyenne du vignoble étant environ de 350  mètres (de 250 à 550  mètres).

 

L’Aveyron et le vin : une vieille histoire. Des amphores vinaires ont été retrouvées à Rodez (Segodunum) et Marcillac (Condatomagus), cités rutènes, datant du I° siècle avant J.-C. et provenant d’Italie.

La vigne fut implantée en Aveyron au Moyen-Age par les communautés religieuses comme par exemple l’abbatiale Sainte-Foy de Conques (bâtie à partir de 732).

 

La surface recensée en vigne en 1816 s’élève à quelques 20.000 hectares sur l’ensemble du département, l’apogée se situant à la fin du XIX° siècle : soit 25.000 hectares vers 1870.

Les vins sont à l’époque décriés, qualifiés de « communs et, pour la plupart, de basse qualité (…) consommés par les habitants : ces vins (…) ont presque tous un goût de terroir désagréable pour les personnes qui n’y sont pas habituées (…) On tire du département de l’Hérault des vins de bonne qualité pour améliorer ceux du pays et leur donner le spiritueux dont ils manquent ».

La surface avoisine les 14.000 hectares à la veille de la guerre 1914-1918. Au tournant du XX° siècle, le vignoble aveyronnais connaît un long déclin (crises sanitaires, conflits armés, exode rural…) : le vignoble est réduit à 7.000 ha en 1960. En 1980-1987 : 2.364 hectares. Il est alors au bord de la disparition.

En 2009, une quinzaine de producteurs ont récolté sur une vingtaine d’hectares 600 hectolitres d’I.G.P. « Aveyron », répartis entre 80  % de vin rouge, 10  % de vin rosé et 10 % de vin blanc. Sur 2014-2015, 25 hectares en I.G.P. départementale ont produit 1.330 hectolitres répartis entres 19 caves particulières et 3 coopératives.

 

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Olivier Jullien et Didier Michel se sont associés pour la cuvée « Le Trescol » récoltée sur quatre hectares du côté de Millau (Saint- Georges de Luzencon plus précisément) au bord du Tarn. Les raisins sont travaillés dans une optique similaire à l’agriculture biologique.

 

Le millésime 2016 (13°) se décompose en 60 % gamay, outre du cabernet sauvignon, voire même de la syrah me dit-on.

 

Ne demandez pas à ce vin ce qu’il ne vous donnera pas. Voila un vin de soif, gourmand, friand, rond, fruité, charnu, souple…

Vous l’avez compris : à maturité parfaite, il ne gagnera rien à vieillir.

 

L’Aveyron : une région viticole méconnue, ignorée, qui mérite que l’on s’y attarde.

 

Olivier Mercier.

 

N.B.

 

Coordonnées :

Olivier Jullien et Didier Michel
S.A.R.L. le Pressoir Ambulant
3, chemin du mas Jullien
34.725 Jonquières

Vous êtes amateur de chiffres ?

Voici l’évolution de la surface en hectares, dont la lecture doit être relativisée en fonction de maints paramètres (mais c’est une autre et longue histoire…) :

Pour le département :

1788                         12.000
1808                         20.000
1816                         20.000
1824                         13.714
1829                         15.000
1835                         34.410
1840                         19.138
1852            18.815-19.387
1862                         18.815
1868                         20.000
1870                         25.000
1870-1879               20.957
1880-1889               20.669
1890-1899                13.531
1890-1900                12.956
1900-1909                12.956
1910-1919                12.365
1920-1929                10.733
1930-1939                11.114
1940-1949                  9.917
1950-1959                  8.237
1960-1969                  6.379
1970-1979                  4.076
1980-1987                  2.364

Pour la seule I.G.P., reconnue en 1968 :

2009                                20
2014-2015                      25

 

Les Rancios secs du Roussillon : des vins, un livre.

Els Vins Rancis secs del Rosselló.

Cet article doit beaucoup à l’ouvrage collectif « Les Rancios secs du Roussillon. Vins oxydatifs, fleurons de la viticulture catalane », dont je vous recommande la lecture.

Un peu d’histoire du vin rancio (vi ranci).

Les Rancios secs – vins de grande tradition – pourraient même être les plus anciens produits dans la région, en ce incluse l’Espagne et plus particulièrement la Catalogne.

Lors de la mise en place des appellations en 1936, ils n’ont bénéficié d’aucune protection légale via les Appellations d’Origine Contrôlée ou les Vins Délimités de Qualité Supérieure, ni même les Vins de Pays. Ils ne pouvaient prétendre qu’à la catégorie Vin de Table, c’est-dire à l’anonymat, car est interdite notamment la mention « Rancio sec » sur l’étiquette. Le caractère « rancio » sera certes reconnu officiellement dans les décrets d’appellation français, mais réservé aux seuls Vins Doux Naturels. Les Rancios secs n’ont alors aucune reconnaissance officielle.

Relégués à la clandestinité aussi au plan commercial les habitudes de consommation se modifient au profit d’autres vins locaux : les Vins Doux Naturels puis les vins tranquilles

En perte de vitesse depuis les années 1970, les Rancios secs demeurent néanmoins toujours produits pour la cuisine (marinade, sauce) ou pour la consommation personnelle tel lors des grandes occasions familiales, réduits ainsi au rang de tradition locale sans valorisation par mises en bouteilles. Ou si peu.

En 2004, Slow Food classe le Rancio sec dans ses « sentinelles ». Le but de tel projet ?  Recenser les modes anciens de production, soutenir, sauver et valoriser une production artisanale de qualité en difficulté et communiquer quant à ces produits menacés ou en voie d’extinction. Aussi, l’association « Be Ranci ! Les Rancios secs du Roussillon » voit le jour afin d’éviter que ce produit-phare confidentiel (quelques centaines d’hectolitres l’an) de la culture catalane ne disparaisse.

En parallèle, des contacts noués avec I.N.A.O. permettront aux Rancios secs d’obtenir en 2011 deux Indications Géographiques Protégées (I.G.P.). On y reviendra un peu plus loin (01).

Un bref descriptif organoleptique.

Les Rancios secs présentent le plus souvent une couleur ambrée foncée, parfois brou de noix, avec quelques reflets verdâtres, reflet d’un élevage long en situation oxydative.

La bouche s’offre généreusement.

Les arômes puissants, toujours persistants évoquent la figue sèche, la noix (brou), le balsamique, la torréfaction, la fumée, le brûlé, le havane, le cacao, la résine de pin, et certaines épices comme le curry ou la graine de fenugrec (trigonella foenum-graecum)… Cette odeur caractéristique provient d’une molécule : le sotolon.

 

 

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Une relation elliptique de la méthode historique d’élaboration.

A vrai dire, il n’y a pas de modus operandi unique. En voici l’essentiel.

Le vin est élaboré à partir de cépages rouges ou blancs vendangés en surmaturité.

Il est qualifié de sec car il achève sa fermentation alcoolique en (quasi-) totalité et ne contient pas de sucres résiduels ou quelques grammes résiduels par litre.

Il se caractérise par un élevage oxydatif – d’où le nom de rancio – en favorisant le contact avec l’air, la lumière, en faisant intervenir des chocs thermiques (exposition au soleil, aux aléas climatiques), ce qui implique un haut degré d’alcool pour évoluer dans de telles conditions.

Cette longue période d’élevage se déroule dans des contenus divers, en général dans des barriques, tonneaux, foudres, demi-muids, vieux fûts, bonbonnes en verre, dames-jeannes, amphores, cuves ciment… Il peut être :

  • de type « élevage d’abandon »,
  • ou bien « tonneau perpétuel »: le vigneron y tire un peu de vin et le complète par la vendange de l’année,
  • ou encore en « solera » : le vigneron empile plusieurs barriques. Celle au niveau du sol contient le vin le plus âgé, les plus jeunes étant entreposés dans la barrique au-dessus. Le vin le plus vieux est prélevé et remplacé par le vin plus jeune, et ainsi de suite.

Dans les deux derniers cas, il s’agit d’un assemblage de millésimes.

Pas d’ouillage évidemment : l’évaporation naturelle du liquide n’est pas compensée, et ce de manière à maintenir le vin au contact de l’air.

Il ne nécessite pas ou peu de soufre.

Que les vins soient à l’origine blancs ou rouges, ils finissent tous par prendre la même couleur ambrée foncée.

Ouverte, la bouteille peut se conserver durant de nombreuses années… En principe.

 

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Un peu de droit.

En 2004, le décret relatif au vin de pays de la « Côte Vermeille » tel que complété, mentionne désormais les vins à caractère oxydatif : succinctement, ils doivent avoir subi une fermentation lente et sont mis à la consommation humaine directe après un vieillissement minimum de deux ans sans ouillage permettant au vin d’acquérir le goût de rancio. Ils sont présentés à un agrément spécifique. Voici donc l’ébauche d’une reconnaissance officielle sans que soit toutefois évoquée la notion de « Rancio sec ».

En 2011 sont publiés concomitamment les cahiers des charges de l’I.G.P. « Côte Vermeille » et de l’I.G.P. « Côtes Catalanes ».

L’Indication Géographique Protégée peut être complétée par la mention « rancio » selon les conditions fixées dans les cahiers des charges respectifs pour l’utilisation de cette mention.

Ils présentent de nombreux points communs :

* type de produit : la mention « rancio » est réservée aux vins tranquilles qui, en fonction des conditions d’élevage, ont acquis le « goût de rancio ».

* encépagement : les vins sont produits exclusivement à partir des cépages traditionnels suivants : carignan blanc, carignan noir, cinsaut, grenache blanc, grenache gris, grenache noir, macabeu , tourbat (02), mourvèdre, muscat à petits grains blancs, muscat d’Alexandrie.

* récolte : les raisins doivent présenter une richesse en sucre minimum de 238 grammes par litre.

* transformation : les vins font l’objet d’un élevage en milieu oxydatif, au moins jusqu’au 31 août de la cinquième année qui suit celle de la récolte.

Toutefois, dans le cas de l’utilisation d’un seul contenant, il ne peut être soutiré chaque année à partir de cinq ans d’élevage, en une seule fois qu’une quantité inférieure ou égale au cinquième de son contenu au moment du tirage. Il ne peut être rajouté plus de vin que soutiré.

Les vins en rouge et blanc peuvent, après élevage, être assemblés.

* normes analytiques spécifiques : les vins présentent entre autres

– un titre alcoométrique minimum de 14 % vol.,

– une teneur en sucres inférieure ou égale à 12 grammes par litre.

* circulation des produits : les vins sont mis en marché à destination du consommateur à partir du 1er septembre de la cinquième année qui suit la récolte.

Dans le cas d’utilisation d’un récipient contenant plusieurs récoltes, la commercialisation des vins ne peut concerner qu’un cinquième du volume de vin et ne peut intervenir que 6 mois après le dernier ajout de vin.

*contrôle organoleptique spécifique pour l’obtention de la mention « rancio ».

Les différences entre les cahiers des charges respectifs tiennent quasi exclusivement aux zones de production.

* La récolte des raisins, la vinification et l’élaboration des vins bénéficiant de l’I.G.P. « Côte Vermeille » sont réalisées sur le territoire de quatre communes du département des Pyrénées-Orientales : Banyuls-sur-Mer, Cerbère, Collioure et Port-Vendres, qui constituent le vignoble français le plus méridional, aux coteaux à forte déclivité,

* La récolte des raisins, la vinification et l’élaboration des vins destinés à produire des vins à I.G.P. « Côtes Catalanes » sont réalisées dans le département des Pyrénées-Orientales, le vignoble se situant au sein d’un vaste amphithéâtre ouvert à l’est vers la mer Méditerranée et délimité par un ensemble de hauts reliefs.

 

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De l’un ou l’autre Rancios secs.

Le temps est venu de disserter quant à l’un et l’autre flacons !

* Cave l’Etoile « Al Padri Saveurs d’ici » : vin de pays de la Côte Vermeille. Cépages grenache noir (55 %), grenache gris (35 %) et carignan noir (10 %). Douze mois en cuve puis vieillissement en vieux foudres de chêne. 14,5°.

C’est en 2009, dans un chalet du marché de Noël d’Arras occupé par la coopérative banyulence que je découvre le rancio sec. Il m’est présenté comme un vin essentiellement destiné à la cuisine (et même la préparation de la sangria), ce qui leur site précise toujours. Je reconnais n’avoir été guère convaincu par cette première approche.

* Domaine la Marche « Rancio Sec » : vin de France. Cépages grenache blanc et gris. Elevage en fût bourguignon depuis 2006. 15,5°.

Quelques trois ans plus tard, lors d’une visite au domaine, le rancio sec m’est soumis. Robe bronze. Nez : raisin sec, prune, pruneau. Long, très long. J’accroche !  A partir de ce moment, j’essaie d’en déguster autant que faire se peut.

* Domaine la Tour Vieille « Cap de Creus Ranci(o) sec » : vin de France. Cépages grenache noir (90 %) et carignan (10 %). Tonneau perpétuel depuis 1968. 16,5°-17°.

Deux occasions m’ont été données. Robe rouille un peu pâlotte, trouble. Nez : tabac, (sirop d’) orange, brou de noix, chocolat noir. Il met les papilles en alerte : puissant, d’une belle acidité. Long. En accompagnement ?  Jambon serrano, chorizo, lomo, saumon rouge atlantique, filet de truite fumé au hêtre, comté, fromages de chèvre dont un affiné, tomme de Savoie. A oser sur des huîtres (de Leucate) pochées au sabayon de muscat sec. S’appréciera aussi – et surtout ? – comme carminatif.

* Domaine la Tour Vieille « Mémoire (d’automnes) » : vin de pays de la Côte Vermeille. Cépages grenache gris majoritaire et blanc. Elevage d’abandon en barrique de chêne. 15,5°.

Même domaine, autre cuvée. Robe guère soutenue. Bouche saline et minérale, qui fait saliver. Un indéniable goût de « reviens-y ».

* Domaine de la Rectorie « Vin de Pierre Fleur de Pierre » : vin de France. Cépage : grenache gris. Assemblage de vin de voile et de rancio. 15°.

Robe rouille claire. Nez : orange sanguine, noix, caramel, un peu fumé. Les papilles ?  Sec. Minéral. Austère, sur la retenue. Très long, des notes de whisky. Bel accord avec un comté 18 mois (et autres fromages : queso azul, Selles-sur-Cher, boulette d’Avesnes et prestige de Bourgogne).

* Domaine le Roc des Anges « Rancio sec » 2006. Vin de pays des Pyrénées Orientales. Cépages grenaches blanc et gris. Elevage en barrique. 14°.

J’ai le plaisir de le goûter trois fois. Robe tirant vers le bronze. Nez : whisky, noix. Sec. Palais sapide. Sans doute un peu salin.  Il fait saliver lui aussi. Ample. Puissant. Long, très long avec une pointe de chocolat. Excellent en digestif.

* Domaine Jolly Ferriol « Au fil du temps » : Vin de France. Cépages macabeu et carignan en proportion variable. Vinification en cuve, insolation de six à 24 mois en dame-jeanne, puis barrique bourguignonne vidée partiellement chaque année. 15°

Nez : noix, fruits secs. Long. Découvert en salon : dommage de n’avoir pu l’apprécier à tête reposée.

* Domaine de Blanes « Rancio » : vin de France. Cépage : grenache blanc. Elevage en fût pendant sept ans dont cinq sans ouillage. 13,5°.

Judicieusement mis à table par un ami qui connaît ma curiosité. Le chocolat blanc marque les diverses facettes de ce vin qui, en outre, active les glandes salivaires.

* Domaine le Roc des Anges « Cioran » : vin de pays des Côtes Catalanes. Cépages : grenache gris et macabeu. Elevage de cinq à six ans sous voile depuis 2006. 14,5°.

Bu deux fois, il fait mouche à chaque occasion.  Robe dorée soutenue. Très odorant : miel, caramel. Bouche sèche mais pas dénuée de douceur. Long.

* Domaine Lhéritier « +23 Zulu Ranci » : vin de France. Pas d’info si ce n’est que l’élevage sous bois est supérieur à 23 années. 17,5°.

Suggéré lors de ma visite à Ampelos. Aussitôt accepté. Robe brunâtre. Evolue en tous points entre sel et caramel. Long, sur de l’acidité. Se déguste à petites lampées.

* Domaine des Schistes « rancio sec ». Cépages : grenache blanc complanté de quelques souches de macabeu. Solera depuis 2004 de plusieurs millésimes sur trois niveaux de barriques. 17°.

Robe dorée guère soutenue. Nez exubérant de noix fraîche. Finale un peu sucrée. Long, très long. On s’est fait plaisir avec des escargots à la catalane

 

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Une conclusion fugace.

Déroutants, loin des sentiers battus, les Rancios secs à très forte notoriété culturelle, à la saveur viticole authentiquement catalane, sont à découvrir avant, pendant, après les repas. Quant à explorer les accords avec les mets, vous avez toute latitude.

 

Olivier Mercier.

 

Les Rancios secs du Roussillon. Vins oxydatifs, fleurons de la viticulture catalane, éditions Trabucaire, novembre 2016, 192 pages, 25 euros.

Illustrateur : Paul Schramm / photographe : Michel Castillo

En collaboration avec :

  • Yves Belaubre, journaliste amateur de cigares
  • Jules Campadieu, œnologue à la retraite
  • Roger Coste, libraire
  • Isabelle Cutzach-Billard, docteur en œnologie et œnologue-conseil
  • Benoît Danjou, président de l’association Be Ranci ! Les Rancios secs du Roussillon
  • Manuel Di Vecchi Staraz, ingénieur-agronome et vigneron
  • Claude Espiago, manageur en restauration
  • Michel Ferrer, écrivain
  • André Grammont, militant du Rancio sec
  • Isabelle Jolly, vigneronne
  • Périco Legasse, journaliste et critique gastronomique
  • Sébastien Lherbiez, caviste
  • Jean Lhéritier, co-­fondateur de l’association Be Ranci ! Les Rancios secs du Roussillon
  • Pierre-Louis Marin, chef cuisinier
  • Jacques Paloc, directeur de l’I.N.A.O. Sud
  • François Pastoret, vigneron à la retraite
  • Alain Pottier, vigneron, promoteur des Rancios secs et poète, lequel a coordonné l’écriture de l’ouvrage
  • Vincent Pousson, journaliste blogueur vin
  • Georges Roque, président du syndicat des vignobles de la Côte Vermeille
  • Jean-­Louis Salies, président de l’I.G.P. Côtes Catalanes
  • Eric Seed, importateur américain
  • Thierry Tarrius, restaurateur
  • Hélène Teixidor, consultante-œnologue et directrice de l’I.C.V. Catalogne Nord
  • Olivier Thépegnier, sommelier
  • Pierre Torrès, ingénieur-conseil
  • René Vial, viticulteur retraité
  • Yves Zier, retraité du Conseil Interprofessionnel des Vins du Roussillon

Quelques recettes sont détaillées dans l’ouvrage :

  • Pierre-Louis Marin : têtes d’ail frais rôties
  • Victoria Robinson : soupe froide au pain et amandes, ail confit et infusion de thym, chips de jambon Tirabuixo
  • Victoria Robinson et Renaud Caspar : huîtres de Bouzigues, mirepoix de noix, petits légumes et anchois de Collioure
  • Maïté Schramm : lapin fermier au Rancio sec
  • Victor Simal : lapin aux fruits et légumes, parfumé au poivre Voatsiperifery

Domaines y présentés :

* Domaines habilités en I.G.P. Côtes Catalanes :

* Domaines en déclaration d’aptitude à l’élevage Rancio en I.G.P. Côtes Catalanes :

* I.G.P. Côte Vermeille :

 

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(01) Le producteur de Rancio sec peut en outre le cas échéant se rabattre sur les catégories « vin issu de raisins surmûris » ou « vin de France ».

(02) Le tourbat – cépage blanc dont le synonyme est la malvoisie du Roussillon ou des Pyrénées Orientales – s’avère d’origine mal définie. Il fût un des cépages dominants des Côtes du Roussillon au XIX° siècle. Cependant, les surfaces ont beaucoup régressé des suites d’un mauvais état sanitaire, mais ce cépage identitaire fut réintroduit tout en demeurant confidentiel. Quelques chiffres en témoignent : 1968 : 141 hectares, 1994 : 20 hectares, 2013 : 31 hectares plantés dans le Roussillon.

 

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